‹ De la propriété et de ses formes primitives (volume 3)Chapitre 62 sur 88 · La cité antiqtie, chapit. x · texte numérisé non relu

La cité antiqtie, chapit. x

sidère les membres d'une gens comme aptes à hériter les uns des autres. D'après la Loi des douze tables, à défaut de fils et d'agnats, le geniilis est héritier naturel. La gens avait donc sur le bien familial une sorte de domaine éminent. En Ecosse, chez les highlandersy le clan se considère comme une grande famille dont tous les membres sont liés par une antique parenté. Dans le pays de Galles, on compte encore dix-huit degrés de parenté. La cousinerie chez les Bretons est proverbiale : elle s'étend à Tinfini dans la Basse-Bretagne ; le 45 août, — jour où tous les habitants d'une paroisse se réunissent, — est appelé la fête des cousins. Chez tous les peuples que leur isolement a soustraits aux influences des idées et des sentiments modernes, on peut encore juger de la puissance que possédait l'ancienne organisation de la famille i.

Dans les temps reculés où l'Etat avec ses attributions essentielles n'existe pas encore, l'individu n'aurait pu subsister ni se défendre, s'il avait vécu isolé. C'est dans la famille qu'il trouvait la protection et les secours qui lui sont indispensables. La solidarité entre tous les membres de la famille était par suite complète. La vendetta n'est point particulière à la Corse; on la rencontre chez tous les peuples primitifs : elle est la forme primordiale delà justice. LafamiUese charge de venger les offenses dont l'un des siens a été victime : c'est l'unique répression possible. Sans elle, le crime serait impuni, et la certitude de l'impunité multiplierait les méfaits au point de mettre fin à la vie sociale. Chez les Germains, c'est aussi la famille qui reçoit et qui paie la rançon du crime, le Wehrgeld. lien est encore exactement de même chez les Albanais aujourd'hui.

Nous avons vu que partout, à Java et dans l'Inde comme

1. Les Rhoden de l'Âppenzell, que nous décrivons dans le chapitre consacré aux Allmenden de la Suisse, ont le plus grand rapport avec la gens antique et avec le clan.

au Pérou et au Mexique, chez les noirs d'Afrique comme chez les Aryens d'Europe, la communautô de village, groupe social élémentaire, possédait la terre et en répartissait également, entre tous, la jouissance temporaire. A une époque postérieure , quand la possession commune avec partage périodique est tombée en désuétude, la terre n'est pas devenue immédiatement la propriété privée des individus; elle a été possédée comme patrimoine héréditaire- inaliénable d'une famille vivant en commun sous le môme toit ou dans le même enclos. Il ne nous est plus donné de retrouver partout ce <x moment » transitoire de la longue évolution économique qui a conduit la possession du sol, de la communauté primitive jusqu'au dominium quiritaire; mais nous pouvons encore l'étudier aujourd'hui sur le vif chez les Slaves méridionaux de l'Autriche et de la Turquie. Nous possédons des détails circonstanciés sur ce régime au moyen âge, et, même après qu'il a disparu, il a laissé des traces nombreuses dans les coutumes et dans les lois. Ainsi il était généralement interdit de disposer des biens-fonds sans le consentement de la famille. A Torigine, le testament est complètement inconnu, les peuples primitifs ne comprenant pas que la volonté d'un homme puisse, après la mort, fixer l'attribution d'une propriété dont la transmission, dans le groupe patriarcal, est réglée par l'autorité sacrée de la coutume ; môme plus tard, quand le testament est introduit, le testateur ne peut disposer que des acquêts, non de ce qu'il a hérité. Il est le maître absolu de ce qu'il a créé par son industrie et son économie, mais le fonds patrimonial est le produit héréditaire des travaux accumulés de la famille; il doit le transmettre comme il l'a reçu. Déjà dans les assises de Jérusalem, dit Gans i, nous voyons une distinc-

