CHAPITRE V
DB UK Pm^CTION PES ENTBEPi(1S]S& DÀBfS I.E SYSTÈME
DE l'aSSOCUTIOOT.
Qm la direction des enlreprùe$, dam le système de Cauih dation, est impossible, et tend à substituer au principe de IHnlérêt personnel qui convient seul à ^industrie privée, le principe de ^intérêt général qui n'est applicable qu'au gouvernement des États,
L'anarchie dans le corps politique egt un grand mal. On la craint, on l'abhorre, et on a raison. Avec Tanarcbie il n'y a plus ni ordre, ni sécurité, ni justice , ni bonne administration , ni sage économie , ni force publique, ni grandeur. Par elle les États se décomposent, se déshonorent, et périssent, Da César k Augustule, telle est leur marche. Pour moi surtout qui aime deux choses avec passion, la justice au dedans, la grandeur au dehors, ranarchie est un objet d'insurmontable aversion.
Mais si odieuse qu'elle soit dans le corps politique, elle est la maladie naturelle de ce corps -, elle y est prévue -, elle y a ses remèdes comme certaines fièvres contractées en certains lieux malsains. On en peut mourir, mais on en peut guérir. Enfin dans FÉiat elle est malheureusement chez elle, comme la peste à Constantinople. Mais dans l'industrie, comprenez-
VOUS l'anarchie? On se désole, mais on ne s'étonne pas de voir 4es factions se disputer le pouvoir, déchirer la République, l'ensanglanter, la conduire au bord de l'abîme, l'y jeter ou l'y arrêter. C'est le mal d'un bien, car enfin il faut que le pouvoir, pour passer aux mains des bons, coure quelquefois la chance de se trouver aux mains des mauvais. Mais vous iigurez-vous le pouvoir contesté, disputé, transmis des uns aux autres, dans une manufacture? Vous figurez-vous le chef d'une usine élu par ses ouvriers, tour à tour destitué par les paresseux, ou porté par eux à la direction des ateliers? Vous figurez-vous ce président d'une république industrielle appuyé sur de semblables influences, traçant équitablement la tâche de chacun, réglant les salaires sur l'assiduité ou sur l'aptitude, inspirant confiance aux capitalistes, obtenant du crédit, et surtout réalisant des économies? Yous figurez^ vous cet être chimérique, remplaçant l'uùité, la suite, la vigilance de l'intérêt personnel, dans la direction d'une entreprise industrielle? Dans rÉtat, on conçoit que tous se mêlent des affaires publiques, car elles sont les affaires de tous. Mais dans ime fabrique, pouvez- vous imaginer quelques centaines d'ouvriers déhbérant sur les engagements k prendre, sur les lettres de change k signer, k accepter, k refuser, sur les crédits k ouvrir, sur l'extension k donner k ta production , sur les chances probables du commerce national ou européen?
