‹ De la propagation du choléra et des moyens de la restreindreChapitre 6 sur 8 · ES PT · texte numérisé non relu

ES PT

par le choléra d'y insérer cette phrase significative : « I n’est pas sans danger de laver le linge des cholériques (4). »

Transmission par les déjections cholériques.

La pensée d'attribuer à ces déjections une large part dans la propagation du choléra est fort ancienne. Jameson avait remarqué, dès 1817, dans les camps anglais, la fréquence des cas de choléra auprès des lieux d’aisances. Plusieurs médecins russes et allemands, ayant observé des faits analogues, en ont conclu que lagent de la transmission devait être renfermé dans le liquide intestinal.

Dès 1849, M. le docteur Pellarin a soutenu avec une grande vigueur, en France, une thèse qui se rapproche de celle-là. Il chercha à démontrer que, dans certaines conditions, les fosses peuvent dégager un agent qui détermine le choléra, dont la propagation serait due ensuite à la transmission individuelle.

Les faits nombreux de cas de choléra observés chez les personnes qui avaient lessivé du linge souillé par les déjections, l'exemple d'animaux morts avec des symptômes de choléra après avoir avalé des déjections cholériques, contribuèrent encore à justifier la crainte de cette funeste propriété.

Mais ce sont les observations de Pettenkoffer et les expériences de Thiersch (2), faites simultanément à Munich en 1855. qui forment la base d’une théorie que pourront compléter des recherches ultérieures, mais qui, dès à présent, se présente avec des conditions de grande vraisemblance.

Pettenkoffer a constaté, on le sait, le fait singulier des 253 gardiens atteints de cholérine avant les habitants de Munich, et dont les maisons, au nombre de 242, furent frappées avant les autres et dans une proportion plus forte. Que pouvait-il

(4 Report on the mortality of cholera. London, 1852. (2) C. Thiersch, Essais d'infection artificielle, etc. Munich, 1856.

y avoir de commun entre ces hommes et [es autres habitants d’une même maison, si ce n’est les lieux d’aisances infectés par ceux-là ?

D’autres observations faites par ce savant à Ebrach et à Regensbourg, où des personnes ont été contaminées par les déjections de malades avec lesquels elles n'avaient pas eu de rapports, apportent de nouvelles preuves à l’appui de la doctrine.

Delbrück (2) signale, dans la relation de l'épidémie de la prison de Halle, l'influence pernicieuse de la proximité des lieux, où l’on jetait les déjections des malades, sur des prisonniers logés loin de ceux-ci, mais qui faisaient usage de ces lieux ; le nettoyage et la désinfection des lieux et l’enfouissement des déjections cholériques eurent pour résultat de restreindre l'épidémie.

Pendant le choléra observé à Oxford en 485%, Acland (6) put faire des remarques analogues, et fut conduit à regarder les déjections comme un des agents de la propagation.

Le procédé expérimental, ayant pour but de provoquer des phénomènes cholériques chez des animaux, a été institué par M. Thiersch de la facon suivante :

Ila mêlé à la nourriture d’un certain nombre de souris des petits morceaux de papier à filtre, d’un pouce carré, trempés dans le liquide intestinal de cholériques, puis desséchés. Cette imbibition a été pratiquée sur un liquide frais, puis sur du liquide rejeté depuis six jours et conservé à la température de 10 degrés, enfin sur un liquide plus ancien : 104% souris ont avalé des fragments de ces papiers; celles qui ont été soumises au traitement des déjections fraiches n’ont offert aucun symptôme morbide. Ce qui est caractéristique, c’est que sur 34 qui ont avalé du papier trempé dans des déjections anciennes de trois à neuf jours, 30 devinrent malades et

(1) Ernst Delbrück, Le choléra dans la prison de Halle. Halle, 1856. (2) Henry Wentwerth Acland, Memoir on the cholera. Oxford, 1854,

42 moururent. Les symptômes qu'elles présentèrent furent des selles aqueuses, la disparition de l'odeur de lurine, puis la suppression de celle-ci. Enfin quelques-unes offrirent, avant de succomber, une roideur tétanique. Il n’y eut jamais de vomissements.

L’autopsie révéla la congestion des intestins, le dépouillement de leur épithélium, la dégénérescence graisseuse des reins et la vacuité de la vessie.

Les papiers imbibés de déjections plus anciennes ne produisirent aucun effet.

M. Thiersch conclut de ses faits, qu’il se développe dans les déjections cholériques, et cela dans l'intervalle compris entre le troisième et le neuvième jour après leur émission, un agent qui, introduit dans l’organisme des animaux sur lesquels il a expérimenté, a produit un mal souvent mortel el présentant des lésions intestinales et rénales semblables à celles que lon rencontre dans le choléra.

M. Thiersch a été frappé pendant ces expériences de la rapidité avec laquelle les déjections cholériques se couvrent de champignons, et il se demande si ces parasites, imprégnés ainsi de l'agent morbifique, et répandus ensuite dans l’atmosphère, ne pourraient pas devenir le véhicule du poison, qui parviendrait avec eux dans l’organisme humain.

Sans vouloir prétendre que les recherches de M. Thiersch apportent à la doctrine qui fait aux déjections la plus grande part dans la propagation du choléra, un caractère de certitude, il faut convenir que, réunies aux exemples si fréquemment observés de transmission par les objets souillés, elles en viennent singulièrement grandir la probabilité. Aussi la commission médicale instituée par le gouvernement bavarois pour présenter le rapport sur l'épidémie de 4854, et composée des premiers savants du royaume, n’a pas hésité à déclarer dans un paragraphe « que les faits, l’expérience et les recherches

Page 1