1. Eist. du droit de succession en France au moyen-d^e, par Edouard Gdns. Traduct. de Loménie^ 184$, p. 204.

tion entre les choses dont on peut librement disposer par testament et celles qui échappent à la volonté du testateur et deviennent^ de droit, la propriété de ses héritiers directs. Le bien acquis par le testateur peut être transmis à qui bon lui semble. La même distinction se relgrouve dans l'ancien et dans le nouveau droit coutumier français entre Vhéritage et les acquêts ainsi que les meubles ^ : pour la première es* pèce de biens la quantité disponible ne dépasse jamais un cinquième ; pour les autres elle embrasse la totalité. Cette limitation apportée au droit testamentaire et adoptée plus tard, en partie, par le code Napoléon est Texpression d'une idée essentiellement équitable et vraie. C'est le principe germanique dont nous parle Tacite ; la part faite et à la volonté libre de l'individu et à l'immuable fixité des droits de la fa* mille. De tout ce qu'il a acquis le testateur peut disposer librement ; mais son pouvoir s'arrête du moment où il s'agit de toucher à l'héritage foncier, au bien familial qu'il a géré, plutôt à titre de mandataire qu'à titre de propriétaire absolu. La raison profonde de ces dispositions, qu'on retrouve partout à une certaine époque, c'est que Tétat social est fondé sur des familles considérées comme des corporations perpétuelles, dont on veut assurer la conservation. Le même motif a fait exclure les femmes de la succession de la terre. Il fallait éviter que par le mariage elles ne la fissent passer dans une famille étrangère. Comme nous l'avons vu dans l'Inde, dans la Grèce et l'Italie primitives^ chez les Germains, comme aujourd'hui dans les communautés de famille des Slaves méridionaux, les femmes n'héritent pas. Elles n'ont droit qu'à une part des meubles, à une dot.

1. Voici comme exemple une disposition d'une ancienne loi anglaise dé Henry I«'. « Adquisitiones suas det cui magis velit; si bocland autem habeat, quam ei parentes sui dederint, non mittat eam extra cognationem suam. »

De môme que, sous le régime de la communauté de vil* lage, nul ne peut disposer de son bien propre, — la maison et Tenclos, — qu'avec le consentement des autres habitants de la marche , ainsi plus tard Ton ne pouvait aliéner la terre qu'avec le consentement des membres de la famille. A défaut de cette formalité, Taliénation était nulle, et le bien pouvait être revendiqué. Le < retrait-lignager, » qui s'est maintenu en Allemagne jusqu'au xvi* siècle, et en Hongrie presque jusqu'à nos jours, a pour fondement l'ancien principe qui attribuait à la famille le domaine éminent. Si les membres de la famille pouvaient se faire rendre le bien en restituant le prix, c'est évidemment parce qu'ils avaient sur la chose un droit supérieur qui avait été méconnu.

Le fldéicommis et le majorât, qui transforment le possesseur en simple usufruitier, sont la forme aristocratique de la communauté de famille ; la propriété constitue encore le domaine inaliénable et indivisible de la famille, seulement c'est l'atné qui en jouit, et non plus tous les descendants en commun. Étudions d'abord les communautés de famille chez les Slaves méridionaux ; nous tâcherons ensuite de les reconstituer telles qu'elles ont existé au moyen âge.

Ce que l'ancien liistorien des Slaves, Nestor, loue surtout chez eux, c'est la force du sentiment de famille, qui était, dit-il, la base de la société. Il ajoute que c'était par excellence leur vertu nationale. Celui qui s'affranchissait. des liens de la famille était considéré comme un criminel qui avait violé les plus saintes lois de la nature. L'individu n'avait de droits à exercer que comme membre de la famille. Celle-ci était véritablement l'unité sociale élémentaire, et dans son sein régnait la communauté sans mélange; omnia erant eis communia^ dit un ancien chroniqueur.

Les anciennes poésies nationales, dont la découverte à Eôniginhof en Bohême a donné l'impulsion au mouvement littéraire tchèque, permettent de saisir cette antique constitution de la famille. Dans le poème intitulé Lilmsin Sud (le Jugement de Libusa), deux frères, Staglav et Hrudos, se disputent un héritage, et cela parait si monstrueux que la Moldau en gémit et qu'une hirondelle s'en lamente sur les hauteurs du Yisegrad. La reine Libusa prononce son jugement : < Frères, ûls de Klen, dit-elle, descendants d'une famille antique qui est arrivée dans ce pays béni à la suite de Tchek, après avoir franchi trois fleuves, il faut vous accorder comme frères au sujet de votre héritage, et vous le posséderez en commun diaprés les saintes traditions de notre ancien droit. Le père de famille gouverne la mdson, les hommes cultivent la terre, les femmes font les vêtements. Si le chef de la maison meurt, tous les enfants conservent l'avoir en commun et choisissent un nouveau chef, qui dans les grands jours préside le conseil avec les autres pères de famille. »