Sans doute on voit quelquefois de$ actionnaires délibérant, mais une fois par année, sur la marche
générale d'une affaire, fondant leur contentement ou leur mécontentement sur l'abondance ou la modicité des dividendes, jetant un coup d'œil rapide sur ce qui prête le plus au contrôle, sur la comptabilité, abdiquant pour tout le reste leur autorité en faveur d'un directeur, qu'ils jugent par le résultat, c'est-adire par le bénéfice obtenu , et ne le rencontrant plus ensuite jusqu'à l'année suivante. Un pareil système d'administration n'est praticable que dans de trèsgrandes entreprises, à condition d'une intervention très-discrète et très-rare des actionnaires, terminée, je le répète, par leur abdication en faveur du directeur qu'ils ont choisi. Mais vous représentez-vous un chef d'atelier élu par les ouvriers auxquels il doit donner des ordres ? Quand on observe la plupart de nos établissements industriels, on est frappé d'une chose, c'est que ceux qui ont réussi, et ils sont en petit nombre, l'ont dû k la supériorité de l'entrepreneur qui les dirigeait, non pas seulement k sa supériorité d'intelligence (cette intelligence ne fait souvent que des entrepreneurs hardis , et destinés k ruiner eux et les autres), mais k une heureuse combinaison de l'iutelligence et du caractère, k un rare mélange d'esprit, de prudence et d'application. Si cet entrepreneur ne joint pas k l'invention, la mesure, la suite dans les idées, il échoue même avec des qualités éminentes, et il est obligé d'aller prêter son génie inventif k un autre doué de moins de hardiesse, mais de plusse sagesse et d'amour du travail. Quand les entrepreneurs possèdent toutes les qualités désirables , il faut encore
qu'ils aient une longue expérience, la connaissance des marchés étrangers, de grandes relations, de la considération, du crédit, en un mot avec les avantages qu'on reçoit de la nature ceux qu'on n'obtient que du temps. J'ai vu en effet de ces entrepreneurs, ouvriers dans leur enfance, parvenus ensuite par leur génie naturel , réunissant ainsi les vues générales k la connaissance pratique de leur état, ayant voyagé et comparé les divers procédés usités en Europe , jouissant d'un crédit immense, maîtres absolus chez eux, obéis comme on l'est quand on ne dépend pas de ses ouvriers, qu'on peut les prendre ou les renvoyer à volonté, j'ai vu de ces entrepreneurs, génies peu apparents, mal placés à l'Académie, mais pour moi supérieurs k beaucoup de gens d'esprit, et qui avec toutes ces qualités arrivaient à être riches un quart ou une moitié de leur vie, puis tout k coup, parce que la fortune les trahissait après les avoir longtemps favorisés, ou parce qu'il leur manquait une qualité toute modeste, celle de la modération dans les désirs, on parce que la vanité de toucher aux aflaires publiques les prenant trop tôt les détournait de leurs affaires privées, ou enfin parce qu'il avait plu k leur nation de renverser un gouvernement, perdaient leur fortune, et tombaient dans une profonde misère. J'ai vu des entrepreneurs doués d'un^vrai génie finir de la sorte, et on me persuadera qu'une masse de cinq ou six cents individus saura se conduire et parviendra k réussir, Ik où l'unité de volonté la plus complète, jointe k une incontestable capacité, k une vaste
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expérience , réuasit si rar(BmeiU I Non , je pe le croirai pas, quoi qu'en puissent dire des lettrés instruits qui n)'ont jamais vu marcher une usine , ou agir un gouvernement. Us me l'affirmeraient cent et cent fois, m'ordonnant dq le croire , comme sous les Romains on ordonnait de sacriûer aux dieux ou de mourir, que je me refuserais k l'admettre.
Gomment d'ailleurs ces ouvriers associés orgaqiseraiènt-ils leur gouvernement? Délibéreraient-ils euxmêmes sur le^ affaires de la Société, sur les salaires, sur les règlements, sur la production, sur les achats, sur les ventes, sur les contrats \ conclure? 11 serait bien cruel de les priver d'une telle prérogative, et ce ne serait pas la peine d'avoir placé leurs économies dans une entreprise, ou d'avoir emprunté k leurs risques et périls, ou d'avoir reçu de l'État le cadeau de quelques millions d'avances, pour abandonner k l'un d'entre eux la solution de toutes les questions qui les intéresseraient k un si haut degré. Et d'un autre côté il serait bien dangereux, bien insensé de leur laisser le soin de les résoudre! Quoi! ils seraient devenus associés, c'est-k-dire maîtres, ilp anr^iept mis leur argent, ou celui qu'on leur aurait prêté, dans une forge on dans nue fabrique de machines, pour Ijiisser a l'un d'entre eux le droit de les classer eux-Kpêmes en hommes de peine, ouvriers ordinaires, ajusteurs, assembleurs, maîtres, contre-maîtres, en ouvriers payés k 2 francs, k 3 francs, k 5, k 10 francs! ils laisseraient k l'un d'entre eux le soin de les punir, de les renvoyer (renvoyer des associés 1), de fixer les heures de tra-
vail, de coliclttre tous les marchés, de réglél* le prix des tentes et des achats, de décider s'il faut travailler pour telle maison ou pour telle autre, d'accorder des cfédils, d'en demander-, ils délégueraient, eux parties du maître, de tels pouvoirs à Pun d^entre eus! ou bien ils se tes réserveraient! Et alors comprenez-vous ces cinq ou six cents ouvriers se classant eux-mêmes en bdtis et en mauvais ouvriers, se constituant en aréopage pour se jtiger, décidant si la signature de monsieur un tel est bonne, médiocre ou mauvaise, s*il faut vetidre ou retenir les marchandises, suspendre ou développet" la production ! L'une et Fautre de ces suppositions sont bien diflSciles à admettre, car Tune est une désolante abdication , et Fautre une extravagante incompétence.
