‹ De la properiete--Chapitre 32 sur 47 · DE LÀ RÉCIPROCITÉ · texte numérisé non relu

DE LÀ RÉCIPROCITÉ

Que le bon marché ne sixurait être produit par les loU, et que le numéi^aire ne pourrait être remplacé avec sécurité que par un papier aussi difficile à obtenir que le numéraire lui-même.

Voici un nouveau réformateur, doué de plus d'esprit que les autres réformateurs ses rivaux, qui en fait preuve en les jugeant tous avec une sévérité m-

pitoyable, qu'on croirait suscité par la ProvideDce pour les contredire et les confondre , et qui montre tant de bon sens k les juger, qu'on serait presque tenté de douter de sa sincérité quand lui-même il in* vente des systèmes. Les communistes lui inspirent du dégoût ^ les auteurs du système de l'association le font sourire^ en un mot, ils lui font tous éprouver ce que doit éprouver un homme de sens au spectacle de tant de puérilités, et puis voulant à son tour reconstruire la vieille société, voici ce qu'il imagine.

Il ne trouve pas, quant k lui, que tout soit a trop bon marché, et qu'il faille soumettre l'industrie au régime du monopole, pour relever le prix des choses. Loin de là, il pense que tout est trop cher, beaucoup trop cher, et en cela je me range de son avis, contre les partisans de Tassoeiation si pressés de mettre un frein k la concurrence. Bien que depuis trente années de paix , les prix aient baissé sous l'influence d'une activité industrielle extraordinaire et d'un calme profond, il n'en est pas moins vrai que beaucoup de jouissauces, forllégiiimes, sont encore interdites aux der* nières classes de la population. Un accroissement de bon marché serait donc fort désirable. Mais euGn nous étions il y a quelques instants avec les ennemis du bon marché, et nous voici maintenant avec ses amis passionnés. J'aurais cru , moi, qu'en laissant l'axe du monde tourner quelque temps encore, en permettant à l'industrie de continuer a se développer, sous le régime de lois sans cesse améliorées, on aurait fait de nouveaux pas dans cette carrière du bon mareh é

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toujours croissant. Point du tout ; ce bon marché qu'il fallait naguère arrêter sur une pente trop rapide, il faut au contraire l'y précipiter, et le produire violemment de nos propres mains! Soit, écoutons et jugeons.

li est donc bien certain , dit Fauteur du système de la réciprocité, que tout est encore trop cher, et qu'on se serait rapproché de la vraie égalité, si le prix des choses était abaissé. Puis, ajoute- t-il, il y a un second mal, triste complication du premier. Ces objets divers de nos jouissances, que la cherté met hors de notre portée , on serait tenté de se les procurer par le travail ^ mais pour le travail lui-même il faut des instruments, il faut une terre si on est agriculteur, un atelier si on veut être fabricant, des matières enfin, de Tor qui les représente toutes, de l^or, ce détestable et odieux roi, plus roi que ceux qu'on a détrônés en 1830 et en 1848, qui a pour propriété de s'enfuir devant celui qui le recherche, de manière qu'on ne le peut saisir quand on en a besoin. Tels sont les deux maux vrais de la société, la cherté d'une part, la disposition du numéraire à se refuser, de l'autre. — Ici encore je suis de l'avis de ce réformateur. On pourrait eu effet rendre exactement tous les embarras matériels qu'on éprouve en ce monde, avec ces deux mots : Ceci est trop cher, ou bien : Je n'ai pas d'argent. — Il n'y a pas un de nous, excepté deux ou trois banquiers en Europe , h qui cela ne soit arriva , encore l'ont-ils dit peut-être en traitant des emprunts.

Ce double mal si bien caractérisé, comment pro-

pose-t-on de le guérir? En décrétant d'abord le bon marché, et ensuite en supprimant le numéraire. Il est bien certain que si un décret peut avoir action sur la valeur des choses, il vaut la peine d'y recourir, et que si on peut supprimer le numéraire sans être obligé de le remplacer, sa disposition à se refuser sera détruite avec lui.

