‹ De la propriété et de ses formes primitivesChapitre 110 sur 131 · Landlordisme by David Svme. — London, Trilbner · texte numérisé non relu

Landlordisme by David Svme. — London, Trilbner

2. Land Systems in Irrland, Engtand and continental countries. London, 1871. — J. Fisher, Land tcnure in Engtand. London, 1876.

seigneur. Par suite de cette usurpation, celui ci se mit à enclore, pour son usage, toute la partie du pâturage communal qui n'était pas exigée par les besoins des tenanciers. Le statut de Merton en 1235, et le statut de Westminster en 1285 décidèrent que les réclamations des tenanciers libéré tenentes contre les usurpations du lord of lhe manor, ne seraient pas admises quand il serait démontré que ipsi feoffati habeant sufficientem pasluram quantum pertinet ad tenementa sua. Quant aux droits des villani rien n'indique que la loi les protégeAt ou les reconnût. Les seigneurs firent largement usage du privilège que leur accordait le statut de Merton, pour arrondir leur domaine privé.

11 existait un autre usage qui devait aussi contribuer à les enrichir. C'était le jus faldæ, en vertu duquel les tenanciers étaient obligés de parquer leurs moulons sur la terre seigneuriale, de façon à la fumer abondamment. Dans l'assolement triennal primitif, le fumier d'étable était rare, parce que le bétail était presque toujours au pâturage. Le jus faldæ avait donc pour effet de communiquer à la terre seigneuriale des éléments de fertilité enlevés aux terres des tenanciers. Les unes s’enrichissaient de ce qui était soustrait aux autres.

A partir du xm* siècle, commença dans la situation agraire de l’Angleterre une révolution lente et insensible, qui parut d’abord favorable aux cultivateurs et qui eut cependant pour résultat final d’en réduire singulièrement le nombre: elle leur apporta la liberté, mais leur enleva la propriété.

En Angleterre, pays essentiellement commercant par suite de sa constitution géographique, l'emploi du numéraire devint plus fréquent il une époque plus récente qu'ailleurs. Déjà au xiii* siècle on trouve dans les registres de propriété des monastères et des églises que les prestations en travaux sont transformées en redevances en argent. Ainsi le bail à ferme prit peu à peu la place de la corvée, et en même temps le seigneur fit exécuter le travail agricole sur les terres de ses domaines par des ouvriers salariés. Après la grande peste qui enleva un nombre considérable d’hommes, les salaires haussèrent à un tel point qu'une loi spéciale fut votée ( statute of laborers) fixant le salaire à deux pence par jour, l'hiver, et à trois pence , l’été, et obligeant l'ouvrier à travailler pour ce prix soijs peine d’emprisonnement. Le lord of the manor qui devait payer ces hauts salaires n’eut

plus d’intérêt à faire valoir sa terre lui-même et il trouva plus avantageux de la louer. C'est ainsi qu’au seizième siècle, les prestations serviles avaient presque entièrement disparu.

La situation des cultivateurs au point de vue juridique s’était améliorée en même temps. Les villnni, au lieu d’èlre corvéables & merci, devinrent ce que les lois du temps appellent tenants Oy copij of th'. court rôle et plus tard copy-holders. Comme les cours de justice décidèrent, sous Edouard IV. que les copy-holders ne pouvaient être expulsés aussi longtemps qu’ils remplissaient les obligations déterminées par la coutume, ils acquirent la possession permanente et vinrent prendre place à côté des socmen et des yeomen déjà affranchis. La redevance fixe en argent qu’ils avaient à payer s’allégea bientôt, par suite de la dépréciation du numéraire.