Je recontiais du reste que les hommes assemblés , toujours protnptsk se soulever, sont tout aussi prompts k abdiquer, quand le goAt du soulèvement est passé chez eur. Ces ouvriers nommeraient entre eux des chefs^ et entre ces chefs un directeur^ je suis porté à le croire. Mais h quoi bon alors n'avoir plus voulu d'un maître! Ou ce directeur pourrait punir les ouvriers, les faire descendre d'une classe à uhe autre, les renvoyer enfin, ou, s'il ne le pouvait pas, il n'obtiendrait ni la quantité, ni la qualité du travail, sans lesquelles tout succès est impossible dans un établis-* sèment industriel. Et s'il le pouvait, encore une foison se serait donné un maître aussi absolu que celui qui aurait été propriétaire de rétablissement ^ on aurait perdu stirtout la qualité d'assodé, car il est impossi*
ble en droit qu'un associé puisse être éconduit par un autre. Mais ne voyez-vous pas, me dira-t-on, que si, pour le succès de l'association , on s'était résigné a une autorité aussi absolue que celle du propriétaire, resterait l'avantage d'être intéressé dans l'entreprise et de se partager les bénéfices, qui dans l'état ordinaire sont pour le propriétaire seul?
J'ai montré tout k l'heure que l'on n'a droit aux bénéfices que lorsqu'on est propriétaire de tout ou partie du capital, et que l'on court les chances de perle comme de gain. Mais je néglige cette considération Je suppose les ouvriers propriétaires du capital par une retenue sur leurs salaires, ou ayant reçu un prêt de l'État, et je demande si c'est une combinaison raisonnable que celle où l'industrie, d'entreprise particulière, gérée par l'intérêt personnel, avec l'ardeur qu'excite la chance d'être ruiné ou enrichi suivant qu'on fait bien ou mal, deviendrait une sorte d'administration, une espèce de fonction publique, de manière que l'entrepreneur, au lien d'être payé par un succès ou un revers de fortune, recevrait, quoi qu'il fit, ses appointements, sauf quelque part au bénéfice, selon le cas de succès ou de revers.
On aurait donc substitué, dans rindustrie , des administrateurs k des propriétaires, c'est-k-dire un ressort très-faible k un ressort très-énergique. La nécessité de Vœil du maître est un vieil adage qui est, et restera éternellement vrai. Il faut dans les. affaires privées la vigilance, l'attention passionnée de l'intérêt individuel, et non le zèle affaibli de l'intérêt collectif.
Or Ik où rintérét personnel réussit tout juste assez pour que Tindustrie puisse vivre, ou voudrait en vain me persuader que Fintérêt collectif pourrait avoir la suite , rénergie , Taudace , l'amour enfin qui fait réussir. Vous figurez-vous les filateurs de coton et de lin, les fabricants de toile peinte, les fabricants de lainage, de Mulhouse, de Saint-Quentin, de Lille, de Rouen, d'Amiens, les fabricants de soieries dé Nimes, de Lyon, de Saint' Etienne, les maîtres de forges de Franche- Comté, de Champagne, de Bourgogne, du Berry, les fabricants de machines d'Arras, du Havre, de Paris, tous industriels dont vous connaissez les peines, les tribulations, )es malheurs, qui souvent après une longue carrière , en cumulant les bonnes années avec les mauvaises, seraient bien heureux d'avoir gagné les appointements d'un directeur, vous les figurez-vous convertis de propriétaires en administrateurs , et gagnant comme administrateurs ce qu'ils n'auraient pas gagné comme maîtres?