pour la Russie, Ewers, Aeltestes Becht der Russen; pour la Pologne, RosseU, Poelniche Geschichte, et Mieroslawski, la Commune polonaise du dixième au dix-huMème siècle; enfin pour les Slaves méridionaux rétude si complète de M. Utiesenovitch, Die Hausksommunionen der Sud'Slaven.

. En Pologne, en Bohême et même chez les Slovènes de la Garinthie et de la Carniole, les communautés de famille disparurent au moyen âge, sous Tinfluence du droit romain, qui, datant d'une époque où la propriété privée est constituée dans toute sa rigueur, devait peu à peu miner Tantique indivision, par les décisions hostiles des jurisconsultes. Les Slaves méridionaux échappèrent à l'action du droit romain, à cause des guerres perpétuelles qui dévastèrent leur territoire et surtout par suite de la conquête turque. Vaincus, isolés, repliés sur eux-mêmes, ils ne songèrent qu'à conserver religieus^nent leurs institutions traditionnelles et leurs autonomies locales. C'est ainsi que les communautés de famille sont arrivées jusqu*à nous, sans subir Taction ni des lois de Rome, ni de celles de la féodalité. Aujourd'hui elles forment encore la base de l'organisation agraire chez tous les Slaves méridionaux, depuis les bords du Danube jusqu'au-delà des Balkans. Dans la Slavonie, en Croatie, dans la Yoïvodie serbe, dans les Confins militaires, en Serbie, en Bosnie, en Bulgarie, en Dalmatie, dans l'Herzégovine et le Monténégro, l'antique* institution se retrouve avec des caractères identiques.

Sauf dans les villes et dans cette partie très-restreinte du littoral dalmate où l'influence vénitienne a fait pénétrer le droit romain, les vicissitudes de l'histoire qui ont soumis la moitié de l'empire slave de Douchan aux Turcs et l'autre moitié aux Hongrois, et la différence des institutions politiques qui ont été la suite de ce partage n'ont point porté atteinte aux coutumes rurales : elles ont continué à subsister obscurément, sans attirer l'attention des conquérants. C'est seulement à une époque récente que le régime des communautés de famille a été réglé par la loi, en Serbie par exemple. Ailleurs il n'existe qu'en vertu de la coutume; mais partout les principes sont les mêmes, parce que les tradi-

tions nationales sont semblables. Comme le dit M. Utiesenovitch, la reine Libusa ponrraît dresser son trône de justice dans toute la Slavie méridionale et prononcer, aux applau* dissements des chefis de village, le même jugement que ja* dis sur la colline de Visegrad, lors du débat légendaire entre les frères Staglav et Hrudos.

Étudions inaintenant de plus près cette curieuse institution qui imprime ici à la propriété foncière une forme si différente de celle qu'elle a prise dans notre Occident. L'unité sociale, la corporation civile qui possède la terre est la communauté de famille, c'est-à-dire le groupe de descendants d*un même ancêtre, habitant une même maison ou un même enclos, travaillant en commun et jouissant en commun des produits du travail agricole. Cette communauté est appelée par les Allemands Hauskommunion et par les Slaves euxmêmes druzina^ druztvo ou zadruga^ mots qui signifient à peu près association. Le chef de la famille s'appelle gospodar ou starchina. Il est choisi par les membres de la communauté : c'est lui qui administre les affaires communes. Il achète et vend les produits au nom de l'association, comme le fait le directeur d'une société anonyme. Il règle les travaux à exécuter, mais de concert avec les siens, qui sont toujours appelés à délibérer sur les résolutions à prendre, lorsqu'il s'agit d'un objet important. C'est donc en petit un gouvernement libre et parlementaire. Il représente la communauté dans ses transactions avec des tiers et dans ses relations avec l'Etat. Il tranche les débats qui s'élèvent au sein de la famille. Il est le tuteur des mineurs. Le gospodar a le pouvoir exécutif; les associés réunis exercent le pouvoir législatif. L'autorité du chef de famille est beaucoup moins despotique que dans la famille russe. Le sentiment de l'indépendance est ici bien plus prononcé. Le gospodar qui voudrait agir sans consulter ses associés se ferait détester^

