CHAPITRE V
Influence de la valeur de la chair et du fumier sur la production des moutons.
M. Mathieu de Dombasle a porté à iS fr. la millier les fourragea obtenus en France par nos cultivateur), et l'on convient généralement que ce prix n J esl pas trop élevé ; le prix des fourrages et de la gardiature est presque nul pour les peuples pasteurs : comment donc voudrait-on qu'il fut jamais possible que les troupeaux et les laines des uns pussent entrer eu concurrence, sur le» mêmes marchés , avec les troupeaux ' et les laines des autres? Serait-ce la valeur du fumier que l'on prétendrait donner en dédommagement aux peuples cultivateurs? Cela serait chimérique, puisque la valeur du fumier forme, comme les frais de culture, l'un des principaux élémens de la valeur des céréales, qui, si les laines et les bestiaux baissent de prix, ne pourront être produites qu'à plus 6 ranos flais > et par conséquent se vendront plus cher, ou cesseront de se produire.
j'ai lu, dans les Observations des propriétaires de Naz : « Il faut a la terre des engrais, comme à la ■ population du pain et des vétemensj quand il n'y u aura plus de bénéfice à espérer, il ne s'agira plus « de gagner le plus, mail de perdre le moins. » Je sois fâché qu'ils n'aient pas ajouté que par malheur on cesse volontairement ou forcément de produire les objets sur lesquels on pe*d, en sorte que leur rareté succède bientôt à leur passagère abondance. Sans doule
l'agriculture ne dételé que le plus lard possible; maïs, sans dételer de suite, elle peut atteler comme elle le faisait autrefois, et le système rétrograde, que certainement M. Girod (de l'Ain) se fait gloire de repousser comme nous, triompherait avant peu, par cela seul que la grande production agricole serait contrainte d'enrayer dans la France.
Il est démontré que les terres les meilleures sont les seules cultivées quand les frais de culture sont très-grands ou quand la denrée est à bas prix ; si doue la valeur vénale de la masse des produits du sol diminue?, les terres les moins bonnes seront d'abord délaissées par les cultivateurs; les terres médiocres seront ensuite abandonnées peu à peu ; la production agricole sera restreinte, et la disette en sera la conséquence inévitable dans les années peu favorables aux récoltes.
M. Girod (de l'Ain ) sait fort bien que quand l'entretien d'une machine est plus cher que le produit qu'elle donne, on cesse dt: pouvoir s'en servir ; comment pourrait-il donc croire que les moutons, considérés comme machine à fumier, seront encore produits à ce titre dans la France, quand ils deviendront onéreux aux cultivateurs? Je l'ai sans doute mal compris, car je ne puis présumer qu'il ait prétendu soutenu- une semblable thèse , bien que M. Mallet l'ait aussi défendue.
Les auteurs des Observations lithographies , qu'on pourrait peut-être accuser d'être tombés dans quelques contradictions, après avoir considéré, à la page 4j 'es moutons comme simples machines à fumier, élèvent en doute, à la page 16, si le mouton contribue par la bonté de ses engrais à l'augmentation des produits de la terre. Il me semble qu'aucun agriculteur éclairé
ri'eùl pu élever un semblable doute dans aucune des parties de la France. Il est donc probable que les cultivateurs qui ont été appelés pour signer ces Observations n'auront pu modifier l'opinion personnelle des rédacteurs, ou que la leur aura subi l'influence d'un intérêt particulier.
Voici une preuve de la vérité de cette supposition. M. Caffiu , l'un des deux cultivateurs signataires de ces Observations, a donné, en février itlag, dans les Annales de l'agriculture, un mémoire dans lequel il a presque constamment rapporté les mêmes faits et suivi le même système; mais il a cependant reconnu avec raison , dans ce dernier mémoire, que notre agriculture a droit de demander une protection suffisante pour lui assurer la rentrée des frais qu'elle fait sur un sol frappé d'un impôt considérable, frais et impôt que ses produits doivent couvrir. Elle peut donc dire, selon lui-même :■.« Ne me mettes pas en concurrence » avec des producteurs étrangers qui ne sont pas dans u la même position que moi , puisque ce sont les u (erres seigneuriales qui produisent à l'étranger la - majeure partie des laines, et que ces terres sont o libres de tout impôt, » II en conclut « qu'il serait « possible de venir au secours de nos agriculteurs en n soutenant le prix de la viande par la suspension de « l'importation des moutons étrangers , lorsque la merci curiale des marchés de Poissy et de Sceaux la parti terait au-dessous de 5o c. la livre, abats déduits.»
Ce moyen serait , eu cifet , suffisant pour ceux de MM. les agriculteurs qui, comme M. Caffin, sont très - voisins de la capitale, et dont la spéculation s«r le» moutons peut ne consister que dans leur
engrais, et leur vente aux marchés de Poissy et de. Sceaux ; mais cette interdiction, qui n'est pas à dédaigner, serait presque sans influence pour favoriser l'élève des moutons et la production des laines dans la France.
11 est naturel que messieurs les cultivateurs des environs de Paris aient été moins affectés de la baisse du prix des laines que de celle du prix, des mouton , qu'ils achètent maigres et vendent gras quatre fois dans l'année, sans s'occuper de les élever, et en attachant peu de pris à la qualité et a 1a quantité de la laine qui le* recouvre.
Leurs intérêts sont même opposés à ceux des producteurs de moutons et de laines, qui livrent leurs moutons maigres à beaucoup plus bas prix aux engraisseurs, quand les laines sont sans valeur. Sous ce rapport, MM. Caffin et Fessard, agriculteurs, signataires des Observations lithographices , sont dans la même catégorie d'intérêts que MM. les fabricans de Paris.
Ces messieurs voudraient aussi que nous tuions nos moulons à trois ans, au lieu de les tuer a cinq ou six, afin que la valeur de leur chair, répartie sur un moindre nombre d'années, donnât plus de profit au cultivateur et lui permit de livrer ses laines à plus bas prix. Sans doute que cette pratique, quia lieu en Angleterre, pourrait être utilement adoptée dans la France; mais, avant d'y parvenir, il faudrait que nos troupeaux fussent beaucoup plus multipliés qu'ils ne le sont; car, sans cela, en les tuant plut jeunes , nous diminuerions tellement le nombre de nos moulons, que bientôt le fumier et la laine se-
raient produit! en quantité beaucoup moindre dans la France.
Tous les conseils de MM. les «egocians de Paris se réduisent donc à nous dire : ■ Multipliez vos troupeaux x assez pour nous fournir en abondance la laine à œ plus bas prix ; n et nos cultivateurs leur répondent : u Pour que nous les multipliions , ne vou s oppo- « sez pas aux droits de douanes qui peuvent nous (i les rendre profitables ; sans cela, ce serait vainement u que nous voudrions le tenter : comment faire, en n effet, pour accroître le nombre de nos moutons, » sans commencer 'pat accroître celui des brebis qui « les portent , et sa m accroître préalablement la masse « de nos fourrages et celle des frais de culture, tans » lesquels nous ne pourrions nous les procurer? n