LIVRE
prêts qui représentaient une très-petite partie du capital des entreprises qu'elles voulaient secourir. Se figure-t-on ce que deviendrait une banque qui fournirait le capital entier d'un plus ou moins grand nombre d'entreprises industrielles? Elle y périrait avant peu, k moins qu'elle ne commanditât que de très-bonnes entreprises, et qu'elle eût la totalité des bénéfices, car exposée k essuyer toute k perte, étant par le prêt entier du capital l'entrepreneur lui-même, n'ayant de moins que le gouvernement de l'entreprise, elle devrait avoir toute la chance de gain, au elle accepterait un rôle ruineux. Il en pourrait être autrement si on supposait que les bénéfices industriels fussent tels qu'il y eût des ressources pour rémunérer deux capitaux au lieu d'un, ce qui est faux , car s'il y avait des T)énéfices pour plus d'un capital , la concurrence les aurait bientôt annulés. Qu'il y ait en e£fet quelque part un avantage notable k forger du fer, k filer du lin, k extraire du sucre de la betterave , on s'y porte avec empressement, on crée des établissements en quantité , on amène la baisse des prix , on finit souvent par succomber devant cette baisse , mais on n'abandonne la partie que lorsqu'il n'y a plus absolument moyen de couvrir ses frais. Même quand il y a monopole, comme pour les chemins de fer, ce monopole n'est jamais tel qu'il n'y ait pas k côté la rivalité d'un canal, d'une rivière, ou du roulage lui-même, et on arrive presque toujours k la limite extrême des bénéfices indispensables, k moins qu'il ne s'agisse de quelque industrie tout k fait nouvelle, ou de
quelque conception extrêmement heureuse, encore dans ce cas l'avantage n'est-il que pour les premiers venus.
Il n'y a donc pas de quoi défrayer deux capitaux , ce dont on se convaincra facilement si on embrasse dans ses observations toute la filature, tout le tissage, toute la métallurgie, toutes les mines. On y verra, effectivement, que si tel ou tel fabricant a eu de bons moments, il en a eu de très-mauvais aussi, qu'il y a eu bientôt compensation entre les uns et les autres, et qu'il n'a été réalisé des fortunes considérables que par les entrepreneurs très-prudents, très-assidus au travail , et à la suite d'une longue vie. Si on examine les grandes entreprises comme les mines, et si on cumule les bonnes avec les mauvaises spéculations, on verra que le bénéfice moyen est fort au-dessous des plus médiocres placements. Si je prenais pour exemple les mines de l'Aveyron, d'Alais, de Saint- Étienne, du Greuzot, d'Anzin, les plus célèbres de , toutes, et que, tenant compte des capitaux perdus depuis cinquante ans, je cherchasse k établir la moyenne des profits, je ne trouverais pas un revenu de 4 pour cent du capital engagé. Et ce sont les plus grandes, les plus solidement fondées de toutes les entreprises de ce genre. Ceux qui ne connaissent pas les faits, qui construisent des théories sans commencer par observer la nature des choses, se récrieront peut-être en entendant cette assertion, mais elle n'étonnera que les ignorants ou les utopistes. Ainsi je tiens pour certain qu'en considérant les