CHAPITRE XI
Nécessite d'accroître la valeur de la production naT tionale et sa consommation à l'intérieur par des droits de douanes à l'entrée des produits étrangers.
Accroître la production indigène en lui conservant les qualités suffisantes , est le premier et le plus utile de tous les perfection ne mens à atteindre ; le bon marché en est la conséquence nécessaire, et celui-ci cou-
duît rapidement à l'amélioration des produits; c'est là tout le secret de l'industrie anglaise.
C'est par suite de la protection des droits des douanes que nos fabriques de fer, qui, selon M. Ch. Du pin , ne produisaient eu ] 8 1 4 que 100,000,000 de kilog. de fonte, en produisaient en i8a5 160,000,000 suivant le même auteur , et en 1828 2 i 2,5oo,ooo , selon MM. Baude et Aubertot.
Ce prodigieux accroissement de production eu quatorze ans a été la conséquence nécessaire de ce que nos maîtres de forges ont eu un grand intérêt à accroître la fabrication d'une marchandise dont ils trouvaient autour d'eux un débit aussi avantageux que certain.
De même nos manufactures de laines, qui, en 181G, n'employaient que 80,000,000 liv. de cette matière , ayant e'té secondées par la prospérité de nos agriculteurs, qui leur achetèrent beaucoup plus d'étoiles, en mirent en couvre 1 1 1,000,000 liv. en 1820, 1821 et 1822.
Par malheur, à cette époque, et surtout en 1825, l'accroissement de leur travail se basa sur l'espoir d'un accroissement de vente à l'extérieur, et sur l'iniroductiou à vil pris des laines étrangères, au lieu de se baser su* les besoins et les demandes des producteurs de laines indigènes; il s'ensuivit qu'en i8at, i8a5 et 1826 nos fabriques lurent encombrées de leurs produits, que nos agriculteurs ne purent acheter, et qu'elles ne purent plus travailler qu'à perte sur au plus 92,000,000 livres de laine chaque année (1).
(1) Nnm erny ni» cette eitiin j[ion , dnnnts dam Us cîiscu nions île
Alors ces laines, tant françaises qu'étrangères, dont la valeur était très-dépréciée, ne représentaient plus, pour la part du cultivateur français, qu'une valeur de moins de 65,ooo,ooo francs, et elles ne produisaient plus, toutes fabriquées, en y comprenant les produits des laines étrangères importées dans la France, qu'une valeur de moins de 335,000,000 fr., au lieu de celle >)e 33g,ooo,ooo fr. qu'auraient dû produire les laines fabriquées par la France en 1825, si leur vente à l'intérieur eût pu s'effectuer au prix où nos fabricans se l'étaient imaginé.
La perte que nos manufacturiers éprouvèrent sur leur production ainsi réduite, mais trop forto encore pour leur débit à l'intérieur, qui ne put leur enlever en 1827 les tissus, valant i&7,5oo,ooo fr. , que leur vente à l'extérieur leur laissa, après leur eiportation de 37,5oo,ooo fr., devint la cause nécessaire de la ruine de plusieurs maisons opulentes, et bientôt de la vilelé du prix des tissus.
Pouvait-il en être autrement quand le consommateur français, qui, en i8a3, devait employer, selon M. Moreau de Jonnès, pour 10 fr. de lainages par tête, n'en employait plus en 1827 que pour 5 fr. 85 c.
lu chambre des députés et répétée par les journaus , beaucoup trop forte encore: la diminution de nos troupeaux et l'abandon d'un grand nombre de fabriques ne nous permettent guère d'estimer notre consommation en laines au moment présent que de 80 à 85 millions de liv. tout au plus, nonobstant l'accroissement de notre exportation de tissus . suite de la distribution des primes à la sortie, parce que. la consommation intérieure a singulièrement diminué dans les campagnes, par suite de la pénurie des cultivateur!.
Le surcroît de vente ii l'étranger , dans la dernière de tes année*, ne formant que 17,500,000 fr. , ou 55 c. par tête de Français, était loin de compenser pour nos rubriques les 4 fr. i5 c. qu'elles avaient obtenu de moins de chacun d'eux sur la consommation ïntérieure de la France.
C'est donc à tort que plusieurs de nos plus estimables fabricaus, et M. PaiaVj d'Elbeuf, entre autres, ont attribue' ta chute de nos fabriques île lainages à la restriction de nos ventes a l'étranger, ventes qui, au contraire, suivant le chiffre des douanes , se sont accrues depuis l'année i8a5, où nos. fabriques ont commence à souffrir {1).
.le nos principal!* acheleuri, qui, «a I&3, iBaâ .et l8l& , nom dem.udsient autant de draps q«'à la Belgique, ne nom aient plus demande, e» 1826 et 1817, qu'un douzième ite. leur assorti-
ment; mais «I- na pis eie gênerai, puisque nui eip<
de lainages ne se sont élevées ,
En 1818 , qu'à 13,693,600 fr.
