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OPINIONS POLITIQUES QUE LES PROFESSIONS DONNENT

A un certain nombre d'hommes la profession donne aussi leurs opinions politiques. Les magistrats sont toujours de l'avis du gouvernement. Défenseurs de la société, et le confondant avec la société qu'ils défendent, ils imaginent difficilement qu'il puisse avoir tort.

Ils ne se voient pas comme gens chargés de décider quelquefois entre le pouvoir qui abuse de lui et le citoyen qui en souffre, et même entre la société qui a ses droits et l'individu qui a aussi les siens. La magistrature de l'ancienne France exagérait son caractère

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d'ordre de l'Etat chargé de maintenir entre les autres ordres de l'Etat la souveraineté de la justice; la magistrature de la nouvelle France se tient pour un des rouages de l'Etat lui-même, ce qui est vrai, et confond l'Etat et le gouvernement, ce qui est une erreur.

Bref, elle est gouvernementale, ce qui est bon la plupart du temps et déplorable dans certaines circonstances, qui, à la vérité, ne sont pas les moindres.

Les médecins, les avocats, les avocats surtout, sont en général de l'opposition. La raison en est très claire. Presque toutes les professions libérales, en France, étant professions de fonctionnaires, les jeunes gens qui ne sont pas dans les idées du gouvernement et qui, par conséquent, ne veulent pas être fonctionnaires, se jettent dans les deux professions qui, seules, permettentl'indépendance des idées et des allures. Et c'est ainsi que le

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barreau était en majorité républicain sous l'Empire et qu'il est en majorité réactionnaire sous la République.

Les professeurs se croient tenus d'être républicains, radicaux, socialistes et surtout anticléricaux.

« Le cléricalisme, voilà l'ennemi ».

Pour eux, c'est la concurrence.

La main-mise sur les âmes, sur les intelligences, sur les sensibilités, c'est où visent les clergés; c'est où prétendent aussi les professeurs et instituteurs. De là, leurs opinions politiques. Les plus minces sont les plus ardents: ceux qui ne mettront jamais la main sur rien et devront se contenter d'apprendre à lire en français, en latin ou en anglais sont les apôtres les plus emportés de leur église. C'est qu'on mesure, non sa ferveur à son importance, mais son importance à sa ferveur et que plus on est petit par sa situation plus on veut se faire grand par la grandeur de la cause que l'on se

donne à soutenir. Entre petits professeurs l'anticléricalisme est un signe de reconnaissance qu'ils prennent pour une décoration.

Et il y a enfin les fonctionnaires proprement dits, bureaucrates, employés de diverses administrations qui sont de l'opposition tant qu'ils sont dans les grades inférieurs, et gouvernementaux quand ils sont dans les hauts grades. Ici, la profession n'a pas d'influence sur les idées politiques, mais la situation ; on est pessimiste dans la gène et optimiste dans l'aisance. Ceci paraît indiquer que l'administration n'est pas, à proprement parler, une profession, c'est une manière d'aristocratie ; c'est ce qui mène le grand troupeau. Aussi, point de répercussion de la profession sur les idées. Seulement, ceci est une aristocralie où il y a de grands bergers qui sont satisfaits, suivis par de petits bergers qui sont mécontents. Une preuve que c'est une aristocratie, c'est que, même

les petits bergers, quand ils sont en présence des moutons, retrouvent toute la morgue qu'ont les grands bergers tant à l'égard des petits bergers que du troupeau.

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