Les moyens, chez un esprit résolu, sont bientôt trouvés. On réduira, par une décision de la puissance législative, tous les revenus, tels que loyers de maisons , fermages de terres , intérêts de capitaux, salaires de toutes les professions, puis cela fait on établira la compensation. Par une autre décision, on diminuera la valeur des choses d'une quantité proportionnelle, en décrétant que personne ne pourra, dans aucune transaction , exiger au delà des prix connus les plus récents, réduits de 25 pour cent, si c'est de 25 pour cent qu'on a réduit les salaires. Tout débiteur devenant dès lors auxiliaire du système, tout acheteur aussi, car l'un et l'autre seront intéressés k ne pas payer plus que la loi ne les y oblige , on sera assuré d'être obéi. Ce sera une sorte de réciprocité, car les salaires auront été diminués , le prix des consommations également, et on sera arrivé au bon marché sans avoir causé de tort à personne. Je supprime beaucoup de détails pour laisser la pensée principale briller de tout son éclat.

Suit maintenant le procédé imaginé k l'égard du numéraire. On le corrigera de son penchant à se refuser en le supprimant, ce qui est une manière assu-

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rée d'en flnir avec Idî , et ôh le suppléera au inoyen d'un papier de banque, qui ne sera ni le billet de la Banque de France, lequel a quelquefois aussi le défiiut de se refuser, ni le papier^monnaie , véritable banqueroute selon Fauteur, ni le papier hypothécaire, autre invention des plus soties, toujours selon Fauteur, conçue par les partisans du crédit foncier. Ce nouveau papier sera établi de la manière suivante. On créera une vaste banque d'échange, qui aura pour gage la production entière du pays , et qui , avec un pareil gage , sera certainement bien solide. Puis tout travailleur pourra se présenter k elle, et en recevra la somme de papier dont il aura besoin , dans une proportion égale k ce qu'on lui aurait accordé d'escompte dans une banque ordinaire. (Ce point n'est pas complètement éclaircî dans le projet.) Ce papier ayant cours comme l'ancien numéraire, servira au travailleur, qui, avec son secours, se procurera tous les moyens de travailler et tous les moyens de jouir, sera parfaitement actif et parfaitement heureux, deviendra de sa personne une source intarissable de production, et un débouché impossible k èombler. L'or qui , en se refusant, était un obstacle placé entre lé travail de l'homme et son désir de consommer, l'or étant supprimé , l'humanité travaillera et consommera sans fin, devieiidra, en un mot, aussi hetireuse qu'elle peut l'être. Pour qu'il en soit ainsi , il aura suffi de la suppression de ce léger obstacle qu'on appelle l'or. Ce double phénomène du bon marché et de la suppres^ sion du numéraire accompli, on aura atteint tous les

bats que se proposaient le communiBine et le socialîsoie, et personne ne pourra plus prononcer Tan de ces deux mots funestes : Ceci est trop cher; on bien : Je n'ai point d'argent.

Oo supposera peut-être que je cherche, soit en exagérant, soit en dénaturant ces divers systèmes, ï les rendre ou inintelligibles ou ridicules , que je leur retranche ici ou Ik quelque partie qui les rendait concevables, praticables, merveilleux, et dont la privation ne les rend plus qu'incomplets, impuissants, inadmissibles. Je déclare en toute sincérité qu'il nVn est rien , que je fais pour les comprendre , pour les analyser, les efforts les plus consciencieux, que je voudrais rendre les systèmes que je combats compré^ hensibles pour les pouvoir mieux réfuter. La réfutation, en effet, n'est concluante que lorsqu'on a su présenter clairement le système qu'on réfute. Je répète donc que je fais de mon mieux pour comprendre et ftiire comprendre mes adversaires.

J'affirme que pour le bon marché il n'y a pas un autre moyen indiqué que la réduction par décret de tous les revenus, loyers, fermages, intérêts de capitaux , suivie de la réduction proportionnelle de toutes les marchandises ; que pour la suppression du numéraire il n'y a pas un autre moyen indiqué que celui d'un papier de banque, reposant sur la production entière du pays, et délivré par la banque dite d'échange k tout producteur, dans la proportion de ses besoins.

