‹ De la propriété et de ses formes primitivesChapitre 12 sur 131 · EFFETS ÉCONOMIQUES DU M1R EUSSE · texte numérisé non relu

EFFETS ÉCONOMIQUES DU M1R EUSSE

couches, la mère prenne un bain de vapeur, et ce bain, faute des précautions nécessaires, a Fréquemment des conséquences fâcheuses. Le baptême, qui consiste dans une immersion complète, occasionne aussi, pendant l'hiver, beaucoup de maladies et de décès. En été, les travaux de la moisson sont encore plus funestes : 75 pour 100 des enfants qui meurent succombent pendant les mois d’août et de juillet, parce que les mères, retenues aux champs toute la journée, sont obligées d'abandonner complètement leurs nourrissons.

La différence d’Age qui existe fréquemment entre les époux arrête aussi l’accroissement de la population; celte disproportion est le résultat du régime patriarcal de la famille. La maind'œuvre est rare en Russie et relativement très chère. Chaque famille a ainsi intérêt à trouver parmi ses membres le nombre de bras nécessaires pour faire valoir la part de terre qui lui revient. Le chef de la famille s'empresse donc de marier ses tils le plus tôt possible, afin que la jeune femme remplisse l'office d’une servante à qui il faudrait donner de forts gages. On marie ainsi des jeunes garçons de huit et dix ans à des filles de vingtcinq ou trente ans.

Il résulte de ces mariages mal assortis deux conséquences très fâcheuses. D’abord la femme louche au déclin quand le mari arrive à la fleur de l’âge. En second lieu, le chef de famille néglige sa compagne surannée et abuse de l’influence qu’il exerce sur la femme de son fils, qui est trop jeune pour jouir de ses droits ou pour les faire respecter. Il s’établit ainsi une promiscuité incestueuse, conséquence du servage, comme d’autres genres d'immoralité l’ont été de l’esclavage dans l'antiquité et en Amérique. Depuis l’émancipation, ce désordre devient, dit-on, moins fréquent, parce que les jeunes ménages refusent de se soumettre plus longtemps il la prérogative ultra-patriarcale que le chef de la maison exerçait.

Quoique les fêtes de village se terminent d’ordinaire par des jeux et des débauches, où l'ivrognerie et une lascivité grossière se donnent pleine carrière, le nombre des naissances illégitimes est moins grand en Russie qu’ailleurs, car il ne s’élève qu'à 3 i/2 pour 100. On pourra en conclure que l'immoralité n'est pas telle que lu dépeignent certains auteurs; mais ceux-ci prétendent que les conséquences de l’inconduite sont E. DK Lavklete, 3

La PROPRIÉTÉ PRIMITIVE.

prévenues par des pratiques plus condamnables encore

On le voit, l'accroissement de la population, que le partage des terres semble favoriser, n’est arrêté que par des causes qui cesseront d’agir avec les progrès de la liberté, de la moralité et de l’aisance. Pour faire place aux familles nouvelles qu’une civilisation plus avancée appellera il l’existence, il ne restera alors qu’une ressource : l’émigration et la colonisation.

Le régime du mir a été autrefois, en effet, un puissant agent de colonisation. C’est là un point aujourd'hui reconnu et que M. Julius Faucher a parfaitement mis en lumière*. Du villagemère, devenu trop peuplé, se détachait un groupe qui s'avancait vers l'est, dans les profondes forêts et dans les vastes steppes, où il se trouvait en contact avec des tribus tchoudes de chasseurs nomades. Pour défricher les bois et résister aux barbares, l’individu isolé était trop faible; il fallait des efforts communs et la plus étroite solidarité. C'est donc grâce au principe de la collectivité que s'est peuplée toute la Russie centrale et orientale. Le mir a exécuté exactement ici le travail de la conquête agricole que les monastères ont accompli dans certaines parties de l’Allemagne et des Pays-Bas : même principe, la communauté; même résultat, la colonisation.

Tandis que les Germains et même les Slaves occidentaux sortaient peu ii peu de la communauté primitive, les Russes la conservaient, parce qu ils pouvaient occuper sans cesse de nouveaux territoires en s’avançant dans les plaines infinies de l’est. Ainsi que le dit très bien M. Faucher, la loi du progrès a été pour eux non pas le changement, mais Yexpan'ion, comme chez les Chinois qu’ils rencontrent en Asie.

Résumons brièvement les inconvénients qu’on reproche à l’organisation agraire du mir.

Ce régime s'oppose au progrès de la culture intensive, parce qu’il empêche le capital de se fixer dans le sol.

L’entremélement des parcelles attribuées à chaque famille

1. M. Mitchell s'exprime sur ce point dans les termes suivants :« It is notorious thaï the statistics uf illegitiinate birlhs in Kossia are kept down by the great prevaleuce of certain practices in liussian villages, in most of which may be fourni oue or inore wotnen who, fuiling the eiTecta of herbs, resorl to a process popularly called vyliranié. « Voir son Rapport dans le Btuetlook cité plus haut.

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