CHAPITRE XXVI
Les Romains, ayant franchi les deux étapes successives de la communauté de village et de la communauté de Famille, fondèrent, les premiers, la propriété foncière, individuelle, exclusive ; et les principes qu'ils adoptèrent en cette matière servent encore de base à nos lois civiles. Mais à peine la propriété quiritaire est-elle établie, qu’elle menace l’existence des institutions démocratiques et la République, par sa puissance d'accaparement. C’est en vain qu’on tente d’y mettre des bornes : la grande propriété dévore la petite. Au fond, l'histoire économique de Rome n'est que le tableau de la lutte contre les envahissements de la propriété quirilaire '.
Les philosophes et les législateurs de l’antiquité savaient très bien, par expérience, que la liberté et l'égalité politiques ne peuvent subsister qu'appuyées sur l’égalité des conditions. La Politique d'Aristote énumère une quantité de moyens employés par les Grecs pour conserver celle-ci. Tantôt on limite le maximum des terres qu’un citoyen peut posséder, tantôt on déclare les propriétés inaliénables afin d’empêcher leur accaparement, tintôt on tempère la propriété individuelle par des repas communs où tous sont nourris; c'est une lutte perpétuelle contre l’inégalité. « L’inégalité, dit admirablement Aristote, est la « source de toutes les révolutions1 2 3. » D’après Bôckh, c'est la guerre entre les riches et les pauvres qui a perdu la Grèce s.
1. Voir un essai intéressant île G. Arendt, Vu régime de la propriété territoriale , considéré dans ses rapports avec le mouvement polit '/pie. Choix de mémoires de la société littéraire de l'Université catholique de Louvain. 2, III.