‹ De La Propagation Des Affections Vulvo-Vaginales De L'EnfanceChapitre 16 sur 20 · PATES · texte numérisé non relu

PATES

lade, les avis sont partagés ; beaucoup pensent à une péritonite développée autour des organes génitaux etouverte dans le vagin. On prononce même le nom de pyosalpingite.

Le 25 au soir, le thermomètre marque 39. On remarque que l’ombilie de la malade devient rouge, déplissé, tendu, un peu douloureux à la pression.

Le pus du vagin est recueilli et examiné sur lamelles. On trouve des chaïnettes de cocci et pas de bacille tuberculeux. Deux cobayes sont inoculés avec ce pus; l'un sous la peau, l’autre dans le péritoine ; on espère ainsi éclairer le fait de la nature tuberculeuse de la maladie.

Le 26, on sent une fluctuation nette au milieu de lombilic et une cuillerée à bouche de pus fait issue par une petite pe:foration spontanée au niveau du sommet de lombilic.

Les jours suivants, l'écoulement continue à se faire soit par lombilic, soit par le vagin. Les urines tantôt sont claires, tantôt contiennent du pus, surtout lorsque lécoulement vaginal est abondant. Le ventre, dans sa portion sous-omblicale, reste mat et dur.

Le docteur Brun, chirurgien de l'hôpital des Enfants malades, à qui la malade a été montrée, est d'avis d’intervenir chirurgicalement si la fièvre s’installe.

Or, le 31 mars et les trois premiers jours d'avril, la température se mit à osciller entre 38 et 39°, avec rémission matinale.

L'opération est décidée pour le 4 avril. À ce moment il existe une ouverture ombilicale ; les urines sont un peu troubles ; l'écoulement vaginal est presque complètement tari.

Opération le 4 avril. M. Brun pratique une incision sur la ligne médiane, longue de trois travers de doigt envi-

ron, partant du milieu de la distance qui sépare lombilic de la symphyse et s'étendant en bas jusque vers le pubis. En arrivant sur l’aponévrose, on voit sourdre de la partie supérieure de la plaie une gouttelette de pus.

L'ouverture ombilicale est alors agrandie aux ciseaux, et sur le doigt introduit dans la cavité abdominale par cette ouverture, laponévrose et Ie péritoine qui forment le fond de l'incision inférieure sont incisés. À ce moment, il s'écoule du ventre deux ou trois cuillerées à bouche au plus d’un pus verdâtre d'apparence phlegmoneuse. M. Brun introduit alors la main dans la cavité abdominale. Au bas, la main plonge dans l’excavaton et M. Brun peut sentr l'utérus. En haut, la poche purulente est limitée par des adhérences multiples qui forment une sorte de dôme. L'exsudat péritonéal est si épais qu'on ne reconnait pas, à travers, les anses intestinales qu'il entoure. M. Brun fait alors un grand lavage de la cavité à l'eau bouillie.

Deux tamis sont laissés dans la plaie : l'un va de l’orifice ombilical à lincision inférieure ; Fautre plonge directement dans le bassin. On fait quelques points de suture. Pansement ouaté épais.

Le lendemain, 5 avril, le pansement de la veille étant mouillé, on le défait. En pressant sur les fosses iliaques, on fait sourdre un peu de pus phlegmoneux.

Pas de fièvre ; la malade n'aura pas la moindre élévation de température depuis ce moment jusqu’à son départ de l'hôpital.

Les jours suivants, la malade mouille beaucoup son pansement ; l'écoulement qui se fait par les drains n'est pas très purulent ; la malade urine à peine, il semble donc certain qu'une grande partie de l'urine est rendue par la

plaie, confirmant le fait que la vessie aussi avait été ouverte par l’abcès.

Pour obtenir la fermeture de la vessie, M. Brun met à l'enfant une sonde à demeure; la sonde est assez mal supportée par lPurèthre. On essaie de s’en passer ; mais l'enfant n'urine plus alors et mouille ses pansements.

Cependant, le 20 avril, la malade urine seule par lurèthre, le pansement cesse d’être mouillé. On supprime les drains l’un après lautre les jours suivants. Pendant quelques jours, il sort encore par la peau du drain inférieur un peu d'urine.

En même temps, l'état général est redevenu excellent.

Le 26 avril, il n'y a plus de drain dans la plaie.

Le 1 mai, on se contente d’un peu de diachylon sur l'abdomen.

L'enfant sort de l'hôpital quinze jours plus tard, admirablement guérie, engraissée, mangeant à merveille, ne se ressentant plus de rien.

Depuis, l'enfant a été revue au mois de juin, elle amène dans ses bras à l'hôpital un petit frère, gros enfant un peu souffrant, qu’elle porte sans gêne aucune du côté du ventre. Elle a toujours la bonne mine du mois précédent.

Quant aux deux cobayes, le 1% mai ils n’ont encore présenté rien de particulier ; ils n’ont pas maigri et sont en parfait état. Rien ne pouvant faire supposer qu'ils soient devenus tuberculeux, ils sont laissés vivants.

Cette observation est instructive à bien des égards.

En ne

D'une part, à notre point de vue, elle méritait d'être rapportée, car le diagnostic exact de affection qu'a présenté cette petite malade reste encore à faire; parler de péritonite idiopathique c'est cacher son ignorance sous un terme vague. Quel à étéle point de départde la maladie? Ce qui est certain, c'est que pendant plusieurs jours, alors que lécoulement vaginal élait si abondant, le tableau clinique rappelait celui d’une péritonite chez une fillette atteinte de vulvo-vaginite, péritonite qui se serait ouverte dans le vagin. Cependant l'histoire de la malade, lPabsence de vulvite antérieure, le début beaucoup moins brusque que dans les cas que nous rapportons dans cette thèse, permettent d'écarter l'idée d’une péritonite d’origine génitale. D'autre part, chez cette enfant la laparotomie a amené très proinplement une guérison complète. Nous notons ce fait, car il est au moins très encourageant pour le médecin. Nous nous demandons cependant si l'avenir de cette enfant n'est pas encore un peu sombre; et il n’est pas impossible que des adhérences pelviennes pathologiques n'amènent plus tard des complications du côté de l'utérus

et des annexes (1).

(1) L'observation de cette maladie a été l'objet d'une clinique de M. le professeur Grancher, qui a discuté la nature de cette péritonite. Voir Presse médicale. N° du 8 septembre 1894. Péritonite idiopathique suppurée.

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