‹ De la propagation du choléra et des moyens de la restreindreChapitre 7 sur 8 · AUS · texte numérisé non relu

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démontrent que les déjections alvines des cholériques servent de véhicule à l’agent de la transmission. »

Ici s'arrête l’'énumération des conditions dont on à pu constater l'influence immédiate dans l'invasion et la propagation du choléra. Sans prétendre qu’elles en soient les causes exclusives, on est autorisé à dire que jusqu'ici ce sont les seules que l’on connaisse, et à affirmer que, parmi toutes Les notions que nous possédions sur le mode de développement de cette maladie, ce sont à coup sûr les plus incontestables.

Ainsi donc, l’arrivée de personnes ou d’objets infectés ou souillés ; le séjour prolongé auprès des malades ou de leurs cadavres; là manipulation ou le contact intime de matières qui sont imprégnées par les déjections, ou la proximité et l’accumulation de celles-ci, ce sont là les éléments connus qui peuvent déterminer l'invasion et la propagation du choléra ; ils en sont les causes efficientes.

Quelque complexe que puisse en être l'effet, il procède toujours de l’action exercée sur le milieu par l'individu malade ou par cé qui en provient.

En un mot, et en s'appuyant sur les faits rapportés plus haut, on est obligé d’admettre la conclusion suivante : Un principe qui propage le choléra asiatique à ses divers degrés, émane du cholérique.

Nous verrons quelle est la part qu’il faut attribuer à cet agent dans l’histoire des épidémies.

Dès qu’on est parvenu à discerner dans un phénomène obscur une propriété permanente établie par une observation ancienne et multipliée, on est sur la voie qui peut conduire à la découverte des éléments ignorés du phénomène.

Pour découvrir les rapports qui existent entre le fait qui nous est connu et ceux qui nous échappent, il faut étudier

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les circonstances au milieu desquelles ce fait se développe ou se circonscrit, et prendre le soin de repousser toute hypothèse qui n'embrasserait pas la totalité des faits particuliers.

Je voudrais essayer d'appliquer cette méthode d’investigation à la question qui nous occupe.

Toute la théorie devant reposer sur un fait, la transmissibilité du choléra, il ne suffit pas d’en avoir apporté la preuve directe, il faut démontrer que les arguments qu’on a coutume d’opposer à cette notion n’en peuvent ébranler la solidité.

L'opinion embrassée par la majorité des médecins français, dès 1832, parait avoir été provoquée par une simple impression plutôt que par une observation patiente. La transmissibilité du choléra était repoussée, dès le début de l'épidémie, avant qu'aucune recherche eût été faite.

Cette impression était fondée surtout sur l’heureuse immunité dont avait joui le personnel médical et sur la rapidité apparente de l'invasion.

On n’imaginait pas qu'il pût exister un lien quelconque, émanant de la transmission, entre des faits si nombreux observés par tant de personnes dans un moment d'émotion générale. 11 faut ajouter que cette opinion se fortifiait de la pensée généreuse, qu'il valait mieux pour tout le monde qu’il en fût ainsi. On était loin de songer aux épidémies futures et à l’importance qu’il y avait pour l’avenir à rechercher l’exacte vérité.

Plus tard, quand des exemples nombreux de transmission furent publiés par des médecins qui avaient observé attentivement ce qui s'était passé dans de petites localités où l’enchainement des faits avait été plus facile à saisir qu’à Paris, on en contesta la valeur, en formulant comme objection les assertions suivantes :

1° La non-transmissibilité a été évidente à Paris.

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2° L’apparence de la transmission est l'effet même de l’influence épidémique.

A lappui de la première objection, on citait l’exemple de nourrissons qui avaient teté leur mère mourante du choléra sans avoir été atteints eux-mêmes, etc.

On répétait encore que les médecins avaient été préservés, et pourtant, en 1832 déjà, sur 35 personnes attachées au service médical des cholériques de l’hôpital de la Marine de Toulon, 40 avaient été frappées et 5 avaient succombé. A Moscou et à Berlin, des faits semblables s’étaient produits. Dans cette dernière ville, sur 115 personnes qui, à divers titres, faisaient partie en 1831 du service médical de l’hôpital des cholériques, 57 avaient eu le choléra.

Quand l’enchainement des cas faisait apparaître la vraisemblance de la transmission, on répondait que le hasard était souvent bizarre, mais que l'effet produit n’en était pas moins le résultat de l'épidémie régnante, et que les rapports individuels n’y étaient pour rien.

L’embarras devenant plus grand quand on vint à citer des faits nombreux où l'importation dans une localité indemne était évidente, on ne répondit plus, ou bien on imagina de dire que l’on croirait à [a transmission, quand on la verrait se produire en dehors de l'influence épidémique. Mais comme il était bien entendu que celle-ci était l'unique cause du choléra, tout cas particulier lui restait attribué.

Comme on le voit, les objections reposent sur un double vice de raisonnement :

4° Cest mal raisonner que d’arguer contre un fait positif plus ou moins fréquent, mais bien constaté, des cas dans lesquels il ne se produit pas.

2° On s'appuie sur une pétition de principes.

En effet, on présuppose une force imaginaire : l’épidémie.

On reconnait à cette entité insaisissable des propriétés qu'on refuse à l’organisme malade.

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L'épidémie, dit-on, peut faire un cholérique, mais le cholérique ne peut en faire un autre, à la différence du scarlatineux, du rubéoleux, qui ont la faculté de reproduire le germe de leur maladie. — Mais admettre que l’épidémie, dont nous ne pouvons acquérir la notion que par la constatation des cas de choléra, soit une force distincte et déterminante, c’est précisément supposer ce qui est en question.

M. Michel Lévy a mis nettement en relief combien la légitimité de ces hypothèses était contestable. « Ce n’est qu’après avoir interrogé les faits, dit-il (1), qu’on peut conclure au nescio quid divinum de l’épidémicité, quand on n’a pas trouvé de contagion ou d'infection. »

En dehors de ces objections principales qui se réfutent d’elles-mêmes, d’autres, plus mitigées, se sont produites.

La transmission, a-t-on dit, peut exister à titre exceptionnel, en raison d’une propriété de l'épidémie. |

Entre l’épidémie transmissible et la transmissibilité épidémique, il me semble difficile de distinguer.

Mais, quoi qu’il en soit, cette proposition est comme l’objection principale, basée sur une prétendue connaissance des propriétés de l’épidémie; comme ïil est incontestable que celles-cine peuvent être vérifiées que sur le malade, l’objection admet implicitement que le cholérique peut transmettre quelquefois le choléra.

Je ne pense pas qu'il soit aisé de savoir par avance quand cette aptitude se développera; il faudra donc, dans la pratique, la considérer comme la règle.

Enfin, a-t-on encore objecté, le choléra n’est pas transmissible, parce que, dans son mode d’extension, il y a des circonstances que la transmissibilité n’explique pas.

La seule conclusion qu’un esprit rigoureux puisse tirer de pareils faits, s'ils existent, c’est qu'en dehors de la trans-

(1) Traité d'hygiène, 5e édition, t. Il, p. 460. JULES WORMS.

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