Ainsi, vers la fin du moyen âge, tandis qu’ailleurs le servage devenait plus pesant, il s'était formé en Angleterre une classe nombreuse de cultivateurs propriétaires, classe aisée, indépendante, comprenant une infinité de degrés, depuis le squire qui touchait à la noblesse jusqu’au côtier, ouvrier rural qui avait aussi sa maison et son champ. C'est cette yeomanry qui a fait la force de l’Angleterre et qui a vaincu la chevalerie française pendant la guerre de Cent Ans. *« C'est la fière indépendance, dit Hallam, de cette noble souche de libres socage hnants qui a donné une si forte trempe à notre caractère national et mis tant de liberté dans notre constitution. » Un chroniqueur, dont M. ClifTe Leslie invoque le témoignage, décrit dans les termes suivants la situation des yeomen possédant un bien d’un revenu de 6 livres sterling en monnaie du temps. « Ordinairement ils vivent dans l’abondance, habitent de bonnes maisons et travaillent fort pour s’enrichir. Ils louent aussi la terre du seigneur, la cultivent avec soin et ainsi gagnent de l'argent. Alors Us achètent les biens des grands messieurs qui se ruinent. Ils envoient leurs fils aux écoles, aux universités, au barreau, et leur laissent assez de terres pour qu'ils deviennent des gentlemen. Ce sont ces gens-là qui jadis faisaient trembler la France. »

Ainsi, au temps des Saxons, file est peuplée d'hommes libres, propriétaires et soldats, réglant eux-mêmes leurs intérêts et administrant la justice; après la conquête normande, la féodalité réduit le plus grand nombre en servage ou dans un état de

grande dépendance, mais peu à peu ils font fixer leurs prestations en travail et en nature, les convertissent en redevances pécuniaires non sujettes à augmentation, et reconquièrent ainsi une sorte de propriété'.

Aujourd’hui, chose incroyable, il ne reste presque plus de ces propriétaires indépendants, de ces yeomen qui avaient si vaillamment combattu h l’étranger pour la grandeur, et à l'intérieur pour la liberté de leur pays. A la fin du xvii* siècle, quoique réduits en nombre ils étaient encore 160,000. formant avec leur famille le septième de la population. Naguère on a dit que dans le district des lacs on en trouvait encore quelques-uns, et M. Fawcetl, dans son livre On the british laborer, prétend con naître les localités où, il y a un siècle, il en existait par centaines. Aujourd’hui la noble et puissante classe des yeomen semble éteinte : la grande propriété a absorbé ses derniers représentants. C'est la répétition de l’histoire des Latifundia romains. Dans le poème de Longfellow, Hiawatha, monté sur sa barque, s’évanouit dans les rayons du soleil couchant et s’en va vers les régions d'oii l'on ne revient pas; c’est l'image de la race rouge qui s’éteint à l’approche des blancs. Mais les yeomen étaient du plus pur sang anglo-saxon ; ils possédaient la terre: ils étaient dans l’aisance; ils avaient survécu A la conquête et s'étaient émancipés du joug de la féodalité. Comment ont-ils disparu dans le temps même où s’accroissaient la puissance et la richesse de l’Angleterre, et d’où vient que la bourgeoisie rurale, qui partout ailleurs grandit en nombre et en puissance, cesse d’exister précisément dans le pays où la liberté et la civilisation modernes s’établissent d’abord?

Plusieurs causes ont favorisé celte grande révolution qui a passé inaperçue, quoiqu’elle ait eu pour résultat de faire de l’Angleterre, comme le remarque M. Morier, la seule nation civilisée où la propriété de la terre soit entièrement enlevée aux mains de ceux qui la cultivent. M. Clifie Leslie énumère avec précision les principales de ces causes. Les voici d’après lui :

I* Usurpation des droits que les cultivateurs exerçaient sur les cominunanx, droits très importants et en eux-mêmes et par

I. Voyei dans le volume publié par le Cohdrn Club on Land Systems, l'Essai concernant l'Angleterre par M. Wren lloskyns.

les facilités qu'ils apportaient à la culture des propriétés privées.

2° Usurpation des propriétés privées elles-mêmes par une suite séculaire d'actes de fraude, de violence et de chicane.

.'1° Dons faits aux grandes familles par la Reine des terres de la couronne '.

4° Destruction des fermes et des villages, ruine des petites villes, marchés indispensables pour les produits de la petite culture.

o° Inaliénabilité des terres dans les grandes familles féodales, qui absorbaient peu à peu les petites propriétés anciennes et empêchaient les nouvelles de nailre.

ü° Perte de toute influence politique exercée par les paysans et, par suite, législation contraire à leurs intérêts.

7° Les biens de l’aristocratie administrés de manière à réduire sans cesse le nombre des cultivateurs.

