HAUT MERS
l'épidémie de 1886 fit 3500 victimes ; de 1898 à 1904, 5.203 décès par variole à Pondichéry (Clarac) ; sur 100.000 esclaves qui existaient à Zanzibar et à Pemba en 1897, 20.000 étaient morts en 1902 à la suite d’épidémies de variole (G. Borne) ; « dans le sud de la Tunisie, chaque tente a un enfant chaque année, mais la population reste stationnaire parce que, périodiquement, tous les quatre ou cinq ans, la variole apparait et fait une formidable râfle » (J. Brault) ; dans nos possessions de l'Inde, en 1906, 2.507 décès, toujours par variole (Kermorgant)... Ces chiffres,si considérables soient-ils, ne surprennent point l'esprit quise représente l'état de promiscuité et de malpropreté où vivent, en général, les indigènes, l’insalubrité ordinaire de leurs habitations et leur trop fréquente ignorance des plus élémentaires mesures d'hygiène. Mais ils l’obligent à considérer les épidémies coloniales de variole d’abord comme un danger pour les blancs immigrés, ensuite comme autant de fléaux économiques. La prospérité de nos possessions lointaines est indubitablement liée, en effet, à la prospérité des indigènes eux-mêmes, à leur nombre, à leur vigueur physique et à leur capacité de travail, puisqu'ils constituent, là-bas, la seule main-d'œuvre utilisable avec profit. « L'indigène, écrit M. Würtz, est indispensable au développement commercial, industriel et agricole de toutes les colonies européennes ». D'où il résulte que la lutte contre la variole s'impose comme une nécessité absolue dès l'occupation des territoires neufs et doit
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s’y poursuivre sans relâche. Elle est, cette lutte, un des premiers devoirs qui incombent au médecin colonial, la tâche la plus délicate, la plus difficile, souvent, et la plus fatigante qu’il ait à remplir.
Les principes directeurs de la prophylaxie de la variole, universels parce que rationnels, demeurent les mêmes aux colonies qu’en Europe ; la façon dont l'hygiéniste les met en pratique seule diffère, car à un milieu nouveau convient une conduite nouvelle. Des difficultés surgissent, inconnues ailleurs, et qui tiennent au régime climatérique colonial, à la mentalité des autochtones, à la dissémination des collectivités et à l'étendue considérable des territoires.’ Notre dessein est d'envisager, dans ce travail, ces difficultés diverses et les moyens propres à les restreindre, voire les supprimer. Dans un premier chapitre, sous la rubrique «Le Vaccin aux colonies », nous étudierons les modifications qualitatives que le vaccin subit dans les pays chauds, les inconvénients qui en résultent el les artifices grâce auxquels on y remédie ou pourrait y remédier. Dans un second, « La Vaccination et les Indigènes », nous passerons en revue les mesures générales propres à attirer les indigènes vers la vaccination et à répandre cette pratique le plus rapidement et le plus commodément possible. Puis, dans un troisième, nous étudierons |” « Isolement des varioleux et la désinfection » dans les particularités que leurimprime le milieu colonial. Enfin, comme il nous paraît que
la prophylaxie de la variole aux colonies, pour être
complète et vraiment efficace, doit comprendre en outre des mesures permanentes contre l'importation possible de cette maladie par les immigrants, NOUS trouverons dans ces mesures la matière d’un quatrième chapitre. Un cinquième contiendra nos con-
clusions.