et ne serait point toléré. Quand le chef de la famille se sent vieillir, il abandonne ordinairement ses fonctions, conformément au proverbe serbe : ko radiy onaj valja^ da sudi^ « qui travaille doit aussi diriger. >» Celui qui lui succède n*est pas toujours Tainé ; c'est celui de ses frères qui paraît le plus capable de bien administrer les intérêts communs. Les vieillards sont respectés et on écoute volontiers les conseils de leur expérience; mais ils ne jouissent pas de ce prestige presque religieux qui les entoure en Russie. La femme du gospodar ou une autre femme, choisie dans le sein de la famille, dirige le ménage et soigne les intérêts domestiques. La demeure d'une communauté de village se compose d'un assez grand nombre de bâtiments, souvent construits tout en bois, principalement en Serbie et en Croatie, où les chênes abondent encore. Dans un enclos ceint d'une haie vive ou d'une palissade, ordinairement au milieu d'une pelouse plantée d'arbres fruitiers, s'élève d'abord la maison principale, occupée par le gospodar et ses enfants, et parfois par un autre couple avec sa progéniture. Là se trouve la grande chambre où la famille prend ses repas en commun et se réunit le soir pour la veillée ^ Dans des constructions

1. Tous ceux qui ont vu de près les intérieurs Serbes ont été touchés •de rintimité fraternelle de cette vie patriarcale. Voici comment la décrit M. Kanitz, dans son admirable livre sur la Serbie : Serbien, Leipzig, 1868, p. 81. « Le soir toute la famiUe se réunit dans la maison du starshina , près du grand foyer commun où pétille un joyeux feu de bois. Les hommes raccommodent ou confectionnent des outils pour leur travail journalier. Les femmes filent la laine et le lin pour les vêtements. Les enfants jouent aux pieds de leurs parents ou demandent au grand-père de leur raconter l'histoire de Cartrojan ou de Marko Kraljevitch. Alors le starshina ou l'un des hommes prend . la guzla et se met à chanter en s'accompagnant des sons uniformes de l'instrument à cordes. Les sagas suivent les chants de l'épopée héroïque, et tous racontent en strophes enflammées les épreuves de la patrie et ses combats pour l'indépendance. Ainsi la maison commune devient pour tous un lieu attrayant où s'éveille et s'entretient l'afifection de l'individu pour la famille et pour la patrie, et l'enthousiasme de tous pour la grandeur, la prospérité et la liberté de

annexées sont les chambres des autres membres de la famille. En Serbie la maison du starshina se distingue par un toit très-élevé et très-aigu revêtu d'ardoises en bois. Elle est soigneusement blanchie et contient, outre la salle commune, de 2 à 4 chambres à coucher. Les autres ménages ont de petites demeures moins soignées et construites sur des pieux, à une certaine distance du sol, comme les granges

dans le Valais. Parfois de jeunes ménages se construisent dans rendus une demeure séparée, sans sortir néanmoins de l'association. A côté, il y a les étables, les granges, les remises, le séchoir de maïs, — ce qui constitue un ensemble de bâtiments considérable. C'est un corps de ferme qui rappelle assez bien les grands chalets du Simmenthal. en Suisse, avec leurs nombreuses dépendances. Chaque communauté est composée de 10 à 20 personnes : on en rencontre qui comptent 50 ou 60 membres; mais celles-ci forment Texception.