Plusieurs de ces causes commencèrent à produire leur elTet dès le moyen âge. Lorsque la corvée fut transformée en un loyer payé en argent, le lord of the manor commença la guerre contre la petite propriété. Du moment qu’il n'avait plus droit à des services, mais h autant par acre, il n'avait plus d’intérêt à avoir beaucoup de vassaux; au contraire, il lui était plus commode de traiter avec un seul grand locataire qu’avec plusieurs petits tenanciers, et il lui était avantageux de réduire le nombre des usagers exerçant leur droit sur le pâturage et dans la forêt du domaine. Il s’efforça par tous les moyens de réunir plusieurs exploitations pour en former de grandes fermes. Déjà au xiv” siècle les archives de l’église de Saint-Paul mentionnent plusieurs exemples de ces réunions de plusieurs tenures en une seule *. Harrison, dans sa Description of England qui précède les Holthshed' s cronicles, montre comment les grands envahisseurs de terre, our gréai encroachers, transforment d’innombrables petites fermes en immenses pâturages à moulons.

La hausse considérable du prix des laines qui eut lieu au

I. « L'aliénation illégale des biens de la couronne, soit par vente soit par donation, forme un chapitre scandaleux de l'histoire d'Angleterre, une fraude gigantesque commise sur la nation (a giganlic /raud t.n lhe nation).» F.-W. Newman, Lect. on pâlit, fc'con. Loud., I8&I, p. 1 29- 130.

î. Voyei E. Nasse, lleber die mittelallerliche t'eldyemcinschu/t.

xv* siècle détermina les lords of the manor à ne reculer devant rien pour étendre les prairies aux dépens des terres arables. Ils eurent recours à des opérations de clearance , de « nettoyage », semblables à celles qui avaient lieu récemment encore en Irlande. Voici comment ils arrivèrent à leurs fins. La terre domaniale, nous l'avons vu, se composait de lots nombreux entremêlés avec ceux des tenanciers et soumis également à l’assolement obligatoire. Quand ils tirent un nouveau partage, de façon R avoir leur domaine d'un seul tenant et à former de grandes fermes, ils englobèrent une partie des terres des tenanciers et désorganisèrent toute l’ancienne constitution agraire. En s'appropriant de vastes étendues de communaux, ils ruinèrent ou rendirent plus difficile la culture du petit propriétaire; celui-ci, ayant moins de pâturage pour son bétail et moins de bois, tombait dans la gène. Quand arrivait une famine, une mauvaise récolte, il ne lui restait qu’à céder son bien au seigneur, qui le réunissait à son domaine. Les nombreuses poursuites dirigées contre ceux qui avaient abattu des clôtures montrent à quel point les paysans en souffraient. Dès la fin du xv' et pendant tout le xvi' siècle, la destruction des petites fermes et la conversion des terres arables en prairies soulevèrent la plus violente opposition. Une loi de 1448 sous Henri VII défend d’abattre les bâtiments de ferme qui sont loués avec 20 acres de terre. « Beaucoup de maisons et de villages, dit le préambule de la loi, sont aujourd’hui déserts. La terre arable qui y appartenait est enclose et convertie en prairie, et l’oisiveté devient générale; où naguère deux cents personnes vivaient honnêtement de leur travail, on voit maintenant deux ou trois bergers. » Bacon loue cette loi parce qu’elle avait pour but de « maintenir la charrue aux mains du propriétaire et non du salarié <> lokeep the ploug/i in the hands of the owncrs and not hirelings. Quatre lois semblables furent portées sous Henri VIII, preuve qu’elles étaient impuissantes. L’une ordonne de rebâtir les maisons abattues et de rendre à la charrue les terres qu’on lui a enlevées. L’aulre oblige d’élever des bâtiments pour toute étendue exploitée de 30 à 50 acres La loi de 1034 a pour but de s’opposer aux envahissements des moutons. « Plusieurs individus ont accumulé en leurs mains des étendues énormes de terre, où ils nourrissent d’innombrables troupeaux. Certains d’entre eux possèdent 10,000 et 2i,00ü mou-

Ions. Par suite, le labourage csl abandonné et le pays se dépeuple »