Savez-vous ce que je conseillerais aur ouvriers? ce serait de prendre leur argent ou celui que TÉlat leur aurait prêté, et de le placer, non pas dans la fabrique où ils seraient associés, mais dans celle qui appartiendrait a un maître absolu, dont le mérite et la probité leur seraient connus.
Ainsi, ou point de direction, point d'autorité, le gouvernement de cinq a six cents individus décidant de tout ce qu'ils ignoreraient, ou un directeur dans Tes mains duquel ils auraient abdiqué, et alors le zèle très-incertain du fonctionnaire substitué à la toute-
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puissance, à ractiviié infinie, à la vigilance incessanle (le rintérét personnel , telle serait l'étrange révolution produite dans l'industrie.
11 faut bien une autorité déléguée dans les grandes entreprises qui ne peuvent être la chose d'un seul , telles qu'un chemin de fer ou une mine. Alors il faut en effet choisir un intéressé qui dirige pour tous. Mais chacun sait que *c' est une cause grave d'infériorité pour les entreprises de cette nature, qu'elles périssent le plus souvent par l'administration , quand ce n'est pas par la qualité même de l'opération, et on ne comprend pas^ lorsque retendue du capital ^gagé n'oblige pas a renoncer à la souveraineté de l'intérêt privé, comment on songerait à se passer de ses avantages. Enfin rexpérience, qui en ce genre est le juge le plus sûr, n'a jamais, depuis qu'il existe des nations commerçantes, indiqué d'autre mobile de l'industrie que l'intérêt personnel travaillant pour lui-même. On conçoit l'autorité déléguée pour les affaires publiques qui ne sont pas la chose d'un seul, mais de tous, pour lesquelles il faut moins encore l'ardeur, l'activité passionnée de l'intérêt privé, que l'impartialité, le désiu'* téressement, la justice, le courage de celui qui est mû par des vues d'intérêt général *, et encore dans les gouvernements perfectionnés a4-on inventé une sorte d'intérêt personnel pour la direction des États, une façon d'a?f7 du maître, c'est la responsabilité de celui qui gouverne, responsabilité qui engage sa vie, son . ambition , scm honneur, sa gloire I Mais c'est renverser toutes choses , confondre toutes les notions , que
de trauisporter le gouveraenneat des États dans les affiadres privées, et c'est peut-être par contre-coup s'exposer k trouver le gouvernement des aflaires privées dans Tadministration des États. On aurait donné aoK manufactures pour les faire prospérer la froideur du fonctionnaire, et k TÉtat pour le gouverner Tégoîsme de Tintérét privé. Il arrive souvent, en effet, que le principe qu'on ne met pas où il doit être, va se placer 12i où il ne devrait jamais se rencontrer.
Mais nous avons supposé la meilleure, la moins probable des chances, c'est la délégation, entière, absolue de l'autorité du propriétaire à un directeur, ce qui ne s'effectuerait jamais complètement. Ces maîtres ne se donneraient pas, quoi qu'on en dise, un maitre, qui pourrait les renvoyer, et surtout les classer sous le rapport du salaire.
