‹ De la propriété et de ses formes primitivesChapitre 11 sur 131 · EFFETS ÉCONOMIQUES OU M1R RUSSE · texte numérisé non relu

EFFETS ÉCONOMIQUES OU M1R RUSSE

nente. le partage périodique trop fréquent arrête certainement les progrès de l'agriculture. La Russie centrale est le pays de l'Europe où la production agricole est la plus faible; on estime que le cultivateur ne récolte que trois ou quatre fois la semence. 11 est vrai que les lois de von Thunen pourraient être invoquées ici pour expliquer ce fait. Dans un pays peu peuplé, où manquent les grands centres de consommation, il n'y a point avantage à faire de la culture intensive; il vaut mieux mettre en action les forces naturelles qu’olîrentles vastes espaces encore disponibles, plutôt que d'accumuler un grand capital sur une petite étendue, comme on est obligé de le faire quand la population devient plus dense. C’est ainsi qu'en Australie les Anglais, qui pratiquent la culture maraîchère la plus perfectionnée aux environs de Melbourne, de Sydney ou de Brisbane, s'en tiennent, dans l’intérieur du pays, au régime pastoral tout ù fait primitif.

Ce qui, dans l’organisation du mir, doit surtout alarmer l’économiste, c’est que, contrairement aux prescriptions de Malthus, elle enlève tout obstacle k l'accroissement de la population et oRre même une prime à la multiplication des enfants. Kn elfet, chaque tète de plus donne droit, dans le partage, ù une part nouvelle, il semble donc que la population doive s'accroître en Russie plus rapidement que partout ailleurs. C’est même là la principale objection que Stuart Mill oppose à tout projet de réforme dans un sens communiste. Chose étrange cependant, la Russie est, avec la France, l'un des pays où la population augmente le plus lentement. La période de doublement qui, pour la France, est de cent vingt ans environ, est de soixante-quinze ans pour la Russie, tandis qu'elle n’est que de cinquante ans pour l’Angleterre et pour la Prusse. Quelle est la cause de ce phénomène inattendu, qui parait contredire toutes les prévisions de l’économie politique?

Différentes circonstances contribuent à produire ce résultat. La première est la grande mortalité parmi les jeunes enfants. La fécondité des mariages en Russie est un peu plus grande que dans les autres États européens. L'éminent statisticien russe, M. A. von Buschen’, porte pour la Russie 4,ütî enfants parcou-

I. Aperçu statistique det forces productives de la Russie, Paris, Ittfil.

pie marié, tandis qu’en Prusse on n’en compte que 4,23, en Belgique 4,72, et en Angleterre 3,77. D'après M. Quételet1, le nombre des naissances est relativement presque deux fois aussi grand en Russie qu’en France. Ce n’est pas cependant chez les paysans que le nombre des enfants est le plus élevé. Ainsi dans la province de Novgorod, qui peut servir de type pour les autres, le nombre d’enfants par mariage était pour les classes supérieures .de 5 4/3, pour les paysans de 5 i/2, pour les bourgeois de 3, pour les marchands de 4 4/3, et pour la population flottante de 3 3/4.

La mortalité en Russie est relativement au nombre des habitants dans la proportion de 1 à 26, tandis qu’elle est en Prusse de 1 à 36, en France de 1 à 39 en Belgique de 4 à 43, et en Angleterre de 1 à 49. La durée moyenne de la vie est donc en Russie très inférieure à celle qu’on a constatée dans les autres pays. Au lieu d’élre de trente cinq ans environ, comme dans les Étals de l’Europe occidentale, elle n'est que de vingt-deux à vingt-sept ans; dans la région agricole du Volga, elle tombe à vingt ans, et même, dans les provinces du Viatka, Perin et Orenbourg, à quinze ans. Cette moyenne si défavorable provient surtout de la grande mortalité qui atteint les jeunes enfants. M. Buniakovski, membre de l’Académie impériale de Saint- Pétersbourg, constate, dans son ouvrage sur tes Lois de la mortalité en ! lussie , que sur 1,000 enfants mâles il n’en reste plus en vie, à Page de cinq ans, que 393 : presque la moitié a disparu; il en meurt environ le tiers dans la première année qui suit lu naissance. Encore faudrait-il tenir compte de ce fait, qui est de notoriété, que les enfants morts avant d’être baptisés ne sont pas enregistrés du tout.

Ainsi, grande mortalité parmi les enfants, voilà la principale cause qui arrête l’accroissement de la population. C’est le defaut de soins qui emporte beaucoup d’enfants. D’après M. Giliamvski, qui a fait des recherches spéciales sur la mortalité des enfants en Russie, les mères, surchargées de travail, sont très souvent incapables de nourrir leurs nouveau-nés. Elles leur donnent avec le biberon une sorte de brouet de farine de seigle aigri qui provoque la diarrhée. L’usage veut que, trois jours après ses

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