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industries en masse, noti dans tel ou tel accident heureux, il n'y a pas de bénéfices suffisants pour défrayer deux fois le capital. On ne peut pas dès lors concevoir une banque de prêt qui fournirait le capital entier à des associations industrielles, et qui ne serait pas substituée à ces entreprises elles-mêmes pour le gain et pour la direction. Ou il faudrait qu'elle dirigeât puisqu*elié aurait fourni tout le capital, et qu'elle eût tods les bénéfices parce qu'il n'y en a jamais de trop, ou bien elle périrait par le double fait de confier ses capitaux à d'autres qui spéculeraient avec son argent, et de ne recevoir qu'une partie des bénéfices qui lui revieûdraietit de droit. Il est même certain qu'elle périrait, car là commandite n'est raisonnable qu'à titre d'exception , de la part d'un capitaliste trèsriche qui ne craint pas dé perdre, en faveur d'un individu très-fcapable et très-connù du capitaliste qui prête, et, comme ce double cas est rare, la comttandite tourne plus soùveiit mal que bien. Mais, si la comriîandite est admissible à litre d^exceptîon, on' ne comprend pas la cotnmandile devenue le fait uni* Vèrsél de l'industrie, c'est-k-dire une banque qui prêterait tout le capital de toiites lés entreprises, qui courrait la chance tout entière, et qui n'aurait ni la direction ni le bénéfice intégral. Si les banques qui n'ont accordé que des prêts partiels aux entreprises industrielles ont fini par succomber, conçoit-on une banque prêtant le capital de la plupart des spéculations industrielles ?
Cette banque serait folle, dirigée par des fous, et
je défié qui qUe ce soit d'oser en proposer une fondée sur ce principe.
A qui une telle spéculation serait-elle proposable? A rÉtat, ^ rÉtat seuK qti'on charge de suffire k tout. Et \k quel titre Ten chargerait-on? A titre de capitaliste universel , obligé de perdre pour tout le monde, et le pouvant parce qu'il est supposé riche comme tout te motide.
Or je pose cette simple question. L'État fourniraitil le capital de création pour toutes les industries ou pour un petit taombre? Sll le fburnissalt pour toutes, cela pourrait devenir moitis injuste, en devenant plus absurde. Si, au contraire, il ne le fournissait que pour quelques-unes, la chose serait d'une injustice criante, et^ sans cesser d'être absurde, le serait cependant un peti moins.
Conçoit-on, en eflét, l'État (bUrnlssatit le capital de toutes les spéculations, et ne spéculant pas lui-même? Sous le rapport des risques , s'il le' fournissait pour tous les travaui de la terre, du commerce, des manufactures , le commerçant ne -pourrait se plaindre au manuRteturier, le mahufaéturier au fermier, des dangers qu'ils se feraient coUrir les uns âtix autres, puis^ que Ce serait une vaste réciprocité ; et encore céUi qui exercent une profession peu hasardeuse, ibfntne de cultiver la terre, auraient-ils lieu de se plaindre d'être associés au sort de ceux qui envoient des vaisseaux dans l'Inde, ou qui jouent h la Bourse. Enfin le risque étant généralisé, on pourrait retrouver uUe espèce de compensation , dès lors de justice daiis son extrême
généralisatioiî. Mais je demande si l'on n'aurait pas dès cet instant consommé la plus souveraine des folies, celle de faire spéculer tout le monde avec le capital d'autrui , et de supprimer cette garantie de l'intérêt personnel dans l'emploi des capitaux, garantie qui, toute grande qu'elle soit, est à peine suffisante, puisque vous voyez chaque jour les hommes agissant avec leurs propres capitaux se ruiner, dominés, entraînés qu'ils sont par leur imagination. Que serait-ce s'ils spéculaient avec les capitaux d^autrui? On aurait donc, pour arriver à une espèce de justice , rencontré l'absurde, mais l'absurde au delk des proportions connues avant le temps présent, puisqu'il ne s'agirait de rien moins que de supprimer la vigilance de l'intérêt personnel dans l'ensemble des travaux humains, et de faire spéculer tous les entrepreneurs avec un capital qui étant k tous ne serait à personne.