Comment pourraient-ils effectivement être renvoyés par celui qu'ils auraient le pouvoir de renvoyer euxmêmes P Comment s'y prendrait ce directeur élu pour régler avec eux la question des salaires? Ce maitre institué par eux établirait-il un jseul salaire ou plusieurs? Payerait-il au même prix rbonune de peine qui remue du charbon à la pelle , ou qui prête ses épaules au transport d'un lourd fardeau, et l'ajusteur adroit qui rapproche toutes les pièces d'une machine? Il faut avoir perdu le sens pour imaginer que l'association garderait un seul ouvrier habile, en les payant également, et en leur offrant pour toute perspective une part dans des bénéfices futurs. Si , pour se conformer à la règle commune , elle les payait inégale-
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ment, je demande encore comment s'y prendrait ce maître , délégué des ouvriers , pour les ranger équitablement et sans appel, dans la classe à 2 francs, à 3 francs, a 5 francs, k 10 francs? Imaginez-vous ces ateliers qui doivent marcher avec le silence , la précision, la continuité des machines dont ils empruntent le secours, qui n'approchent de la fécondité de la nature qu'autant qu'ils approchent de ses deux qualités essentielles, la régularité et la suite, les imaginez-vous partagés en factions, ayant des opinions non sur les affaires publiques, ce qui importe peu, mais sur les affaires de la maison , exigeant qu'on travaille tant d'heures et pas plus, qu'on paye tant de salaire et pas moins, et ayant leurs suffrages, tous les ans, tous les mois, tous les jours, pour faire prévaloir leur sentiment? Ce serait la ruine, la ruine inévitable et prochaine. On arrive tout juste avec l'autorité absolue du propriétaire , avec le stimulant de l'intérêt personnel, à faire vivre l'industrie, et il est rare, eu compensant les mauvaises années par les bonnes, qu'un manufacturier gagne plus de 7 ou 8 pour cent de ses capitaux engagés, soit pour l'intérêt de son argent, soit pour la rémunération de son travail personnel, et k ce compte il reste à peine 4 ou 5 pour les capitaux, 2 ou 3 pour l'entrepreneur. Appliquez maintenant aux mêmes manufactures le gouvernement d'Athènes, de Rome, de Florence, d'Amsterdam, de Paris même, et je vous prédis la ruine tant pour les capitaux que pour l'entrepreneur, et je renouvelle aux ouvriers associés le conseil que je leur ai donné, c'est
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de s'employer de leur personue dans les manufactares de l'association , snrtout s'ils sont paresseux , querelleurs, aimant la brigue, l'agitation plus que le travail, et de placer leur argent, s'ils en ont un peu.amassé, ou celui qu'on leur prêtera, dans d'autres entreprises que celles qui seraient gouvernées de la sorte.
Du reste je ne fais point ici une utopie, pour opposer k une utopie. Ce que je prédis a existé trois mois dans Paris. Le propriétaire d'un grand établissement consacré a la fabrication des machines a pour un temps cédé ses ateliers k ses ouvriers, de manière qu'il n'y avait pas de capital k débourser pour la création de l'établissement, et il est convenu de leur acheter a un prix déterminé les machines ou pièces de machines qu'ils fabriqueraient. Ce prix a été augmenté de 17 pour cent en moyenne. C'était aux ouvriers associés entre eux a se gouverner, k se rétribuer, k se partager les bénéfices. Le maître n'avait pas k s'en mêler. Il payait les pièces exécutées, leur assemblage en machines, au prix convenu, et naturellement il ne devait payer que l'ouvrage exécuté.
Les ouvriers associés sont restés divisés, comme ils Tétaient auparavant, en divers ateliers (facilité d'organisation fort grande, puisqu'ils n'avaient qu'k persister dans des habitudes prises)^ ils ont placé k la tête de chaque atelier un président , et k la tête des ateliers réunis un président général. Ils ont conservé la classification antérieure des salaires (autre facilité
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naissant d'habitades prises), seulement ils ont donné 3 francs au lieu de 2 francs 50 centimes h la dernière classe, celle des hommes de peine, et ils ont cessé de payer aux ouvriers habiles (appelés marchandeurs) le salaire élevé résultant du travail à la tâche. Ceux-ci n'ont comme tous les autres travaillé qu'à la journée. Pourtant, comme il fallait les satisfaire dans une certaine mesure, on leur accordait des suppléments de paye de 50, de 75 centimes, et quelquefois de 1 franc, ce qui, joint aux 4 francs de la paye moyenne, procurait 5 francs au plus k des ouvriers qui, h la tâche, gagnaient auparavant 6, 7 et 8 francs par jour. C'étaient les présidents d'ateliers qui accordaient ces suppléments. Après avoir ainsi élevé le salaire de l'homme de peine, abaissé celui de l'ouvrier habile, voici ce qui est arrivé k la suite d'un essai de trois mois.