L’évêque Latimer, dans son fameux sermon de la Charrue, prêché à la cour d'Edouard VI (1549), reproche aux nobles d'être des inclosers , graziers and ren t raisers, qui transforment la yeomanry en esclaves déshérités ; le bergeravec son chien, s’écriet-il, a pris la place des habilanls disparus. Bernard Gilpin accuse les gentlemen de manquer de genllencss : « Chasser les malheureux de leurs demeures n’est pas un crime à leurs yeux. » En 1551, l'évéque de Rochesler présente au roi une pélilion où il se plaint que deux acres sur trois sont mis hors culture et que la population des campagnes ressemblera bientôt plus « aux serfs de la France qu’à l'ancienne et heureuse yeomanry de l'Angleterre1. »

Après la mort de Henry VIII, le lord protecteur Somerset institua une commission extraordinaire pour examiner la situation et en chercher le remède. Le plus actif des membres de cette commission, John Haies, rédigea un rapport où l’état des campagnes est dépeint sous les plus sombres couleurs. « On ne voit que maisons ruinées et cultivateurs sans asile; les bœufs et les moutons ont pris leur place. Le roi ne trouve plus de soldats et doit employer des mercenaires étrangers. » Cette commission qui avait éveillé tant d'espérances n’eut aucun résultat. Les nobles étaient trop puissants; les témoins craignaient de déposer contre eux. Les gens de la campagne n’osaient comparaître ou n'élaienl pas appelés. Des lois Turent soumises au Parlement, ordonnant la division des grandes fermes et limitant l’étendue de terrain que le propriétaire pou-

I. Voyez pour tout ceci l'étude souvent citée déjà de M. Nasse.

î. Thomas More se fait l’écho îles mêmes plaintes : « Les nobles et même certains abbés, non contents des revenus que leurs aïeux obtenaient du sol. Délaissent plus de place pour la charrue. Ils fout des pâturages qu'ils enclosent, ils abatlent niaèons et fermes et no laissent rien debout, et comme si l'on ne perdait pas de terrain en parcs, en chasses, en bois, ces braves gens font de nos terres cultivées un désert sauvage. » Dans son Utopie il parle de cet étrange pays où les moulons mangent les hommes. « Oves, 710e tam mites erant, nunc tam edaces esse ccrperanl , ut homines dévorent ipeos, ngros, domos, et oppida vastent ac depopulentur. » Cacou, dans son Histoire d'Henri I II, vante les actes du Parlement et la sagesse du roi qui s'opposèrent aux usurpations des Grands, lesquelles eurent pour effet d'enlever les terres communales aux habitants, de détruire les fermes et do dépeupler le pays.

vait faire valoir lui-même; mais elles ne furent pas votées.

A partir de la grande insurrection des paysans en 1549, il y eut pendant toullexvi" siècle de nombreux soulèvements locaux ayant tous le même but : détruire les clôtures qui leur enlevaient la terre.

Sous Elisabeth, le prix de la laine montant encore, les clearances, les expulsions de cultivateurs ne s’arrêtèrent pas, malgré le Statut qui ordonnait d’ajouter quatre acres de terre à tout cottage', et la destruction des petits propriétaires a continué jusqu'à nos jours, par le moyen des Enelosures acls successivement votés depuis 1710 jusqu'en 1813. Ces lois qui permettaient aux lords of lhe manor d’enclore à leur usage les communaux, à tort considérés comme leur propriété, ont fait entrer dans le domaine privé 7,600,413 acres*, soit le tiers de la superficie culti-

I Voyez Matthus, On p ipulation , 5* édit., liv. IV, ch. xut, p. 295.

2. Les envahissements des commons par les lords of lhe manor se poursuivent encore de nos jours. On peut lire les plus curieux détails à ce sujet dans uuc lettre adressée au Times (17 nov. 1874) par M. G. Shaw Lefèvre A propos de la forêt d'Eppiug. Rien qu’à partir de 1851, 559 enelosures ont été faites illégalement daus cette forêt, qui était propriété communale et où la cité de Londres avait le droit de commune pâture. Les habitants des environs pouvaient y chercher du bois pendant l'hiver, mais A condition que chaque année, le 1 1 décembre à minuit, le plus Agé d'entre eux plantât sa hache daus un des arbres. On raconte que pour interrompre l'usage, le lord ofllie manor invita, un certain 11 décembre, tous les habitants à un souper pour les y enivrer et leur faire oublier l'exercice de leur droit; mais un vioillard se déroba et alla planter sa hache daus la forêt. Plus tard un simple ouvrier, du nom de Williugdale, résista pendant des auuées A la clôture faite par le propriétaire de Loughton manor.

