‹ De la propriété et de ses formes primitives (volume 3)Chapitre 43 sur 88 · Strabon, liv. VII, ch. vi · texte numérisé non relu

Strabon, liv. VII, ch. vi

c Italus rinstltution des repas oommuns : le philosophe eût été '€- plus exact en nous disant que les Œnotriens, devenus séden- € taires, conservèrent, et non pas adoptèrent, cette institution i^des repas communs ;,car c'est là, suivant toute probabilité, un c débris de la vie nomade. Les Opiques, habitants des rivages € de la Tyrrhénie, mangeaient aussi en commun, et, au temps «c d'Aristote (c'est-à-dire environ 400 ans après la fondation de € Rome), les Ghoniens, sur les côtes, de l'Iapygie, les habitants € de quelques cantons du Brutium et de la Lucanie,' étaient restés a fidèles à cette antique tradition ^ Enfin personne n'ignore que € cet usage se conserva pendant longtemps dan s nie de Crète ^. »

i Chez les Spartiates , les antiques repas publics ont laissé € une double trace. Tune dans les lois et l'autre dans les mœitrs. <i D'une part, le législateur s'empara de ce vieil usage ; il le con- € sacra et le perpétua par des prescriptions formelles qui obli- € geaient tous les citoyens, les rois eux-mêmes, à s'asseoir à la € table commuQé ^ : d'autre part, le peuple garda un souvenir € religieux de ces habitudes primitives ; et, à côté des Sussitia, € sortes de repas légaux, il eut d'autres réunions, toutes spon- € tanées, qui conservèrent plus purement la vieille tradition. Ce c repas populaire des Spartiates, beaucoup moins connu ^ que € leur table officielle, s appelait Copis. Athénée nous en a laissé c la description d'après Polémon, écrivain du deuxième siècle « avant notre ère :

c Lorsque les Spartiates célèbrent le xotcCç, ils commencent « par dresser des tentes auprès de certain temple; ils y élè- € vent des lits d'herbages, sur lesquels ils étendent des tapis, € et y font le repas tout couchés, traitant non -seulement ceux c qui sont de notre contrée, mais même des étrangers qui s'y « trouvent en voyage : ils sacrifient dans ces copis des chèvres, « et non d'autre animal. Ils donnent à tout le monde une por- « tion des viandes, et ce que Von appelle physicilley c est-à-dire

i. Aristote, Politique, Uv. VII, eh. 9 (liv. IV dans la traduction de M. Barthélémy- Saint-Hilaire).

2. Voyez notamment Athénée, Banquet des Savants, éd. Dindorf, vol. I, Lipsiae, 1827, pp. 322, 323, chap. IV, g 22.

3 Conf. Thirlwall, Hist, de la Grèce ancienne^ trad. d'Ad. Joanne» t. I, Paris, 1847, p. 238.

4. Je ne trouve aucune allusion au copis dans Fintéressant travail de M. Alb. Bielschowsky, De Spartanorum sysaitiia, Vratislaviâe, 1869.

« un petit pain assez semblable à un encride, mais d^une forme c plus sphérique. On présente en outre, à chacun de ceux qui € se sont réunis, un fromage frais, une tranche du bas-ventre « et du gros intestinale la victime, du dessert comme des figues € sèches, des fèves, des haricots nouveaux. Chaque Spartiate « peut donner un copis à sa volonté, mais dans la ville on ne € les donne qu'à la fête appelée Tithènidia, célébrée pour la c conservation des enfants. C'est alors que les nourrices amè- € nent les enfants mâles à la campagne pour les présenter au < temple de Diane Goruthallis, situé près du fleuve ^ Tiassa, a du côté de la grâce Cléta. Elles y célèbrent (des copis tels que € ceux que je viens de décrire. On y sacrifie des cochons de lait c et on sert au repas des pains ipnêtes ou cuits au four ^. »

c Tout ici est primitif; et voilà le repas commun dans son antique simplicité.

€ En d'autres contrées encore, cette tradition reste long- € temps reconnaissable bien qu'altérée. A Athènes, par exemple, € et dans plusieurs villes Grecques, les magistrats, et ceux qui a se sont distingués par des services exceptionnels, prennent « leurs repas dans la maison commune ou Prytanée' : quand un € jeune homme est nouvellement admis dans la phratrie, tous a les membres partagent avec lui les viandes sacrées *. A Rome, c enfin, chaque curie a une salle de festin, et toutes les curies € ont une salle commune, à peu près comme les prytanées des c Grecs, écrit Denys d'Halicarnasse^. N'est-il pas naturel de rat- « tacher tous ces souvenirs à 1 habitude primitive des repas com- <t muns? Aristote, frappé de la haute antiquité de cet usage en <t Italie, suppose qu'il est né dans ce dernier pays, d'où il serait « passé en Grèce*. Denys d'Halicarnasse, au contraire, après

1. Peut-être source. Voyez Pape, Wœrterbuch der griechiachen Eigennamen, 1863-1870, p. 1520.

2. Athénée, édit. Dindorf, vol. I, Lipsiae, 1827, pp. 3l4, 315, liv. IV, § 16. J'empriuite ici presque textuellement la traduction de Lefebvre de ViUebrune, t II, Paris, 1789, pp. 35, 36. Je laisse le genre masculin que ce traducteur a donné au mot copis.

3. Athénée, Ed. Dindorf, vol. I, Lipsiae, p. 402, liv. V, g 2. Conf. le Thésaurus d'Henri Eslienne, édit. Didot, t. VI, col. 2l22.

4. Démosth. Oratio adversus Macartatum^ Parisiis, Didot, 1845, p. 565.

5. Denys d'Halicarnasse, Antiq. Homainesy liv. II, cb. 23, édit. Kiessling, Lipsiae, Teubner, 1870, pp. 141, 142.

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