En 18.32 t qu'à. ■ .............. . -ju,i5G,38m
En iBlî, qu'à i8,J3g,o3G
Qu'elles se sont itletiet, en 1814, à 20,040,000
Qu'elles ont hé, en i8j5, do.. 5»,53g,8i>S
En 18116, de lO.îoa.ooo
Et en 181B, de 26,917,189
Eu sorte que la moyenne d'eipoitatïon des trois années, qui , tn 183Î, i8l4 et i8î>, n'e'tail que de ï5,1%6jS fr. , a été perlée, *n 1836, 1837 el 1B2B, à.3i,24l,5o6 fr.
Ceci ri pou d également. à l'assertion de MM. h» [négociant de Bischwille'' '* M Sfrasboiirg , qui attribuent à nos tarifa les pioRi ti qne l'industrie étrangère a fails dans le travail des laines. Selon rui, o lu prop,rèi. de l'industrie dans l'AlIruj.igiie ■mit
M. d'Autremont a observé avec raison que si, pour obtenir nos laines à plus bas pris, nous établissons leur concurrence avec les laines étrangère*, nous forcerons l'agriculteur, dans son intérêt, à chercher d'autres moyens d'engrais tjuc par les moutons mérinos et métis qui rendent le plus de laine , e| qu'alors l'ancien mouton du pays, à laine grossière et moins abondante, mais plus robuste et moins maladif, offrira pour la boucherie des avantages que le mérinos n'a pas, en sorte que le fermier lui donnera la préférence (i).
Déjà, dit -il, on se plaint do la dégradation des laines en France ; cette dégradation a été l'effet naturel de la diminution du prix de nos laines depuis iSaS, et ou doit ajouter qu'elle a aussi été la cause de la diminution de leur quantité.
Cela a aussi été soutenu par M. Dagonet, secrétaire du comice agricole de la Marne, qui vient de
« élonnans , cl à Le! (mi rit que si les choses renaissaient sur l'ancien « pied, nns fabricans trouveraient sujourd'Jiui de dangtreu* con- « currens 11 où ils ne croiraient trouver que des acheteurs, n
a L'industrie étrangère nom presse et nous suit ; elle h pour elle « des matières preml' ivs de pin* île clmii et k de meilleurs prit ;
* en reste encore long-temps privée, ses efforts seront vains. «
Comment, dans de pareilles circonstances, proposent-ils donc de sacrifier nos producteurs de laines, et par conséquent nns principaux acheteurs d'e'toffes, au* producteurs de laines étrangers!!!
N'est-ce pas là rappeler la Table du chien qui abandonne sa proie pour en saisir l'image ?
(1) Voyelle neuvième Bulletin de la Sociéié d'amélintntioii des laines.
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ce département a été la principale cause du ralentissement des efforts que les propriétaires do troupeaux faisaient pour les améliorer; «ils ont, dit-il, continué « à les multiplier, mais, «n les produisant plus spéciale- « ment pour la cliair, ils les ont produits moins spécialement pour la laine , dont il était naturel qu'ils « négligeassent la production et l'amélioration, devenue « peu lucrative pour eux (i). a
Selon MM. Girod (de l'Ain) cl le vicomte Perrault de Jo temps eux-mêmes, « l'agriculture française, «■en ce qui concerne la production des laines, est « encore loin de pouvoir se passer de la protection u des douanes.... Elle doit être traitée pour long-temps « encore comme une industrie naissante, qui de- « mande à se développer et à acquérir la plénitude u de ses forces avant de s'exposer à la lutte avec ses « xi vaux. »
La quantité des laines importées chaque année rend pour nous cette vérité in contestable; et comme nous
(i) Déjà de uès-habites cultitsteurs drs surirons de Cbartres, contraint*, par lu gens où il: se irouuent, deebanger leur bon mode
nécessaires; ions leurs efforts te tournent ver* la production dea céréale*; ils font tout pour l'accroître momentanément, ou plutôt pour donner à leur» 1.1 .'s plus de prit; bientôt ils lu auront rendus maint vicourein pour en cendre te grain moins gris, et
engrais en peu «Vannén, leurs terres épuisées, redevenant mains ■fécondes , donneront des Liés plus fins , mais leurs récoltes de graina
seront beaucoup moins abondantes. Tant pis pour la France, dont ia population s'accroît de l5o,cioo hubilim-. cli.-irjno minée.
ne pouvons nous passer de produire des laines, tii le» produire à aussi bon marché que l'étranger, ia protection des douanes contre la concurrence trop facile des laines étrangères est et sera toujours pour nous une nécessite résultant do notre situation géographique et de notre ordre social. Ce sera par elle seulement que nous pourrons accroître la production nationale et sa consommation à l'intérieur de la France.