J'ajoute enfin qu'après ces deux créations l'atitenr

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traite avec indignation et mépris les inventeurs du maximum, et les créateurs du papier-monnaie, tant anciens que nouveaux !

Où prend-il , me dira-t-on , la raison de son indignation? Je rignore^ tant il y a qu'il n'en ménage pas l'expression. Puis il décrit les merveilles de son système. On supprimera par ce moyen l'usure, les commissions de banque, Vagio; on renverra aux usages domestiques l'or et l'argent devenus inutiles, ce qui procurera de nouvelles ressources au luxe , et le rendra moins ruineux \ on supprimera la dette publique , qu'on remboursera avec le nouveau papier, d'une manière prudente toutefois, en sept ou huit ans, par exemple; on supprimera les frais de perception du budget, car tous les impôts seront remplacés par le produit des escomptes de la banque d'échange, ce qui offrira la plus simple, la plus équitable base d'impôt connue^ on pourra supprimer, en outre, les douanes, la diplomatie étrangère, les armées elles-mêmes, car les peuples, obligés de prendre ce papier pour se procurer nos produits et nous faire accepter les leurs, seront liés indissolublement à nous. On aura donc décrété la paix perpétuelle, en même temps que l'abondance universelle. Tout représentant du peuple c^ui n'aura pas compris et admis ces principes devra être déclaré incapable ou suspect.

Je ne suppose pas une seule de ces conséquences \ elles sont toutes annoncées et affirmées par l'inventeur de la réciprocité.

Que veut-on que je réponde k ce système du réformateur le plus spirituel du temps? En conscience, je n'en sais rien , et je n'ai jamais été plus embarrassé. Toutefois je vais me comporter comme si tout ceci était sérieux^ et présenter quelques réflexions bien simples et bien incontestables.

D'abord je ne crois pas qu'on puisse fixer arbitrairement le prix des choses. Je suis à cet égard aussi rempli de préjugés que la France au lendemain du maximum. On s'introduirait inquisitorialement et par un miracle dans les détails infinis de la vie sociale, on atteindrait sans exception toutes les transactions, tous les marchés grands et petits, tous les salaires, jusqu'aux gratifications , même les plus insignifiantes -, on saisirait toutes les valeurs depuis la boite d'allumettes jusqu'aux objets du plus grand prix *, on pénétrerait enfin la société tout entière, comme la nature irrésistible pénètre les êtres, pour les soumettre k ses lois, qiie si on avait réussi, après avoir opéré un miracle, on n'aurait rien fait, car si le prodige de la réciprocité s'était exactement réalisé , tout le mobde aurait perdu autant que gagné. Quand, par exemple, la concurrence fait baisser les prix , nous prétendons que l'ouvrier a gagné parce qu'il paye ses objets de consommation un peu moins cher, tandis que son salaire, loin d'être diminué, est sensiblement augmenté. Si au contraire son salaire avait subi une diminution exactement proportionnelle k celle qu'auraient subie tous les objets de consommation, nous ne dirions pas