Si, au contraire, et c'est en effet le cas, si au contraire il s'agissait d'accorder celte faveur k une trèspetite partie des travailleurs, k quelques industries qui ont pour caractère j)articulier de réunir plusieurs centaines d'ouvriers dans le même atelier, oh! alors je demanderais en vertu de quel privilège on permettrait k certaines associations d'ouvriers de spéculer, non pas k leurs risques et périls, mais aux risques et périls de toutes les autres classes d'ouvriers, aux risques et périls des maçons, des menuisiers, des domestiques, des porteurs d'eau, des paysans surtout, qui ne spéculent pas, eux ^ car leur salaire est bien limité, bien invariable, quelque argent que d'autres gagnent
ailleurs k forger du fer ou k fabriquer des machines k vapeur? On veut toujours voir dans l'État, non la masse des contribuables, mais quelques riches, qui tous réunis ne fourniraient pas même un budget par le sacrifice entier de leurs biens, et alors on raisonne à Taise. On dit que ce n'est pas un mal de procurer k leurs dépens le moyen k de pauvres ouvriers de réaliser quelques bénéfices. Mais c'est Ik une fausse supposition. Le vrai, c'est que la masse des contribuables, c'est-k-dire trente-six millions d'individus, fournira k un million le moyen de spéculer k ses dépens, sur le coton , le fer ou la houille. La chose ramenée k ces termes est encore insensée , comme on le verra bientôt, car ce million d'ouvriers tentera ce qu'il est incapable de faire, en voulant diriger des entreprises^ mais elle est surtout d'une injustice révoltante relativement k la masse des travailleurs, car chacun en ce monde doit spéculer k ses risques et périls, et non aux risques et périls d'autrui. Et, dans cette circonstance, je ne craindrais pas de m'adresser k la conscience des ouvriers eux-mêmes, et de leur demander s'ils trouveraient juste, par exemple, de mettre k la loterie avec l'argent des autres? La question est tout aussi simple que je la présente ici.
Maintenant, si l'on suppose une retenue sur le salaire des ouvriers afin de pourvoir k la création du capital , c'est alors sur eux-mêmes que retombent la duperie et l'injustice, ainsi qu'on va l'apercevoir tout aussi clairement.
En général, quand l'industrie est prospère, l'ou-
vrier trouve dans son salaire de quoi suffire k son entfetien, à celui de sa famille, k ses plaisirs honnêtes, enfln k quelques économies pour les tetnps de chômage, de maladie et de vieillesse. La partie de ce salaire destinée aux économies pourrait a la rigueur être eiùployée k foriîier le capital des entreprises fondées sur le principe de Tassociation. Mais il ne faut qu'un simple coup d'œil pour reconnaître Tinsuffisance radicale de cette ressource. Les dépôts des caisses d'épargne représentent k peu près 400 millions en France, tl y a parmi les déposants plus de la moitié qui ne sont que de vieux domestiques ou de vieux employés, et la moitié k peine d'ouvriers consacrés k l'industrie. Il est Vrai que tous les ouvriers ne déposent pas, qu'il n'y a peut-être pas le tiers ou le quart d'entré eut qui apportent leur argent aux caisses d'épargne. Mais en tenant compte de cette circonstance, et en tHplant ou quadruplant U somme par eux déposée, conçoit-on qu'avec six ou huit cents millions on pût fournir le capital engagé dans toutes les industries : filature, lissage, métallurgie, mines, chemins de fer, canaux, etc., je laisse, bien entendu, l'agriculture k part? Beaucoup de milliards n'y suffiraient pas.
L'idée d'une retenue sur les Salaires pour constituer le capital des associations serait donc une pute chimère. Mais je l'admets si Ton veut. Cette retenue serait pour les ouvriers un indigne emploi de leurs épargnes. Rien n'est plus hasardé, comme je l'ai dit et comme chacun le sait, rien n'est plus hasardé que les capitaux engagés dans les entreprises industrielles.
