DIPHTÉRIE
"Cette terrible affection, caractérisée par une exsudation fibrineuse membraniforme qui se développe à la surface des muqueuses soumises au contact de l’air et à la surface de la peau dépouillée de son épiderme, est une maladie aiguë, spécifique et contagieuse. :
Elle était décrite au premier siècle de notre ère par Arêtée de Cappadoce, sous le nom d’ulcère syriaque. Mais c’est seulement bien plus tard qu’elle est entrée en Europe. — De 1583 à 1700 les épidémies régnèrent en Espagne, aux grandes iles de la Méditerranée. :
Nous trouvons dans le Traité des maladies épidémiques de M. Colin les statistiques suivantes :-Le dix-huitième siècle est marqué de la première grande épidémie de diphtérie. Elle apparait en France (1736), à Paris (1745, épidémie du lycée Louis-le-Grand) ; fait: invasion en Angleterre (1739), où elle est observée par Huxham ; en Suède (1755), et, quelques années plus tard, aux Etats-Unis (1771) où elle a pour historien Samuel Bard.
Depuis, ces épidémies se sont fréquemment renouvelées, faisant souvent de nombreuses victimes, principalement chez les enfants. — Trousseau (1), dans un rapport sur les épidémies en 4858, écrivait qu'en France, dans les 31 départements
(4) Mém. de l’Acad. de médecine, t. XXIV.
a les plus contaminés, sur 1568 atteints il yavait 165 décès {moins de 10 pour 100); et sur 7474 enfants atteints, il y avait 3384 décès, près de moitié.
La diphtérie peut survenir sous l'influence d autres affections telles que la scarlatine, la rougeole, quelquefois dans le cours. de la coqueluche et de la fièvre typhoïde.
Elle est contagieuse et, comme on l’a dit souvent, c’est le corps médical qui fournit les faits les plus probants et les plus précis de la contagion directe et immédiate. :
Généralement, un malaise avee un léger mouvement ‘de fièvre et un sentiment de courbature s’observent au début de la diphtérie. Le malade éprouve une gêne de la gorge et de la difficulté pour parler. On aperçoit, à l'examen, les fausses membranes déjà formées et qui se développent rapidement.
Dans beaucoup de cas, la diphtérie est bénigne ; les fausses membranes restent localisées et en quinze ou vingt jours la maladie ést terminée ; mais, dans d’autres cas, elle s'agorave; les fausses membranes acquièrent une épaisseur assez considérable et recommencent à se développer avec plus de rapidité encore lorsqu'on les a arrachées. Elles peuvent envahir les fosses nasales en y déterminant des épistaxis. Alors, la dyspnée, les troubles digestifs, l'inappétence, la diarrhée se présentent avec des vomissements incoercibles. EH y a production d’hémorragies par la bouche, le nez, la peau. … Enfin, le malade s’affaiblit et meurt bientôt.
La fausse membrane est constituée par de la fibrine disposée en réseau et contenant des cellules qui sont, d’après Cornil, soit des cellules lymphatiques migratrices, soit des globules rouges, soit des cellules épithéhales modifiées. Elle se dépose sur la muqueuse enflammée et tuméfiée du voile du palais, de la luette, des nets etc., sous forme de petites taches blanches qui s'épaississent et se réunissent pour former une couche plus où moins épaisse qui se désagrège ensuite pour
le
__ que de nee couches Viennent se former’ au- -dessous. La fausse membrane, qui fait corps avec le chorion, remplace l'épithélium qu’on ne retrouve plus.