qu'il a gagné ; nous dirions qu'on ne lui a causé ni

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bien dî mal. On se serait donné beancoup^de peine, la peine d'an prodige , ponr n'amener aucun résultat. Mais du reste ce prodige on l'annonce sans l'accomplir. On tourmente en tain la société, on saisit quelques valeurs, et on ne saisit pas les autres. Cest même le moindre nombre qu'on atteint, car cette prétention de prendre les prix des marchés comme point de départ, est trop simple, en vérité. Chacun ' sait en effet que la vente des grains est accompagnée de mercuriales sur lesquelles sont cotés les prix ; que le pain est tarifé en vertu de règlements. de police, mais qu'excepté ces objets tous les autres se vendent de gré à gré , sans laisser aucune trace du prix , sans règle que la volonté instantanée, toujours changeatite, de milliers de contractants. Vous voudriez connaître ce qui se passe h chaque instant du jour dans la tête de trente-six millions d'hommes, découvrir toutes leurs pensées, écouter toutes leurs paroles, être informé de tous leurs actes, que vous n'âurîex pas conçu une prétention plus extravagante que celle de connaître les conditions de tous les achats et de toutes les ventes. Vous savez apparemment que Tadmiiiistration de renregislretnent n'est pas encore parvenue k constater à quel prix se vend uii immeuble, un immeuble qui est quelque chose de si gros^ de si saisissable , de si apparent. Une terre d'un million ^ une maison de cinq cent mille francs, se vendent publiquement par-devant notaire h Paris, sans que le fisc puisse être exactement informé de la somme stipulée, et vous prétendez connaître pour le réduire d'un cer-

tain taux le prit auquel se livreront toutes les aunes de toile , tous les souliers , tous les chapeaux qui se débiteront en France I Vous n'ignorez pas d'ailleurs comment se comporte la valeur, quand on veut la fixer arbitrairement. Elle ment. Vous déclarez que tel objet subira une réduction de 25 pour cent , et sur^ le-champ ce même objet s'estime 433, pour se retrouver k 100. Quand la Convention prétendait que 100 francs en assignats valaient effectivement 100 francs, tandis qu'ils n'en valaient que 10, un objet qui aurait coûté 10 francs ne se livrait pas k moins de 100. Et lorsque pour y remédier on fixait le prix de l'objet, avec menace de l'échafaud, l'objet disparaissait, et le commerce cessait ou devenait clandestin. Tout cela est aussi fou aujourd'hui qu'il y a cinquante ans. On ne règle pas plus les valeurs qu'on ne règle les pensées, les goûts, les désirs, les volontés insaisissables de l'homme, car les valeurs n'en sont que l'expression parfaitement exacte. Mais il y a çk et Ik une partie du phénomène que vous réalisez ; vous parvenez k agir contre tel ou tel indl^ vidu, je le reconnais. En réduisant tous les revenus de 25 ou de 33 pour cent , vous atteignez le rentier, le propriétaire, dont un contrât écrit a réglé le revenu pour nombre d'années. Celui-là vous l'atteignez sans doute, et comme vous l'atteignez seul, car le médecin, l'avocat, le négociant, le manufacturier, ne lui feront pas payer leurs services moins cher, ce n'est pas la propriété qui sera te vol , mais votre prétendue réciprocité.

En résumé, si on réussissait on ne ferait rien -, mais on ne réussit pas , on tire aveuglément sur la masse, on frappe celui-ci ou celui-là, on ne réduit pas les Valeurs, on spolie quelques individus.

J'en ai déjà trop dit sur ce premier moyen d'assurer le bonheur général. Quant au second, il est assez singulier pour mériter qu'on lui consacre quelques lignes.

L'or se refuse, il fait le renchéri, j'en conviens^ mais je vais vous révéler son secret, c'est qu'il a une valeur réelle, incontestable, et c'est pour ce motif que les hommes l'ont pris pour intermédiaire des échanges. Quand je parle de4'or, c'est comme si je parlais de l'argent lui-même, seulement celui-ci est moins coupable, parce qu'il vaut moins. L'échange est la suite forcée de la division du travail ^ car les uns produisant du blé, tandis que les autres produisent de la toile ou du fer, il faut bien que celui qui produit du blé l'échange contre de la toile ou du fer, s'il en a besoin. Mais n'ayant, par exemple, que du blé a offrir à tous ceux auxquels il s'adresse, et qui dans le moment où il aura recours k eux auront peut-être besoin d'autre chose, on a imaginé de prendre un objet commun, ayant une valeur reconnue, acceptée universellement, avec laquelle on put se présenter partout, assuré qu'on serait de tout obtenir. On a choisi l'argent, l'or, qui ont une valeur intrinsèque bien solide, et qui sous forme de lingot seulement valent k peu près autant que sous forme de monnaie. Il résulte de cette valeur même qu'ils ne se donnent qu'k bon

