CHAPITRE 1V
Symptomatologie. — Evolution. — Diagnostic.
Les tumeurs de l'ovaire propagées à l’appendice ont une symptomatologie extrêmement voisine de celle des kystes ovariques.
La tumeur peut avoir un début insidieux, comme dans l’observation VIT, rester latente pendant très longtemps et être parfaitement tolérée ou, au contraire, prendre un développement rapide, ainsi qu’en témoigne l'observation IIT, et amener ainsi à une intervention. Fréquemment, l'attention de la malade est attirée, du côté de l’abdomen, par des douleurs névralgiques localisées aux territoires des nerfs abdomino-génitaux, cruraux ou obturateurs, et provoquées soit par de la péritonite adhésive, soit par la surdistension de la tunteur. Lorsque celle-ci atteint des dimensions importantes, on peut voir tous les froubles de compression habituels rencontrés dans les kystes de l’ovaire : hémorroïdes, ædème des membres inférieurs ou de la vulve, troubles
gastro-intestinaux, ceux-là surtout assez marqués,
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troubles dyspnéiques ou cardio-vasculaires (observation VIII).
De même, il est fréquent de retrouver la maigreur du visage avec l’exagération des saillies musculaires et osseuses, les rides frontales, les yeux excavés, les lèvres . pincées et les narines dilatées, constituant ce que l’on à coutume de désigner sous le nom de facies ovarien. Objectivement, la percussion, la palpation, le toucher vaginal, le toucher rectal nous feront reconnaître la présence d’une tumeur abdominale plus ou moins mobile, présentant tous les signes physiques d'un kyste de ” l'ovaire.
Le diagnostic de malignité sera, dans ces conditions, extrêmement difficile à établir. L’ascite n'est pas un signe de certitude, car on peut la rencontrer aussi dans les kystes simples anciennement tordus et qui, précisément par leurs adhérences, leur dureté, leurs bosselures, peuvent faire croire à une transformation néoplasique. D'ailleurs, aucune de nos 8 observations ne signale la présence d’une ascite nette, la sensation de flot et Ia matité dans les flancs coïncidant toujours avec la rupture de la tumeur et l’'épanchement de son contenu dans la cavité abdomino-pelvienne.
Certains auteurs, notamment Denucé, de Bordeaux : Leser et Müller, de Munich, signalent, dans quelques cas, l'apparition des nœvi de Trélat sur la partie de la pean correspondant à l'organe atteint et l’appliquent au diagnostic de la malignité des tumeurs ovariennes; mais c'est là, à notre avis, un symptôme extrêmement rare et sur lequel il serait difficile de compter. : -
Le mauvais état général, le facies ovarien ne donnent
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pas non plus de renseignement, car les kystes bénins peuvent donner lieu à une cachexie extrême. A ce sujet, Lejars avoue n’en avoir jamais rencontré de plus profonde que celle d'une malade qu'il opérait in extremis, em quelque sorte, d’un énorme kyste multiloculaire compliqué d’aseite et qui, depuis dix ans, jouit d'une santé parfaite.
Quelquefois, cependant, l'accroissement brusque, au moment de la ménopause, d'un kyste jusque là bien toléré, coïncidant avéc l'apparition de douleurs et d’un amaigrissement notable, peut être d’une signification assez importante. La malignité de la tumeur pourra être soupçonnée si le palper et le toucher font reconnaître, dans l’abdomen ou le bassin, des masses et des nodosités de consistance inégale. Il faudra également se méfier de la réunion des Symptômes suivants : rapidité de l’amaigrissement et de la cachexie, adhérences multiples et œdème de la paroi abdominale sans relation avec le volume de la tumeur. L'apparition d’une pleurésie attirera également l'attention. Enfin, l'examen cytologique du liquide kystique, et plus rarement du liquide ascitique, pourra fournir un léger appoint au diagnostic.
Si le diagnostic de malignité est très difficile, celui de généralisation à l’appendice est encore plus malaisé. Dans quelques cas, très rares, le toucher vaginal et le toucher rectal, combinés à la palpation abdominale, permettront de reconnaître une tumeur surajoutée dans la fosse iliaque droite, à condition qu’elle-soit bien isolée de la tumeur ovarienne. Cette recherche sera grandement facilitée si, comme dans l'observation III, la tumeur ovarique a déjà été enlevée. Mais il ne faut pas se
dissimuler que ce diagnostic précis reste une éventualité problématique si l’on songe que, dans la plupart des cas que nous signalons, des adhérences unissaient intimement les deux organes, si l’on songe surtout combien il est facile de confondre une-tumeur iléo-cœcale avec une tumeur de l'ovaire droit. Sambon rapporte, dans sa thèse, une observation de M. Monod, où un cancer iléocæcal fut pris, par deux professeurs différents et après de longs examéns, pour un cancer de l'ovaire droit. Ef, de fait, dans aucune des 8 observations que nous relatons, la tumeur appendiculaire n’a été perçue, si ce n’est dans l'observation III, où l’ablation de l'ovaire avait été fait antérieurement, et encore, dans ce cas, on penchait plutôt pour une récidive in situ.
Il convient cependant de signaler que les symptômes gastro-intestinaux sont, en général, plus accentués que ceux produits par la simple compression. Ce fait pourrait peut-être, dans certaines conditions, attirer l’attention du côté de l’appendice.
En résumé, la symptomatologie ne paraît pas, dans: nos observations, avoir été bien modifiée par la généralisation à l’appendice de la tumeur ovarique. Le diagnostic exact n’a jamais été fait et il est à penser que, dans des cas identiques, il ne sera fait, le plus souvent, qu'à la façon de Lawson Tait, c'est-à-dire au cours de la laparotomie.
Le pronostic dépendra de l'éventualité d'uné intervention.