Les recherches histologiques ont donné avec la fausse membrane des microcoques isolés, en ne en amas, e£ des bacilles isolés ou en amas. :
Lœffler a isolé et cultivé à L’ état de pureté des bâtonnets provenant du poumon et des fausses membranes trachéales. [Ta obtenu des bâtonnets sans mouvements, rectilignes ou incurvés à une des extrémités, aussi longs et plus larges que les bacilles de la tuberculose. Is sont détruits à 60°. ;
Lœffler a expérimenté son bacille Sur les animaux; ila constaté que le contact du liquide contenant les bacilles était négatif sur un tissu sain, mais produisait sur certains, si la muqueuse était enflammée, un œdème, une fausse membrane ou une exsudation hémorragique. ;
Les souris et les rats résistent à l’inoculation ; mais les cobayes, les oiseaux mouraient très rapidement sans qu'on retrouvât traces des microbes injectés.
Chez les lapins, on développait la diphtérie avec fausse membrane. «Il résulte des expériences de Lœæffler et des nôtres, disent Cornil et Babes, que les symptômes généraux de la diphtérie Sont liés à l'existence d’un poison développé avec des bacilles qui ont souvent disparu au moment de la mort. »
De nouvelles études ont établi que le germe de la diphtérie n'est pas seulement contenu dans les fausses membranes, mais aussi dans les urines. Et voici ce que disent sur ce point les Instructions contre la diphtéme après leur adoption par le Comité consultatif d'hygiène de France, dans sa séance du AT juin 1889 : « Le germe de la diphtérie se propage par les produits de l’expectoration et par l'urine. La maladie se transmet aussi par le linge et les vêtements. »
Nous pourrions citer encore bien des maladies dans lesquelles le microbe joue un rôle important, comme le choléra, la fièvre jaune, la lèpre, ete. Nous avons cru devoir nous en tenir aux exemples précédents.
Si nous avons examiné les lésions anatomo- ets et passé en fevue les microorganismes des diverses maladies, c’est que nous tenions à faire ressortir que les maladies infectieuses les plus répandues dans notre pays sont engendrées par les microbes qui, à défaut de précautions nécessaires, peuvent occasionner des épidémies.
Ce que nous désirons, c’est détruire la cause pour empêcher les effets ; et nous rentrons par là dans le domaine de l’hygiène.
Les savantes discussions qui ont occupé pendant de nombreuses séances l’Académie de médecine, nous ont encouragé à marcher dans cette voie.
Et si l’on a appliqué des moyens prophylactiques à la tuberculose, pourquoi n’appliquerait-on pas des moyens analogues aux autres affections contagieuses, alors que la chose est si facile et consiste, le plus souvent, en soins de propreté ?
On craint quelquefois, nous ne le savons que trop, d’effraye le malade et les personnes qui l'entourent. L’objection a été faite, et on y a répondu pour la tuberculose :
« Empêcher que les bacilles tuberculeux des crachats de phtisiques ne soient desséchés, pulvérisés, mêlés à l’atmos-
phère et inspirés par les individus sains, voilà le gros effort, la grosse prescription. « Crache toujours dans un crachoir où 1l y aura un doigt d’eau », voilà done la redoutable prescription qui va jeter l’effroi dans les familles, faire déserter le chevet des malades et frapper ceux-ci d’une terreur inexpliquée !
Et M. Sée ajoutait : Mais pourquoi ne pas recommander la même précaution à fous les gens qui toussent ?
Nous ne pouvons qu'approuver cette réponse. Il est facile de faire cette prescription à un malade, et à lui aussi facile de s’y conformer. C’est une question d'habitude et de propreté. Voilà tout.
Qu'on nous permette de rappeler ici les conclusions des délibérations de l’Académie de médecine dans sa séance du 28 janvier 1890. |
« La tuberculose est une maladie parasitaire et contagieuse.
-» Le microbe, agent de la contagion, existe surtout dans les. poussières qu’engendrent les crachats desséchés des phtisiques et le pus des plaies tuberculeuses.
» Le plus sûr moyen d'empêcher la contagion, consiste donc à détruire les crachats et le pus, avant leur dessiceation, par l’eau bouillante et par le feu.