La population jusqu'ici n'a pas augmenté très-rapidement. Les jeunes générations remplacent celles qui s'en vont, et ainsi la composition d'une communauté de famille reste à peu près fixe. Dans celles que j'ai visitées en Croatie et dans les confins militaires, j'ai trouvé généralement trois générations réunies sous le même toit, les grands-parents qui se reposent, les fils adonnés au travail et dont l'un remplit les fonctions de gospodar, enfin les petits -enfants de différents âges. Quand il arrive qu^une famille devient trop

la nation serbe. — Qui peut voir cette vie de famille si fortifiante ê pour l'individu et si salutaire pour l'état sans se demander avec avec l'auteur allemand de la Famille : « L'économiste qui compare « le régime de la propriété commune, tient-il compte de l'élément « moral ? La statistique peut-elle estimer par des chiffres le bonheur « dont jouit la famille, quand les enfants reçoiv^^nt sur les genoux « de la grand-mére les enseignements et les traditions de leurs «« ancêtres, et quand les vieillards voient revivre leur jeunesse dans « le cercle animé de leurs enfants et çle leurs petits-enfants? »

nombreuse, elle se divise et fornoe deux communautés. La difficulté de trouver à se caser, la préoccupation du bienêtre de l'association, la vie en commun font obstacle aux mariages trop précoces. Beaucoup de jeunes gens vont en service dans les villes, s'engagent dans l'armée ou dans les fonctions libérales. Ils conservent néanmoins le droit de reprendre leur place dans la maison commune, tant qu'ils ne sont pas définitivement fixés ailleurs. Les jeunes filles qui se marient passent dans la famille de celui qu'elles épousent. Parfois, mais rarement, quand les bras manquent, on reçoit le mari de la fille, qui entre alors dans la communauté et y acquiert les mêmes droits que les autres.

Chaque ménage obtient souvent pour l'année la jouissance privée d'un petit champ, dont le produit lui appartient exclusivement; il y sème du chanvre ou du lin, qui, filé par la femme, fournit la toile nécessaire aux besoins du couple et de ses enfants. Les femmes filent aussi la laine de leurs moutons sur un fuseau suspendu qu'elles peuvent faire tourner en marchant ou en gardant le bétail. On en tisse ces étoffes de laine blanche ou brune presque exclusivement portées par les Slaves méridionaux. Les vêtements blancs des femmes , tout brodés à l'aiguille aux couleurs les plus vives, sur des dessins qui rappellent l'Orient, sont d'un effet ravissant. Chaque famille produit ainsi presque tout ce que réclament ses besoins très-bornés et très-simples. Elle vend un peu de bétail, des porcs surtout, et achète quelques articles manufacturés. Les fruits de l'exploitation agricole sont consommés en commun ou répartis également entre les ménages; mais le produit du travail industriel de chacun lui appartient. Chaque individu peut ainsi se faire un petit pécule à lui et même posséder en particulier une vache ou quelques moutons qui vont paître avec le troupeau commun. La propriété privée existe donc, seulement elle ne s'applique

pas à la terre, qui demeure la propriété commune de Taseodation familiale.

L'étendue moyenne du patrimoine de chaque communauté est de 25 à 50 jochs > , divisés en un grand nombre de parcelles, conséquence ordinaire de l'ancien régime du partage périodique» depuis longtemps abandonné. Le bétail qui garnit cette exploitation se compose de plusieurs couples de bêtes de trait, — bœufs ou chevaux, — de 4 à 8 vaches, do 15 à 20 jeunes bêtes, d*une vingtaine de moutons et de porcs, et d'une grande quantité de volaille, qui entre pour une large part dans Talimentation. Presque toujours le produit des terres et des troupeaux de la communauté suffit à ses besoins. Les vieillards et les infirmes sont entretenus par les soins des leurs, de sorte qu'il n'y a ni paupérisme, ni même, sauf de rares exceptions, de misères accidentelles. Quand la récolte est très-abondante, le surplus est vendu par le gospodar, qui rend compte de l'emploi qu'il fait de l'argent ainsi reçu. Les individus ûu les ménages se procurent les objets de fantaisie et les vêtements de luxe, dont ils ne se privent pas, au moyen des produits de leurs petits travaux industriels ou de leur champ particuUer. Dans certaines régions, les femmes prennent alternativement, chacune pendant huit jours, la direction des différents soins du ménage, consistant à faire la cuisine et le pain, à traire les vaches, à faire le beurre et à nourrir la volaille. La ménagère temporaire s'appelle redusa^ ce qui signifie c celle qui arrive à son * tour. :»

Les communautés qui habitent un même village sont toujours prêtes à s'entr'aider. Quand il s'agit d'exécuter un travail pressant, plusieurs familles se réunissent, et la besogne e^t enlevée avec un entrain général ; c'est une sorte de fête.

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