Dupont. « Vaccine et vaccination dans le cercle de
Koury, d'octobre 1906 à mars 1907. » Rev. de Méd. et d'Hyg. tropic., 1907, IV, 91, 8o-.
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carrés de flanelle, des fibres de bois mouillées, des troncs de bananier (Martin).
M. Bailly, opérant dans le Nord de Madagascar, enfermait le vaccin « dans une boîte de fer-blane, qui elle-même était introduite dans un tronc de bananier évidé dans sa partie centrale. Le tout était roulé dans de la grosse toile bien spongieuse, ficelé et porté par un homme au bout d'un bambou. De temps à autre, le paquet était immergé dans l’eau d’une rivière ou d’une mare ». Aux Indes néerlandaises, on use d’un artifice analogue, avec cette différence que la tige du bananier, fraichement coupée et sur laquelle on implante les tubes, est contenue dans la boîte de fer-blane au lieu de la contenir. L’inconvénient de tous ces procédés, d’ailleurs ingénieux, est le poids mort souvent considérable (plus de 20 kilogrammes pour l'appareil Dupont) des milieux réfrigérants ; mais il faut reconnaître qu'ils demeurent les plus pratiques aux colonies, à cause de leur simpliclté. Peut-être y aurait-il lieu d'utiliser au transport du vaccin certaines substances mauvaises conductrices de la chaleur, le charbon de bois, par exemple : on enfermerait les tubes dans une première boite, contenue à son tour dans une seconde ; entre les deux on placerait une couche de charbon bien tassé. La première boîte serait d’abord refroidie sous un courant d’eau, puis placée dans le charbon ; on l'en retirerait pour la refroidir de nouveau, en cours de route, aussi souvent qu’on le jugerait nécessaire. La seconde serait soustraite à la
haute température ambiante par un des procédés sus-indiqués. Enfin, les bouteilles dites «thermos » auraient rendu de réels services à certains vaccinateurs.
0° Nécessité des relais de vaccin. — Malgré ces précautions, le vaccin, même produit dans la colonie, arrive souvent à destination dans un état de virulence très atténuée, sinon nulle, qui le rend pratiquement inutilisable. « À Hanoï, dit M. Granjux, on n’a obtenu de bons résultats qu’à partir du moment où l’on a cessé de faire venir le vaccin de Saïgon et où l’on a créé un centre vaccinogène sur place » (1). Un vaccin obtenu à Kayes en fin juillet, transporté par M. Dupont à Koury, ne donne aucun résultat dans les premiers jours d'octobre de la même année. Et, cependant, ce vaccin avait & fait le voyage dans une bouteille poreuse remplie d’eau. » La variole sévit surtout dans le Haut-Dahomey où il est diflicile de faire parvenir du vaccin virulent (Kermorgant) (2) ; en Guinée, le vaccin arrive dans les postes de l’intérieur, dépourvu de toute activité, même quand ila été récolté à Saint-Louis (Martin). Il devient donc nécessaire, en ces points éloignés des centres vaccinogènes de la côte, de régénérer le vaccin par des passages successifs sur l'animal avant de l’inoculer à l’homme, de créer des centres vaccino-
r. Rev. de Médec. et d'Hyg. tropic.,t. IV, 1977, ne 8,
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gènes secondaires, ce que nous appellerions volontiers des relais de vaccin, car c’est de là que doit partir, avec une force nouvelle, la pulpe destinée aux régions encore plus lointaines. A ce propos, tout médecin colonial exposé à recevoir un vaccin inactif, devrait posséder les connaissances pratiques etle matériel, d’ailleurs fort simple, nécessaires à l'ensemencement, à la récolte et à la préparation du vaccin. L'Institut de Médecine coloniale de Paris l’a bien compris qui a introduit dans son programme d’études une visite obligatoire à l’Institut de vaccine annexé à l’Académie de Médecine, visite au cours de laquelle les élèves, grâce à la bienveillante obligeance de M. le professeur Kelsch, manient euxmêmes le scarificateur et la cureite.. En général, aux colonies, les génisses ont une valeur . marchande minime et le Gouvernement pourrait, sans grever beaucoup son budget, fournir aux médecins des cercles loinfains les sommes nécessaires à l’achat de vaccinifères.
En 1906-1907, M. Dupont (de Koury), sur les conseils de M. Thiroux, chef du laboratoire de Saint- Louis (Sénégal) et de M. Bouffard, chef du laboratoire de Bamako, a essayé de créer, à Koury, en plein Soudan, un centre vaccinogène. Avec des vaccins rapportés de Bamako dont l’inoculation directe à des enfants de quatre à six ans lui avait prouvé l’insuffisante virulence, il inocula, par passages successifs, quatre génisses et quatre veaux. Le produit de ces ensemencements lui donna, chez les enfants indigè-
nes de 60 à 92 0/0 de succès. En outre, sa récolte fut abondante au point qu'il put envoyer du vaccin aux postes voisins de Koury. Cet heureux essai lui permet d'affirmer qu’ «il est possible, facile même au médecin d’un poste de la brousse de régénérer par un passage sur génisse Ou sur veau le vaccin affaibli qu'il reçoit» (1). Déjà en 1897, M. R. Vürtz, au cours d'une mission en Abyssinie, avait pu, avec une petite quantité de vaccin inoculer des génisses du pays et obtenir une quantité suffisante de lymphe pour vacciner 20.700 personnes en moins de six mois (2).
Ces faits légitiment, ce nous semble, la conclusion suivante : {out médecin colonial qui reçoit un vaccin atténué dans sa virulence doit, sur place le régénérer. Et celte régénération doit avoir une double fin 1° fournir un vaccin bien agissant au médecin régénérateur lui-même, en vue des vaccinations qu’il pratiquera dans sa circonscription; 2° permettre aux postes encore plus éloignés dans lintérieur des terres de recevoir une pulpe glycérinée plus active qu’elle ne le serait si elle y était apportée directement de la côte. Ainsi nos vieilles diligences, aux relais des bords de la grande route, changeaient leurs che-
vaux fourbus pour des chevaux plus frais.
1. M. Dupont. « Vaccine et vaccination dans le cercle de Koury, d'octobre 1906 à mars 1907.» Rev. de Médec. et d'Hyg tropic., t. IV, 1907, n°1, p. 77.