» Le parasite se trouve aussi quelquefois dans le lait des vaches tuberculeuses ; ilest done prudent de n’employer le lait qu'après l'avoir fait bouillir, surtout lorsqu'il est destiné à l’alimentation des jeuñes enfants.
» L'Académie appelle l'attention des autorités compétentes sur les dangers que les tuberculeux font courir aux diverses collectivités dont elles ont la direction, telles que Iycées, casernes, grandes administrations et ateliers de l'État. »
Nous ferons remarquer en même temps que beaucoup de médecins désiraient davantage et demandaient, non seulement le nettoyage à l’étuve en cas de certitude de la tuberculose, mais même en présence d’une simple possibilité.
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M. le professeur-agrégé Mossé, au Congrès d'hygiène de 1889, exprimait le vœu que : « Dans toutes les villes possédant une étuve à désinfection, les objets de literie, tapis, tentures, ne soïent admis à la salle des ventes publiques qué munis d’une attestation constatant que ces objets ont été soumis récemment à la désinfection par l’étuve. »
Telles sont les prescriptions relatives à la tuberculose. Pourquoi donc n’appliquerait-on pas aux autres maladies infec- tieuses des prescriptions analogues variables, suivant le genre de la maladie ? |
En effet, parmi les nombreuses maladies infectieuses que nous sommes à même d'observer, nous avons résumé plus haut l’étude de quelques-unes d’entre elles : fièvre typhoïde, variole, rougeole, scarlatine, diphtérie, auxquelles nous aurions pu ajouter le choléra, la fièvre jaune, etc., etc. ; nousavons vu qu'on y rencontre des microbes capables d'engendrer des épidémies. Nous savons que ces germes morbides se trouvent dans les crachats (rougeole, diphtérie), dans le pus (variole), dans les desquamationsépidermiques (variole, scarlatine), dans les matières fécales (fièvre typhoïde, choléra), dans l’urine (diphtérie).…
Nous savons aussi que ces microbes pathogènes qui pénétrent dans nos tissus par des lésions souvent inappréciables, peuvent se fixer sur les lHinges qui enveloppent le malade, sur les matelas, sur les tentures et les meubles qui garnissent. son appartement ; sur les vêtements Ge ceux qui lui donnent leurs soins ; que, jetés indifféremment au dehors avec les matières où ils sont contenus, ces germes morbides peuvent être transportés plus ou moins loin par. divers véhicules, comme l'air, l’eau, et tombant sur un terrain favorable, s’y développer et engendrer des épidémies.
Telles sont les différentes causes des maladies infectieuses, contre lesquelles nous devons lutter.
se
Tout d’ ed nous is que le malade doit. être isolé.
Voici les instructions donnxes par le comité consultatif d’ hygiène de France, eontre la diphtérie, instructions qui nous paraissent applicables et utiles dans les différentes maladies infectieuses et contagieuses :
« Le malade est tenu dans un état constant de propreté.
» Les personnes appelées à lui donner des soins pénètrent seulés près de lur.
» Elless 'astreignent aux règles suivantes :
» Ne prendre aucune boisson, ni aucune nourriture dans la Er du malade ;
» Se laver les mains fréquemment, ettoujours avant le. . avec du savon et une solution désinfectante.
» Si ces personnes ont des crevasses ou de petites plaies, soit aux mains, soit au visage, elles auront soin de les recouvrir d’une couche de collodion. :
Elles devront sortir plusieurs fois pendant la journée au grand air, et ne pas séjourner nuit et jour dans la chambre du malade. »
Felles sont les prescriptions relatives à ceux qui sont-exposés de près à l’absorption du contage infectieux. Si nous les rap- * prochons de celles de i’Académie de médecine au sujet de la tuberculose, et des instructions données en 1884 (1) par le conseil central d'hygiène et de salubrité publiques de de l'Hérault, relativement au choléra, nous voyons qu’elles sont à peu près identiques pour des maladies de nature bien différente ; nous pensons donc que dans la variole, la fièvre typhoïde..ete., ete., il est bon d’obseryer les mêmes précautions.