Le tumulte a été quotidien dans les ateliers. Tl est vrai que le tumulte était général alors, et qu'il n'était pas moindre au Luxembourg, k l'Hôtel-de-Ville, que dans les manufactures. On se donnait des relâches quand il convenait de prendre part 5i telle ou telle manifestation , ce qui du reste ne nuisait qu'aux ouvriers eux-mêmes, car le propriétaire ne payait que Touvrage exécuté. Mais on travaillait peu, même quand on était présent, et les présidents d'ateliers chargés de maintenir l'ordre, de surveiller le travail, étaient changés jusqu'à deux ou trois fois par quinzaine. Le président général . n'exerçant pas la police locale dans les ateliers , avait moins de variations de
faveur h subir, et il n'a été changé qu'une fois pendant la durée de Tassociâtion. Si on avait travaillé comme autrefois pendant les trois mois qu'a existé ce régime, on aurait dû toucher 367 mille francs de maind'œuvre. On n'en a cependant touché que 197 mille, quoique les prix d'exécution ftissent élevés de 17 pour cent. La cause principale de cette moindre production n'a pas seulement tenu h ce que le nombre de jours et d'heures de présence a été très-inférieur k ce qu'il était antérieurement, mais k ce que le travail a été beaucoup moins actif, même quand on était présent. Les ouvriers à la tâche qui n'avaient plus qu'un insignifiant supplément de 50 centimes ou d'un franc au plus, n'ont pas mis grand zèle k travailler pour l'association. Les hommes qu'ils prenaient ordinairement avec eux, lorsqu'ils étaient rémunérés k la t&che, auxquels ils accordaient un supplément, et qu'ils surveillaient eux-mêmes, ont été livrés k la surveillance a peu près nulle des présidents d'ateliers, et un millier d'ouvriers sur quinze cents ont déployé l'ardeur dont on est animé quand on ne travaille pas pour soi. En définitive cent hommes de peine ont reçu 50 centimes de plus par jour, trois ou quatre cents ouvriers ont reçu 3 ou 4 francs comme par le passé , mais moins de journées parce qu'ils prenaient plus de vacances, et enfin les mille plus habiles qui travaillaient autrefois k la t&che ont été privés de la plus-value qu'ils devaient k leurs efforts, et qui portait leurs journées k 7, 8 et 10 francs. Aussi les bons ouvriers étaient-ils tous résolus k quitter l'établissement, et les trois mois
assignés à Tassociation étant expirés, elle a fini sans réclamation. Elle était dans une sorte de faillite, car elle devait plusieurs heures qui n'ont pas été payées, et elle avait dévoré le petit avoir d'une caisse de secours instituée avant ce régime philanthropique par le propriétaire de rétablissement.
Dix sous de plus par jour à cent hommes de peine sur quinze cents travailleurs, le salaire de trois ou quatre cents maintenu, celui des mille plus habiles diminué, la totalité beaucoup plus pauvre par suite des absences, qui ont représenté 32 pour cent de temps perdu, 197,000 francs d'ouvrage au lieu de 367,000 dans une même période, tous les bons ouvriers découragés, enfin l'association au-dessous de ses affaires après trois mois d'existence , bien qu'on eût un établissement tout monté fourni par le propriétaire, tel est le résultat. Les causes de ce résultat étaient le désordre, l'insuffisance d^autorité, le nivellement dans les salaires par la suppression du travail .k la tâche, en un mot l'association substituée au gouvernement absolu d'un entrepreneur travaillant pour son compte et traitant librement avec les ouvriers. De ces diverses causes, il en est une qu'il importe de développer davantage, c'est l'abolition du travail à la tâche, vulgairement connu dans la langue des ateliers sous le titre de marchandage. On va voir que, sous prétexte de faire participer les ouvriers aux profits du capital , on les a privés du seul moyen qu'ils eussent de devenir eux-mêmes entrepreneurs, entrepreneurs sans capitaux. Cette courte dissertation complétera ce
qae j'ai ^ dire des associations au point de vue de leur mode de gouyernement.