CHAPITRE III
Isolement et Désinfection
La première mesure prophylactique à prendre contre la variole consiste dans la vaccination. Si, malgré la vaccination, le mal éclot, le médecin doit avoir recours à une seconde mesure prophylactique : l'isolement des varioleux suivi de la désinfection des locaux ou objets contaminés, aux colonies comme
en Europe.
L'isolement des inaigènes atteints d’une maladie contagieuse n'est pas toujours facile à réaliser, tant s’en faut. C’est qu’on se heurte, en général, à la fois à l'indifférence des indigènes sains et à l’indocilité des malades qui ne peuvent comprendre qu'on les enferme alors que, convalescents, ils se sentent et se croient bien guéris : le mal est parti, donc le mal n’est plus à craindre. D'ailleurs, l'endurance des indigènes est telle que, même au moment le plus aigu d’une pyrexie, on peut quelquefois les voir aller et venir comme s'ils étaient valides.
M. le D’ Salvan (de Morris) nous citait un jour, à ce propos, le cas d’une femme arabe qui était venue
à sa consultation, à pied, en pleine éruption de va-
a tps
riole. Il la fit isoler dans un gourbi attenant à l’infirmerie indigène, en lui recommandant de n’en point sortir. Une heure ne s'était pas écoulée, qu'elleerrait dans les rues du village et finissait par s'asseoir sur les marches de # mairie... M. Gros signale aussi qu’à Rébeval « on voyait circuler , les jours de marché, et prendre place dans les voitures publiques qui font le service entre Alger et Tizi-Ouzou, des indigènes de passage, en pleine éruption variolique ». En Indo-Chine, les Annamites, convalescents de variole, sortent et voyagent encore couverts de croûtes. Cependant, dans certaines régions, les indigènes pratiquent eux-mêmes un isolement rigoureux des varioleux, tels ceux du Gabon (Kermorgant), tels les Hovas de Madagascar (Planté). Partout où il n’est point spontané, il convient de mettre en œuvre même des moyens coercitifs pour le réaliser. On laissera le malade dans sa case, gourbi ou paillotte ; on fera évacuer les cases voisines et on veillera à ce que n’entrent en contact avec le varioleux que les membres de sa famille immunisés par une variole antérieure ou une vaccination récente. Le temps de contagiosité passé, on brälera la case et les vêtements ou objets supposés contaminés. Bien entendu, le malade doit être indemnisé des pertes qu'il a pu subir du fait de cette désinfection radicale, En outre, il parait assez naturel de contraindre les indigènes à l’aider à se reconstruire une habitation, puisque c’est pour le bien de la collectivité que la sienne a été détruite.
LE A Vie
En Algérie, quelques médecins de colonisation ont fail élever, à côté de l'infirmerie indigène qui est sous leur surveillance, un gourbi destiné à recevoir les contagieux. Ce gourbi, fait de bois et d'herbes sèches, est brûlé après guérison des isolés. La dépense est faible ; elle serait encore moindre si l’on employait à sa construction ceux d’entre les malades de linfirmerie dont l'état n’est pas incompatible avec un travail manuel, certains syphilitiques tertiaires par exemple. Il nous a été donné de voir des Arabes, hospitalisés pour des gommes cutanées, qu’on aurait très bien pu utiliser à de menus travaux et qui, pachas en guenilles, daignaient à peine interrompre leur sommeil aux heures des repas... Ce système d'isolement est digne d’être imité; il présente l'avantage de rapprocher les contagieux du médecin et, par suite, de faciliter grandement la surveillance.
Certes, il y a d’autres moyens de désinfection que l'incendie. Nous donnerons cependant la préférence à ce dernier à cause de sa simplicité, de son indéniable efficacité et aussi du peu de valeur des habitations indigènes et des objets ou meubles y contenus. Il va sans dire que si le logis du varioleux est construit à l’européenne, en matériaux solides et peu inflammables, si la désinfection par le feu doit entrainer un dommage trop considérable, cette dernière n’est plus de mise. Il faut alors recourir à l’un des nombreux procédés employés en Europe et sur les-
quels il ne nous appartient plus d’insister.