Revue de Méd. et d'Hyg. tropic., 1907, n°2, p
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rappeler l’essai malheureux fait en Cochinchine, il y a plus de trente ans ? En 1874, la vaccination, confiée jusqu'alors aux médecins de la marine, passa aux mains des vaccinateurs indigènes, « mais l’on s’aperçut bientôt des inconvénients, des dangers même d’une pareille mesure et, par un nouvel arrêté (1° janvier 1876), les vaccinateurs annamites durent subir le contrôle des médecins français. Enfin, par l'arrêté du 21 mars 1878, cet important service fut complètement restitué à ces derniers » (1). Sans nier, donc, les services que peuvent rendre, par ailleurs, les auxilliaires médicaux, nous dirons que la prudence commande de ne point les livrer à euxmêmes, de les adjoindre toujours à un médecin français qui les aura sous sa surveillance constante, dirigera leurs travaux et réprimera leurs instincts de négoce s'ils viennent à se manifester. Qu'ils soient de bons infirmiers, de bons interprètes et rien de plus. En ce qui concerne la vaccination, mieux valent, assurément, les dépenses, d’ailleurs productives, d’un service de vaccine mobile (M. P.-L. Simond estime qu’à ne considérer que le point de vue économique, l’organisation de la vaccine mobile en Indo-Chine entraînerait un bénéfice au moins dix fois supérieur aux sommes déboursées) ; mieux valent ces dépenses que l'emploi d’indigènes mal dégrossis à une tâche dont la hauteur dépasse leur
1. P. Gouzien. « Les vaccinations au Tonkin. » Arch. de méd. nav. et colon., 1897, t. LV, P. 101, en note.
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moralité. Il est permis de le croire, le système qui fonctionne en Cochinchine avec succès donnerait des résultats aussi satisfaisants dans les autres possessions françaises, s'il y était appliqué. On pourrait peut-être, à propos de l'Afrique occidentale, objecter que la rareté des moyens rapides de communication dont jouit cetle colonie, les ardeurs de son climat, l'étendue considérable des territoires à parcourir seraient des obstacles sérieux à la « mobilité » de la vaccine ambulante. À quoïil est aisé de répondre : les mêmes difficultés se présentent au médecin de l’assistance indigène au cours de ses tournées et il se trouve moins armé pour les vaincre, étant seul, qu’un service bien organisé, dont la marche dans la brousse peut être prévue et réglée d’une façon presque aussi mathématique qu’une expédition militaire.
En 1902, M. Jeanselme a fait connaitre comment fonctionne le service vaccinal dans les [Indes Néerlandaises : division de l’île de Java en districts de vaccination, subdivision du district en cercles concentriques et secteurs que parcourt successivement et méthodiquement, le vaccinateur (S{raalkart) (1). Puis, au Congrès colonial de Paris de 1904, le même auteur a demandé l'application à l’Indo-Chine d’un système analogue : substitution de la « vaccine rayonnant autour d’un centre » à la vaccine ambu-
1. E. Jeanselme. « Les ravages de la variole dans l'Indo- Chine française. » Presse médicale, 1902, n° 62, p. 735-759.
lante : division des territoires coloniaux en districts de vaccination qui seraient confiés à des vaccinateurs indigènes. M. Trolard a émis le même vœu pour l'Algérie, Certes, le projet est séduisant, et il semble certain qu'il donnerait le résultat cherché par ces auteurs, à savoir de mettre le vaccin à portée des indigènes. Cependant il présente, à notre avis, deux inconvénients. Le premier tient à l’atténuation possible du vaccin pendant son transport depuis le centre vaccinogène jusqu'au district, pour peu que ce dernier soit éloigné et la moyenne thermométrique de la colonie élevée. Sera-ce alors le vaccinateur indigène, esculape inachevé, qui revivifiera la lymphe inactive par un passage sur la génisse ? et s’il use de cette lymphe telle qu’il la reçoit, ne mettra-t-il pas sur le compte d’une immunité persistante les revaccinations négatives ? Le second réside dans ce fait que le district est confié à un vaccinaleur indigène. Quelle sera la conduite de ce potentat à lancette, isolé, éloigné de tout contrôle ? Ne retournera-t-il pas aux anciens errements, aux herbes, aux simples, à la variolisation même? Sans doute, M. Jeanselme prévoit des inspections sérieuses pour empêcher les prévarications, mais n'est-ce pas tomber dans le dilemme suivant : ou bien, pour que ces inspections soient efficaces, il faudra les multiplier et multiplier, par suite, le nombre des inspecteurs à cause de la grande étendue des territoires et, alors, le projet devient très onéreux pour la colonie ; ou bien se con-
tenter d’un nombre restreint d’inspecteurs, ce qui
rend les inspections illusoires quant à leur efficacité, les vaccinateurs indigènes pouvant donner libre jeu à leurs caprices dans l'intervalle de deux contrôles trop espacés ?
Pour ces motifs, nous ne croyons pas qu'il soit désirable d'appliquer lesystème hollandais dans nos colonies de vaste étendue (dans les autres, les médecins de l'assistance indigène suffisent à leur tâche de vaccinaleurs intermittents), et, à sa place, dans l'espoir de parer aux difficultés qui résultent de l’atténuation de la virulence de la pulpe et réduire au minimum les aléas du transport des tubes de vacein, pour satisfaire aussi à la nécessité évidente de vacciner avec succès, méthode et régularité, un grand nombre d’indigènes dans un temps très court, nous proposerions volontiers le système suivant : diviser le territoire de chaque colonie en cercles de vaccination, ayant, comme centre, un instilut vaccinogène et, pour rayon, la distance maxima à laquelle le vaccin peut être transporté sans souffrir dans sa virulence. Cette distance serait établie expérimentalement pour chaque colonie, et, dans une même colonie, pour toutes les régions à régime climatérique différent. L’importance de l'institut vaccinogène central varierait avec la densité de la population du cercle considéré, et c'est du centre que partiraient, en tournées rythmiques, les vaccinateurs.
Enfin, si l’on considère, malgré tout, les auxiliaires indigènes comme indispensables à la diffusion de la vaccine dans nos colonies, il serait facile de les atta-
4h cher aux centres vaccinogènes régionaux : ils y soigneraient lesanimaux vaccinifères,prêteraient la main aux travaux qui, dans l’ensemencement,la récolte ou la préparation de la pulpe, n’exigent ni habileté, ni délicatesse particulières. Au moment propice, ils accompagneraient le vaccinateur français dans ses expéditions. Ils l’aideraient aux inoculations, mais sous sa surveillance immédiate el constante ; ils l’aideraient encore au contrôle, si nécessaire et si souvent incomplet aux colonies, des résultats dbte-
nus.