Sans doute, bien souvent l'isolement est difficile, sinon
(4) Rapport de M. le professeur Hamelin au conseil d'hygiène, le 17 juillet 1884.
impossible ; mais dans tous les cas, les conditions de propreté, si nécessaires, peuvent et doivent toujours être respectées, car, comme on le sait, le microbe profite des moindres défauts de notre organisme, et il est nécessaire de ne Jui offrir qu'un terrain capable de s'opposer à son développement. Examinons à présent les procédés à appliquer à la désinfection. :
Nous avons dit précédemment que le microbe pathogène d'une maladie infectieuse se trouve, dans certains cas, avoir son siège principal dans les selles, d’autres fois dans le pus, ou encore dans les crachats : que ces produits morbides soient recueillis dans des vases, ou qu'ils aient, par leur contact, souillé le linge, ou enfin, pour des causes plus ou moins inévitables, laissé des traces sur les meubles, le parquet, etc., ils n’en sont pas moins à détruire ; nous.ne croyons pas qu'il soit nécessaire d'établir de différence entre les précautions à prendre contre les uns et les autres genres d'affection, car nous savons que si les microbes ont en général un lieu d'élection qui leur est propre suivant chaque maladie, les moyens de désinfection restent toujours les mêmes ; leur point d’application est seul variable.
Quels sont donc les procédés de désinfection ?
Nous avons au premier rang un agent énergique, la chaleur. Les bactéries, en effet, qui résistent à des froids considérables, ne peuvent vivre à une température élevée ; elles meurent audessous de 120°.
Si donc on chauffe à cetté température les matières susceptibles de contenir des microbes pathogènes, on est parfaitement certain de détruire les germes d'infection.
Malheureusement, ce procédé, si avantageux dans bien des cas, n'est pas applicable dans beaucoup d’autres, la chaleur pouvant altérer bien des objets.
On à recours alors aux antiseptiques, dont quelques-uns sont très énergiques et peuvent s’employer aisément.
Voici, d’après Duclaux, la dose de quelques substances désinfectantes représentant 1/10,000 du volume de liquide, c'est-à-dire le nombre de milligrammes employés pour empécher le développement des bactéries, pour l'arrêter, pour stéri- Hser un litre de jus de viande rempli de bactéries :
ANTISEPTIQUES Doses Doses -Doses
(corps purs) qui empêchent qui arrêtent qui stérilisent Sublimé corrosif. . .... 40 70 80 ERIOPE TE PA 33 A4 2,320 Acide sulfuréux . . . . . . 155 | 500 À 5,265 D Ne rs 200 7 646 2,440 Acide phénique . . . . . #"-,4,500 45,450 72250 SMATNII) pese 11,140 8,930 PO S ET T, 15,140 20,830
Ces expériences ne sont cependant pas concluantes, car ce mode d'action des désinfectants varie suivant la disposition et le siège des parties à stériliser. Ainsi, l’acide sulfureux n’agit qu'à la surface des objets et ne pénètre pas les tissus. Il faut donc choisir le désinfectant de telle sorte qu’il agisse complètement au minimum de concentration.
Suivant Koch, le sublimé corrosif tue les microbes à la dose de 1/300,000 ; l'acide chlrorhydrique à la dose de 4/1,700 ; l'acide bus à 1/250.
Warikoff donne des doses plus fortes ; 1/9 ,000 pour le sublimé ; 1/600 pour l'acide chlorhydrique.
À ces solutions, nous pouvons ajouter comme efficaces, une solution de sulfate de cuivre à 50 gr. pour 1,000, ou celle de chlorure de zinc à 50 pour 1,000. Nous préférons cependant surtout pour le lavage des mains, le sublimé corrosif à 1 pour 2,000 grammes.
Et maintenant, nous allons indiquer comment on doit opérer la désinfection.