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le droit absolu exercé sur le sol. Au moyen-âge, dans le système féodal, la propriété est une rémunération pour certains services rendus. Le fief est le traitement attaché à une fonction. En principe, il n'est pas héréditaire; il est conféré à vie, par le souverain, et celui qui en jouit doit en échange porter les armes, maintenir l'ordre, rendre la justice. La propriété indivisible du majorât a encore un caractère social très-prononcé. L'individu qui la détient n'en a que la jouissance viagère; il n'en peut disposer parce qu'elle est destinée à maintenir la famille qui^ avec ses souvenirs, sa grandeur, ses devoirs héréditaires, est considérée comme l'élément constitutif de la nation. Les relations hiérarchiques des classes et par suite toute l'organisation de l'État, reposent sur la possession de la terre. Aujourd'hui la propriété a été dépouillée de tout caractère social : complètement différente de ce qu'elle était à l'origine, elle n'a plus rien de collectif. Privilège sans obligations, sans entraves, sans réserves, elle semble n'avoir d'autre but que d'assurer le bien-être de l'individu. C'est ainsi qu'on la conçoit et qu'on la définit. Mobilisée par la facilité de l'aliénation, elle passe de mains en mains, comme les fruits qu'elle porte ou les animaux qu'elle nourrit. En allant trop loin dans cette direction, on a ébranlé les bases de la société, et il est à croire que dans l'avenir, une place plus grande sera donnée à l'élément collectif. « Nous arriverons, dit Immanuel Fichte, à une organisation sociale de la propriété. Elle perdra son caractère exclusivement privé pour devenir une institution publique. Jusqu'à présent l'Etat n'a
eu d'autre devoir que de garantir à chacun la paisible jouissance de ce qu'il possède. Désormais le devoir de rÉtal sera de mettre chacun en possession de la propriété à laquelle ses besoins et ses capacités lui donnent droit, j»
Suivant Téminent écrivain allemand, cette transformation se fera par l'action du Christianisme. € Le Christianisme, dit-il, porte encore dans son sein une puissance de rénovation qu'on ne soupçonne pas. Jusquà présent il n'a agi que sur les individus, et indirectement par eux sur l'État. Mais celui qui a pu apprécier sa puissance, soit comme croyant, soit comme penseur indépendant, celui-là admettra qu'il deviendra un jour la force interne et organisatrice de rÉlat, et alors il se révélera au monde dans toute la profondeur de ses conceptions et toute la richesse de ses bénédictions. »
Le Christianisme, en effet, a apporté au monde un idéal de justice que nos institutions, tout améliorées qu'elles soient, ne réalisent pas du tout encore. Cet idéal était « le royaume de Dieu », que les premiers chrétiens croyaient proche. Aujourd'hui que Ton n'attend plus le millenium^ c'est sur cette terre et au sein de nos sociétés qu'on voudra faire régner les principes de l'égalité et de la justice évangéliques. Pour faire de meilleures lois, il faut qu'un sentiment plus élevé de droit et d'équité s'empare des âmes. On commence à entrevoir, tant dans les classes supérieures que dans celles qui vivent uniquement du salaire, que les idées égalitaires de l'Évangile doivent pénétrer nos institutions et nos lois. C'est là un point que François lluet a mis en
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lumière avec une admirable clarté, dans son livre trop peu connu : Le Christianisme social.
Il est certains pays où la démocfalie la plus radicale s'est maintenue à travers les âges sans qu'ils aient passé par la féodalité et la royauté, et où la liberté la plus complète a régné, sans aboutir à la lutte des classes et à la guerre sociale: Ce sont les cantons forestiers de la Suisse dont M. Edward Freeman a si bien décrit les curieuses institua tions. Là on retrouve le gouvernement direct rêvé par J.-J. Rousseau. Le peuple entier réuni dans ses comices fait la loi, nomme tous ses magistrats et gouverne par luimême, exactement comme dans les républiques grecques.
Mais ici le but, en vain poursuivi par les législateurs antiques, a été atteint. Gomme le voulait Aristote, Tégalité des conditions a été maintenue, et ainsi l'égalité politique n'a pas conduit au despotisme à travers l'anarchie. On a respecté la forme primitive de la propriété qui, seule conforme au droit naturel, permet seule aussi à la démocratie véritable de durer, sans jeter la société dans le désordre.
Dans toutes les sociétés primitives, en Asie, en Europe et en Afrique, chez les Indiens, chez les Slaves et les Germains, comme aujourd'hui encore en Russie et à Java, le sol, propriété collective de la tribu, était périodiquement partagé entre toutes les familles, de façon à ce que toutes pussent vivre de leur travail, suivant les commandements de la nature. L'aisance de chacun était en proportion de
son activité, de son intelligence ; tout au moins, nul n'était
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complètement destitué des moyens de subsister, et Tinégalité héréditaire et croissante était prévenue. Dans la plupart des pays cette forme primitive de la propriété a fait place à la propriété quiritaire, et l'inégalité des conditions a eu pour conséquence la domination (les classes supérieures ot l'asservissement plus ou moins complet du travailleur. Mais en Suisse, à côté des biens particuliers, une grande partie du territoire de chaque commune est restée le domaine collectif : c'est Yallniendy dont le nom même indique la nature ; allmend « lapropriété de tous » .
L'ancien droit germanique avait un mot admirable pour désigner les habitants d'un village : il les appelait geerfte^i, € les héritiers ». Tous les enfants de la grande famille communale avaient droit en leur qualité d'homme à une part d'héritage. Nul n'était jamais un « déshérité ».
La coutume germanique et slave qui assurait à chaque homme la jouissance d'un fonds dont il pouvait tirer sa subsistance est seule conforme à la notion rationnelle de la propriété. La théorie de la propriété généralement admise est complètement à refaire, car elle repose sur des prémisses en contradiction complète avec les faits de l'histoire et avec les conclusions mêmes auxquelles on veut arriver.
Dans les recherches sur l'origine de la propriété on n'a pas tenu assez de compte des faits anciens, et pour ainsi dire naturels qui ont émané partout de l'instinct de justice qui semble inné dans l'homme. Comme le dit trèsbien sir Henry Maine, « des théories générales et plausibles,