LA PHILANTHROPIE
On s'étonnera peut-être que, dans les considérations qui précèdent, je n'ai pas été droit au plus simple et que je n'ai pas recommandé comme second métier tout uniment la philanthropie et la charité. C'est que je m'occupe ici spécialement de professions masculines, ayant dit ailleurs tout ce que je pense des professions que peuvent adopter les femmes, et c'est que j'estime que la philanthropie est particulièrement aflFaire féminine.
La femme doit avoir pour premier métier de rendre heureux ou tout au moins « confortables » son mari et ses enfants ; si elle n'a ni mari ni enfants, elle doit avoir pour premier métier une des professions
De la Profession p3
qu'elle est capable d'exercer (et elle est capable d'exercer toutes les professions masculines, sauf deux ou trois) — et dans les deux cas elle doit avoir pour second métier la philanthropie : œuvres de bienfaisance, œuvres de relèvement, visites aux pauvres, etc. Et ce second métier — il en sera ici pour elles comme pour les hommes, selon ce que nous avons dit plus haut — elle le retrouvera, ou plutôt le gardera dans sa vieillesse avec plus de loisirs pour l'exercer. La philanthropie est le second métier des femmes avec tous les caractères que j'ai assignés au second métier.
Quant à l'homme, beaucoup moins apte à la philanthropie que n'est la femme, n'ayant pas autant qu'elle le flair, le discernement, les délicatesses et les adresses tendres qu'il y faut avoir, son office à l'égard de la philanthropie consistera surtout à « faire de l'argent »
pour la philanthropie de sa femme ; c'est à cela surtout qu'il doit servir ;
^4 T^^ '<* Profession
il consistera ensuite à éclairer sa femme de ses conseils et de ses renseignements dans certains cas où le flair et le discernement de la femme ne suffisent point parce que les informations lui manquent ; il consistera encore à la protéger dans les cas où il n'est pas mauvais qu'il soit su que, derrière la femme charitable, il y a un homme que le chantage et l'intimidation ne troublent point ; il consistera encore, mais rarement, à être tué. Le métier de bienfaiteur, en effet, est dangereux. Comme il met en rapport avec les meilleurs des êtres humains et avec les pires, il arrive que, parmi ces derniers, il s'en trouve un qui vous assassine. C'est même la seule chose qui fait que ce métier-là a du mérite ; sans cela il serait presque honteux. 11 n'y a de méritoire que les occupations périlleuses et il faut vivre dangereusement ou platement. Or, on en a remarqué, sans qu'on en dénie le bien, la raison, que les bienfai-
De la Profession p5
teurs sont quelquefois assassinés, les bienfaitrices jamais. La part de collaboration du mari dans la philanthropie de la femme est donc de faire de l'argent à la disposition de la charité, d'éclairer la femme, de la protéger et de courir les risques d'assassinat.
Mais on voit que cette part de collaboration, seule utile, est très restreinte. Voilà pourquoi je dis que la philanthropie est second métier de la femme, essentiellement, et pourquoi je ne l'ai pas rangée, sauf exceptions, très honorables, du reste, et que j'accepte, parmi les seconds métiers de l'homme.
Voilà ce que j'avais à dire des seconds métiers, question très délicate, très difficile et très importante, à laquelle je ne crois pas que j'aie à regretter de m'ètre arrêté un peu longtemps.