CHAPITRE II
La Vaccination et les Indigènes :
Les difficultés de la vaccination aux colonies ne sont pas toutes écartées quand le médecin a réussi à préparer et à transporter virulent un vaccin de bon aloi. Encore faut-il, pour que sa tâche soit complète, qu'il trouve des sujets soucieux dese faire vacciner ou revacciner.
Malheureusement, l'indifférence, le fatalisme, l'ignorance ou la crainte éloignent les indigènes du vaccinateur, souvent aussi les exhortations sournoises des chefs religieux qui ne voient jamais sans jalousie ni haine les progrès des étrangers en leur pays. En Algérie, dans les débuts, « les indigènes s'imaginaient que l’on « marquait » leurs enfants pour la conscription, pour des corvées.» (Ed. et Et. Sergent) (1). « Trop souvent, écrit M. Dupont, il m'a été donné de voir, quand j’approchais d'un village, des gamins s’enfuyant dans la brousse à toutes jambes » (2). Aux Indes, la variole est considérée
> Brouardel, Chantemesse et Mosny. Ayg. col., 165. 2. Dupont, loc.cit., p.78.
comme un bienfait de la Divinité: ce serait faire œuvre impie que de la combattre (Kermorgant). Dans toutes les colonies, la vaccination a rencontré ou rencontre, chez les indigènes, le même manque d'enthousiasme, sinon la même aversion. Or, comme la variole constitue pour eux un danger permanent et imminent, on ne peut attendre qu'ils s’accoutument, avec le temps, à l’idée d'une vaccination nécessaire à tous, obligatoire pour tous. Il importe, au contraire, de prendre des mesures pour que la vaccine diffuse avec rapidité dans nos colonies et se répande sur le maximum de territoire dans le minimum de temps.
Dans ce but, les Anglais, aux Indes, onl usé de moyens coercilifs. Certes, la peur du gendarme à souvent des effets salutaires, surtout peul-êlre quand elle naît dans une cervelle indigène, et, dans celles de nos colonies qui sont de possession ancienne, de colonisation avancée (Algérie par exemple), où la police est bien organisée, nombreux les représentants de l’autorité publique, la méthode anglaise pourrait être appliquée avee succès. Cependant, il: semble qu'il entre mieux dans les habitudes de douceur qui constituent la méthode officielle de colonisalion française, d'attirer les autochtones vers la vaccine soil par la persuasion et la démonstration des bénéfices qu'ils en doivent retirer, soit — et mieux — par l'appât des récompenses. D'après M. G. Martin, les petits cadeaux (les petits cadeaux entreliennent l’immunité) ont beaucoup contribué à
amener vers les vaccinateurs les plus indécis des