escient, contre une autre valeur réelle, aussi réelle que celle qu'ils portent en eux-mêmes. Ils se rerusent toutes les fois qu'on ne leur offre pas un équivalent réel. C'est le propre de la valeur vraie de se refuser. Or, quant a votre papier, je vous pose pour le juger une seule question. Se refusera-t-il, ou ne se refuseral-il pas? S'il ne se refuse k personne, je n'en veux pas pour mon compte, car c'est une preuve qu'il ne vaut rien. Ce qui se donne k qui le' demande ne vaut rien, homme ou chose.

Maintenant comment se le procurera-t-on? Suffirat-il de se présenter k la banque d'échange et de dire : Je suis travailleur, ou je veux l'être, pour obtenir une somme de papier? Ou bien faudra-t-il faire ses preuves de crédit, de bonne conduite, justifier de la confiance qu'on réclame? Tout le monde, depuis le prolétaire, ouvrier des champs ou des manufactures, jusqu'au banquier en crédit, sera-t-il admis a en demander?

Il faut répondre k ces questions, dont aucune n'est résolue, sans quoi le projet reste sans base.

Si tout le monde sans distinction est admis k demander du papier k la banque d'échange, oh ! alors je conviens que le problème de faire cesser dans le numéraire la disposition k se refuser est résolu , et je comprends comment on a préféré du papier k du métal , car avec du papier on n'a pas besoin d'y regarder de si près. Il peut y en avoir pour tout le monde ^ il suffit de multiplier les éditions. En ce cas, c'est bien pis que les assignats, car en 1793 il n'y avait k satisfaire qu'aux besoins du gouvernement, et

ici il faudra satisfaire aux besoins de tous. II n'y avait à se garder que du laisser- aller du gouvernement, et ici il faudra se garder du laisser -aller universel! Quiconque voudra de ce nouvel argent pour consommer ou pour produire, en obtiendra. C'est, me dirat-on, une calomnie qu'il vous plait d'imaginer contre le système 1 Soit, je ne demande pas mieux que d'être rassuré. Mais alors vous mettrez-vous k la duite de celui qui aura reçu du papier de la banque d'échange, pour savoir quel usage il en fera? Si vous ne prenez pas ce soin, j'ai raison de m'alarmer. Si au contraire vous surveillez celui qui a obtenu de votre papier, pour savoir quel emploi il en veut faire, c'est une étrange police à imposer à votre banque. Mais non, répliquerat*on, c'est encore une vaine supposition qu'il vous plail d'imaginer. On ne délivrera de ce papier qu'k celui qui le méritera , et qui aura justifié de la confiance qu'il réclame. L'appréciation de sa solvabilité sera donc placée avant la remise du papier. Soit encore. Je crois que cela vaut mieux ainsi. Mais alors on accordera ou l'en n'accordera pas, et voilk un refus! Votre papier fera le difficile a son tour, se donnera à l'un, se refusera à l'aulrel II tranchera du roi , de ce roi que vous appelez Tor, et qu'on a, dites-vous, oublié de détrôner le 24 février, en même temps que la branche cadette des Bourbons! Ainsi pas de milieu i ou une appréciation avant, et c'est la possibilité du redis, ou une surveillance après, et c'est une étrange police mise à la suite des clients de la banque, avec une possibilité de refus encore, car si la conduite de ces clients n'est

pas satisfaisante , on ne devra plus leur accorder de papier; et si enfin, coronde je suis porté k le craindre, ce n'était ni Tun ni Tautre, ce serait alors du papier à tout venant, à quiconque en voudrait, ce serait rémission infinie , auprès de laquelle rémission des assignats n'aurait été qu'une étroite parcimonie. Dans ce système, j'avoue qu'on aurait assuré la consommation illimitée, et ouvert k tous les produits du travail humain un débouché impossible k combler. Il n'y a qu'une chose qu'on aurait oublié d'assurer, ce serait le travail lui-même, car si on pouvait avoir du nouveau numéraire en papier sans offrir d'avance un produit réalisé en échange, je craindrais fort que la consommation ne précédât toujours la production, ce qui voudrait dire que bientôt elle ne trouverait plus rien k consommer.

