Laferrière. HUt, du droit fr., t. II, p
faites pour abriter des cultivateurs soumis aux règles invariables des antiques coutumes.
Les communautés de famille ont doré depuis les premiers temps de la civilisation jusqu'à l'époque moderne. Quand le besoin de tout changer, de tout améliorer, s*est emparé des hommes, elles ont peu à peu disparu avec les autres traditions des époques antérieures. Cependant au xvir et au XVIII* siècle, il existait encore beaucoup de ces associations rurales : les terriers et les actes de partage en font fréquemment mention; seulement on sent qu'elles soulèvent une hostilité presque générale. Un rapport adressé à rassemblée provinciale du Berry de 1783, analysé par M. Dareste de La Ghavanne >, montre parfaitement comment les sentiments de la personnalité égoïste devaient détruire une institution qui ne pouvait durer que par une mutuelle confiance et une flratemelle entente. C'est seulement dans les provinces les plus isolées, dans le Nivernais, l'Auvergne et le Bourbonnais, qu'il s'en est conservé quelques vestiges jusque dans ces derniers temps.
1. Le rapporteur, qui fait le procès aux communautés, affirme que les associés ne Tisaient qu*à se tromper réciproquement au proût de leur intérêt individuel, c On roit, disait-il, un des associés acheter pour son compte et placer du bétail , pendant que le maître de la communauté n*a pas d'argent pour remplacer un bœuf mort ou estropié. Aucun des oonmiuniers ne met en évidence les profits particuliers quHl 6iit , aucun n'achète d'immeubles , et où ils ont des ruches et des bt^tes à laine, U suflU qulls voient les affaires communes dans le délabrement pour qu'ils cachent leurs effets mobiliers. • Le rapporteur «goûte que, chacun voulant profiter des avantages de l'associalion sans prendra sa part des charges, U en résulte qu'avec beaucoup diù bras il s'y ûùt trés-peu d'ouvrage. En outre le chef de lassociation administrait et ne travaillait pas. Les autres associés, n'ayant à gérer aucun intérêt, demeuraient plongés dans rignorance et dans rînertie. -- Le tableau est prtibablement quelque peu assombri, mais il révèle eu tout cas deux faits certains, l'opposition que rencontrait l'existence dea cottimuuautés et Tesprit individualiste qui devait en amener la nùne. Les mêmes causes agissent de la même Caigon aujourd'hui chea les Stav^» mt^idiouaux* L'évolution économique est partout KMi 9^Nubtable> méuie «Uns des pays trè»-éloigiiés et
M. Dupin aine a décrit une de ces communautés, qu'il avait visitée vers 1840 dans le département de la Nièvre. Les détails qu*il donne sont si caractéristiques qu'il ne sera pas inutile de les reproduire ici.
c Le groupe d'édifices dont se composent les Gault est situé sur un petit mamelon, à la tête d^une belle vallée de prés. La maison principale d'habitation n*a rien de remarquable au dehors; à l'intérieur, on trouve au rez-de-chaussée une vaste salle ayant à chaque bout une grande cheminée, dont le manteau a environ 9 pieds de développement, et ce n^est pas trop pour donner place à une si nombreuse famiUe. L*existence de cette communauté date d*un temps immémorial. Les titres, que le maître garde dans une arche, remontent au-delà de 1500, et ils parlent de la communauté comme d'une chose déjà ancienne* La possession de ce coin de terre s'est maintenue dans la famille des Gault, et avec le temps elle s*est successivement accrue par le travail et Téconomie de ses n^embres, au point de constituer, par la réunion de toutes les acquisitions, un domaine de plus de 200,000 francs, et cela malgré les dots payées aux femmes qui avaient passé par mariage dans des familles étrangères ^ »
M. Dupin expose très-clairement les caractères juridiques de ces institutions.
c Les fonds de la communauté se composent : 1® des biens ancien^, 2<^ des acquisitions faites pour le compte commun avec les économies, 3^ des bestiaux et meubles de toute nature, 4* de la caisse commune. En outre chacun a son pécule, composé de la dot de sa femme et des biens qu'elle a recueillis de la succession de sa mère, ou qui lui sont advenus par don ou legs. La communauté ne compte parmi ses membres effectifs que les mâles*, eux seuls font tête dans la communauté. Lorsque les ÛUes se marient, on les dote en argent comptant. Ces dots, qui étaient fort peu de chose à l'origine^ se sont élevées dans ces derniers temps jusqu'à la somme de 1,350