Il n'y a que les riches capitalistes, garantis contre les conséquences des fausses spéculations par leur richesse mêipe , ou tes entrepreneurs garantis par leur propre \igilance, qui doivent spéculer. Tous autres spéculateurs sont des imprudents et des victimes. On tremble quand on voit de pauvres gens apporter leur argent k des compagnies qui entreprennent de vastes travaux, ou a des gouvernements qui empruntent, et on éprouve une terreur tout humaine k les voir confier k des aven* turiers ou k de mauvais administrateurs de la fortune publique les épargnes de toute leur vie. On s'est plaint souvent de ce que certains emprunts étrangers étaient publiquement admis au marché français, c'est-k-dire cotés k la Bourse, et on a eu raison. Dans quels sentiments élevait-on ces réclamations? Dans des sentiments d'humanité, parce qu'on regardait comme barbare de livrer k des mains peu sûres la fortune du pauvre. Et on confierait k ces spéculateurs de toute espèce que nous avons vus depuis un demi-siècle agiter, bouleverser, souvent déshonorer l'industrie, les économies des classes ouvrières! Sans doute ces spéculateurs ont été depuis cinquante ans plus téméraires que de coutume, parce que la découverte de la vapeur a mis le monde industriel en fermentation. Us ont agité et poussé en avant rindustrie, comme c'est la mission des esprits aventureux. Mais, en la faisant marcher, ils ont dû la faire marcher k leurs dépens, k leurs dépens seuls, et non aux dépens des infortunés ouvriers qu'ils employaient. Je le disais dans un chapitre précédent, les capitaux accumulés du riche sont
destinés aux entreprises hasardeuses. Deux alliés, la richesse et le génie, doivent accélérer la marche de rindustrie. Mais la pauvreté et Tassociation ne sont pas propres aux témérités. La première n'a rien k perdre et la seconde n'inventa jamais rien. Quoi ! les mille filatures, les mille forges, les mille fabriques de tout genre , entreprises depuis trente ans , fermées , abandonnées après des essais plus ou moins longs, suivies de la ruine ou de la gène des capitalistes qui les avaient commanditées, auraient été tentées aux dépens des ouvriers! C'eût été un malheur et un crime de l'avoir souffert. Ne demande-t-on pas avec raison aujourd'hui de faire payer les ouvriers par préférence k tous autres , en cas de non-réussite des entreprises industrielles?
On dira peut-être que rien n'est mieux entendu, en général, que de placer sur soi-même, et que de mettre soa argent où Ton met son travail. Cela est vrai quand on place réellement sur soi-même. Un cultivateur qui emploiera son argent sur sa terre plutôt que dans des placements hasardeux, un marchand qui emploiera ses bénéfices à étendre son commerce, et non à acheter des actions industrielles, agiront sagement l'un et l'autre. Mais ce n'est pas là ce qu'on prépare aux ouvriers associés. On leur propose de confier leurs économies à des entreprises qu'ils ne dirigeront pas, et qui seront réduites a l'alternative, ou de n'être dirigées par personne, ou de l'être par des directeurs capricieusement élus, en un mot de confier leurs économies à l'anarchie. Tout le monde redoute l'anarchie
en politique, et se garde bien de lui prêter son argent. Je vais vous faire voir que l'anarchie industrielle ne vaut pas mieux, et que lui donner l'argent des ouvriers serait une véritable cruauté. Ce sera le sujet du chapitre suivant. Je termine le présent chapitre en posant la question ainsi :
Ou l'État fournira le capital des industries fondées sur le principe de l'association , et il y aura injustice à permettre qu'une classe favorisée de travailleurs spécule avec l'argent de tous les autres travailleurs de la ville et de la campagne ^
Ou l'on tâchera de former ce capital avec un prélèvement sur les salaires, et alors il y aura l'emploi le plus imprudent, le plus inhumain des économies des ouvriers.
Injustice intolérable dans le premier cas, imprudence barbare dans le second, voilà comment je qualifie les moyens employés pour se procurer le capital, dans le système soi-disant philanthropique de l'association.
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