Les anciennes banques, en se modelant sur l'éternelle nature des choses, s'y sont prises autrement, et elles ont, il faut en convenir, retidu de grands services, en écoutant cette disposition au refus qui est inhérente k l'or. Elles n'ont pas commencé par dire aux hommes qu'ils n'avaient qu'a se présenter pour qu'on leur ouvrit un crédit , ce qu'un banquier peut faire k l'égard des individus qu'il conuait , ce qu'un établis^ sèment collectif ne peut pas se permettre avec sûreté, mais elles ont consenti k escompter les effets que les Commerçants ou les manufkcturiers souscrivent les uns au profit des autres pour la fkcilité des afikires, effets qui doivent être acquittas en valeurs effectives et k des tetmes fixes. Elles les prennent, les exami-

nent par rintermédiaire de comités d'escompte chargés de connaître les commerçants ou industriels de la contrée, et en avancent la valeur moyennant un intérêt , quand le souscripteur est jugé solvable et qu'il ne prodigue pas sa signature. De la sorte, elles n'ouvrent pas des crédits préalables et généraux^ elles en ouvrent un pour chaque engagement pris, ce qui suppose une affaire conclue entre celui qui a souscrit et celui au profit duquel on a souscrit cet engagement; elles secondent ainsi la production en fournissant à celui qui a reçu la promesse d'un produit futur, la valeur même de ce produit. Mais elles ne font rien de trop , rien k la légère , se bornent k seconder chaque affaire conclue moyennant l'avance qu'elles accordent, et, cette avance, elles la font en un papier qui inspire confiance, savez- vous pourquoi? Parce qu'il peut à l'instant même où on le désire se convertir en or, c'est-k-dire en une monnaie qui porte sa valeur avec elle. S'il en était autrement, le papier des banques ne vaudrait plus rien.

Ainsi l'expérience enseigne qu'on peut devancer par l'escompte le moment où un produit sera réalisé, mais avec la certitude que ce produit n'est pas une chimère, avec des précautions infinies pour s'en assurer, et des refus , des refus fréquents comme conséquence. Enfin l'expérience apprend de plus que les avances accordées par les banques, et représentant le produit non encore réalisé, ne peuvent se faire en papier, qu'k la condition que ce papier puisse se convertir en or au premier désir, c'est-k-dire qu'il ait

loutes les qualités et tous les défauts de ce métal, défaut de se refuser notamment, car un billet de banque de mille francs se refuse tout autant que mille francs en or.

Ainsi ou la banque d'échange dont il s'agit est un bureau ouvert, dans lequel on donnera du nouveau papier à tout venant, c'est-k-dire une extravagance, ou c'est une banque qui, au lieu d'escompter, ouvre des crédits comme ferait un banquier, ce qui constitue une pratique fort inférieure à celle que l'expérience a fait adopter, les banquiers seuls ouvrant des crédits généraux, et les banques n'escomptant que des effets souscrits, et ne prêtant ainsi leur argent que sur une affaire conclue. Dans ce cas même, ou n'a pas remédié au prétendu mal dont on se plaint, car les crédits devant être limités, le refus est certain au terme du crédit. Ou folie, ou rien de nouveau qu'une pratique inférieure k celle qui existe, telle serait la nouvelle banque d'échange.

