G. Martin. «Service de la vaccination au Cambodge
Ann. d'hyg. et de méd. colon., t. V, 1904, p 499. 2. Congrès colonial de Paris, 1904, p. 111.
comme l’a demandé M. Trolard, obliger les patrons, chefs d'entreprise ou de factorerie à n’employer que des indigènes vaccinés. L'efficacité d'une telle mesure est d'ailleurs d’autant plus évidente, qu'elle a été prouvée par des faits : à Mayotte, lors de l'épidémie de 1890, les Makoas, à qui leurs engagisles imposaient la vaccination, n'ont eu qu’un seul cas de variole, suivi de guérison. Ces moyens de coercition auraient l'avantage de ne pas être directement attentatoires à la liberté individuelle, que les indigènes de certains pays prisent d'autant plus, que leurs ascendants, sinon eux-mêmes, ont pu, jadis, souffrir de l'avoir perdue ; ils revêtiraient le caractère « anesthésique » de nos impôts dits indirects et frapperaient l'individu dans son intérêt même. On sait qu'il est, cet intérêt personnel, l'un des plus puissants mobiles humains. Enfin, pourquoi ne eréerait-on pas une décoration spéciale, l'Ordre de la vaccine si l’on veut, qui serait réservée aux propagandistes zélés parmi les chefs indigènes ? L'amour du ruban est vif chez le plus grand nombre d’entre eux ; il donnerait à Jenner, en plein cœur de l'Afrique, des apôtres sinon convaincus, du moins ouvertement dévoués à une bonne cause.
Les grands services de vaccine. Les vaccinateurs indigènes. — Nous disions, dès les premières pages de ce travail, que la vaccination est, souvent, pour le médecin colonial, la tâche la plus pénible qu'il ait à accomplir ; que les difficultés de la vaccination peuvent tenir, entre autres causes, à la dissémination
des collectivités. Ces difficultés s’augmentent de la multiplicité des fonctions inhérentes au poste demédecin de l’assistance indigène. Dans la brousse, le docteur est, tout à la fois, médecin, chirurgien, infirmier, bactériologiste, médecin-légiste,accoucheur, préparateur de vaccin, voire son propre cuisinier. Souvent, au moment propice pour les vaccinations, il est retenu par un malade grave, ou bien, en cours de tournée de vaccine, on le rappelle à son poste pour procéder à une autopsie, pour donner des soins à un Européen en proie à un accès pernicieux de paludisme. »
Cette multiplicité de fonctions estencore un obstacle à la pratique régulière et suivie, méthodique, de la vaccination. On y a remédié, dans certaines possessions francaises, par l’organisation de la vaccine mobile. Dès 1878, ce système fonctionna en Cochinchine : &« deux médecins furent attachés d’une façon permanente à ce service et chargés chacun d’une moitié de la colonie qu'ils devaient parcourir de district en district » (P.-L. Simond). Depuis la création à Saïgon d’un centre vaccinogène, ce service fonctionne sur toute l'étendue du territoire avec la plus grande facilité et donne les meilleurs résultats (200.000 vaccinations par an). Tout récemment, (27 janvier 1908) un arrêté du Bey de Tunis prévoit que les médecins stagiaires de: colonisation, attachés à l’Institut-Pasteur de Tunis, pourront être chargés, par le secrétariat général du gouvernement,
d'effectuer des tournées de vaccinations gratuites. Parrot 3
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Ailleurs, on a créé soit des médecins indigènes (Madagascar), soit des auxiliaires médicaux. Ainsi, à Saïgon, il y a une école d’infirmiers vaccinateurs indigènes ; de même à Hanoï et à Alger ; un arrêté du gouvernement général de l’Afrique occidentale française (7 janvier 1906) vise la formation d'un corps d'aides médécins indigènes initiés à la pratique de la vaccination... Cet adjuvat a été diversement accueilli dans les milieux médicaux des colonies. On a dit qu’il ne saurait y avoir de demi-médecins, que c'était rétablir ce qui avait été supprimé en France, c’est à-dire les officiers de santé. 1l semble délicat en effet, de permettre l’exercice d’une partie même minime de l’art médical, même de la vacecination, à des jeunes gens dont les connaissances scientifiques sont des plus élémentaires. Le Ve Congrès des médecins de Zemstvos (1905), en Russie, pensait ainsi, quand 1l décidait que la vaccination ne devait être confiée qu'aux personnes qui ont reçu une instruction médicale. « Toutes les autres, ajoutaitil, même si elles ont appris la technique vulgaire, ne doivent pas être autorisées à la pratiquer » (1).
En France, beaucoup de nos confrères sont du même avis, car le médecin « est mieux familiarisé que les sages-femmes avec les pratiques de l’asepsie et seul ilest capable de discerner les motifs d’ajournement à l’opération créés par les diathèses plus ou
1. De la vaccination jennérienne. Ve Congrès de médecins. de Zemstvos. Repue d'Hygiène, 1905.
moins apparentes, par cerlaines dermatoses et notamment par l'eczéma... » (1). L'argument garde sa valeur, et même croît en force, si l’on considère la vaccination aux colonies et les vaccinateurs indigènes : ont-ils, ces derniers, des .connaissances médicales plus étendues que nos sages-femmes et savent-ils, mieux qu'elles, être aseptiques ?.. Mais le plus grand inconvénient que, pour beau-
‘coup d'auteurs, présente la création de cet adjuvat,
dérive de la tournure d'esprit particulière aux indigènes, de leur mercantilisme habituel : « Je ne crois pas, dit M. R. Würtz, qu'on puisse confier la vaccination aux indigènes. Toute opération, quelle qu'elle soit, est pour eux un sujet de lucre et la vaccination gratuite deviendrait rapidement une vaccination payante. » Et M. Granjux d'’ajouter : « L'indigène ne comprend pas qu'on travaille gratuitement. C’est un fail connu de tous les médecins qui ont pratiqué aux colonies, où les aides médicaux prélèvent, quand ils le peuvent, un tribut sur les malades que les médecins soignent gratuitement » (2). En revanche, les partisans des auxiliaires médicaux assurent que la similitude de race, de mœurs, la communauté de religion, la ressemblance de couleur et de costume permettraient à ces autochtones sélectionnés de faire œuvre utile. Faut-il leur