Il y a toutefois une hypothèse dont l'auteur ne parle pas, car le projet est exposé sans indication des moyens d'exécution, manière de procéder toujours plus commode, et cette hypothèse consisterait en ce que tout travailleur pût obtenir crédit à la banque d'échange, en y déposant des marchandises, c'est-kdire des produits réalisés. Mais alors elle serait une banque de prêts sur dépôts de marchandises, une espèce de mont-de-piété du commerce. On a imaginé de ces établissements pour les temps de détresse, mais d'une manière temporaire, sans quoi il faudrait qu'un

établissement de ce genre se fît l'acheteur et le vendeor universel , et centralisât dans ses mains le commerce tout entier, qui ne peut être bien fait que par les individus. Il n'v aurait là rien de nouveau, rien qui ne soit connu, qui ne soit contesté, et admis tout an plus pour les jours de crise. Dans ce cas enfin on n'aurait accordé le nouveau papier que sur un produit réalisé. Mais devant le produit réalisé Tor ne se refuse pas, k moins que ce ne soit dans certains moments d'avilissement général, et encore il se donne alors au prix réduit que les circonstances indiquent. Ce n'est donc pas une grande faveur k accorder que de donner du numéraire après le travail accompli. Dans les banques ordinaires on le donne avant, par l'escompte. Si au contraire on devait obtenir le papier dont il s'agit avant le produit, resterait toujours la question de savoir quelles précautions on prendrait pour s'assurer de la confiance que mériterait la promesse du producteur. Ainsi, ou le produit avant la remise du papier, ce qui n'est pas une grande faveur, ou le produit après, ce qui entraine des précautions pour s^assurer le produit plus tard , ce qui suppose des refus , toujours des refus, avec des embarras de détails, embarras coiisistant a faire d'une banque un dépôt général de marchandises. Je le répète donc, ou le nouveau papier ne vaudrait rien, ou il égalerait l'or en mauvaise volonté.

Il est bon de faire remarquer en finissant avec quel superbe mépris se traitent entre eux les réformateurs contemporains. L'auteur de la banque d'échange est

indigné contre les assignats. Il méprise le crédit foncier, qui consiste en on système de banques prêtant du papier pour la moitié ou le quart constatés des immenbles. H remarque en effet que les immeubles ne se vendant pas k volonté, quand il faudra dans certains moments rentrer dans la valeur du papier prêté , on sera fort embarrassé , car on ne peut pas vendre toute une contrée k la fois. C'est vrai ! Mais enfin on aura un gage. On sera très-embarrassé sans doute ^ on aura de la terre quand il faudrait de Targent, ce qui constituerait une fort désagréable situation^ et ce qui me fait repousser, quant k moi, ce qu'on appelle le crédit foncier-, mais vaudrait-il mieux se trouver devant un papier qui n'aurait aucun gage? — Il en aurait ^ me dira encore Tauteur, dans la production tout entière. Mais je lui répondrai une fois de plus, que ce serait après de nombreuses précautions pour se saisir de cette production, après avoir refusé, refusé aussi souvent que For, et à Taide d'une organisation très-inférieure a celle des banques actuelles. Ainsi voilk encore Tun des moyens imaginés par les nouveaux réformateurs réduit, il me semble, k sa juste valeur. Un bon marché^ qui n'aurait aucun effet s'il était général, car tout le monde donnerait moins et recevrait moins aussi, et qui, s'il n'était pas général , serait une spoliation *, de plus un nouveau numéraire en papier, ou se refusant comme l'ancien , ou se donnant k tout venant, idée folle comme celle de remettre de l'argent k quiconque en demanderait : tel est, au vrai, le système de la réciprocité.

Je soupçonne pourtant une chose , c'est que Ton n'accorderait pas de ce papier au premier venu, c'est qu'on n'en donnerait pas au paysan, au prolétaire, nécessairement peu connus de la banque d'échange, qu'on aurait la précaution de limiter les émissions, afin que l'extravagance fût moins complète, qu'on en donnerait dans les villes a quelques-uns de ces ouvriers pour lesquels l'association a été inventée, k quelques gens d'esprit dont le génie n'aurait pas encore percé, ou k quelque failli peu fortuné dans ses spéculations. Mais je demande alors, ici comme pour l'association, quand on songera enfin au pauvre paysan , qui , dans la Corrèze ou les Cévennes, se nourrit de pommes de terre ou de châtaignes? Les socialistes ne penseront donc jamais a lui?

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