« Great portions of Epping Korest were arbitrarily cuclosed, dit M. Shaw Lefevre. In one single manor of that Korest, the Lord of Loughton, who was alsorectorof the parish, enclosed no less than 1,900 acres of Commun. Sir Thomas Wilson, the lord of the mauor of Hampstead, commenced the enclosureof that much-frequenlend Cotnmou, and demauded 400,000 Liv. S. as the market value of it. The late Lord Brownlow enclosed 500 acres of Beikhampetead Commun with iron rails and added tliem to his park. Queen's College, Oxford, was similarly advised by ils solicitors to appropriate two important Commons in the South of London — viz , Plumstcad lleath and Bostal lleath, bcsides a smailer open space. known ns Shoulder-of-Mutton Green. Au enclosure was also made of Tootiug Graveuey Commou. If these proceedings had passeJ unnoticed, there can be no doubt that in a very short time, ail the Communs in and round London vould speedily hâve disappeared. »

La cité de Londres plaida contre les usurpateurs et gagna son procès. Un jugement de novembre 1874 déclara illégales tous les enelosures opérés depuis 1851 sur une étendue de 3,200 acres, et maintenant, tous les ans, tes magistrats de la cité se rendent en grande pompe daus la forêt reconquise,

vée de l’Angleterre, qui s'élevait en 1867 à 25,451,626 acres. Cette immense étendue de terrain fut enlevée à la jouissance des cultivateurs presque sans indemnité. En 1845, lord Lincoln put affirmer au Parlement, sans être contredit, que dans dixneuf cas sur vingt, la Chambre n’avait eu aucun égard aux droits des paysans, non par hostilité mais par ignorance. Ces gens de la campagne ne pouvaient produire devant les comités qui proposent les lois la preuve de droits reposant uniquement sur la coutume, ni payer des avocats pour les défendre. Ils n’apprenaient qu’ils étaient expropriés que quand des clôtures érigées, en vertu d’un acte du Parlement, leur interdisaient l’accès des terrains dont ils avaient eu l'usage depuis les temps les plus reculés. Le législateur ignorait l’existence des lois résultant de l'ancienne organisation de la mark. 11 admettait le domaine éminent du lord of the rnanor, et il croyait, avec les économistes, qu’il faut livrer les communaux aux efforts plus féconds de l’activité individuelle. Au moyen Age et au xvi» siècle, les copy holders avaient été dépouillés de leur propriété parce que le titre de leur possession était déposé aux archives du manoir, contre les usurpations duquel ils avaient à se défendre, et parce que d'ailleurs les juges appartenaient tous à la classe de leurs adversaires, qui employaient la fraude, la violence et la corruption pour arriver à leurs fins.

Jusqu’au xvin* siècle la législation avait essayé de sauver la petite propriété.

Les lois de Henri VII ordonnaient qu'à chaque cottage Tussent adjoints, quatre acres de terre. Longtemps, mais en vain, on s’efforça de maintenir ce règlement en vigueur. En 1G27, sous le roi Jacques, Roger Crocker est condamné pour avoir construit dans son domaine de Frontmill un cottage sans les quatre acres obligés.

En 1638, Charles I" nomme une commission pour chercher les moyens de faire respecter l’ancienne prescription. Cromwell

en souvenir du droit de chasse qu'ils y exerçaient autrefois. D'après M. Shaw Lefèvre il reste encore, dans un circuit de 15 milles de Londres, 00 communs de 130 acres en moyenne, et 120 petits commons de 10 acres en moyenne. Le 32» rapport de la Commission des Enctoiures (1877) estime qu'il reste en Angleterre 2, 000, 000 d'acres de communaux. Depuis 1S(5, OoO,OOU ont été enclos.

renouvela la défense de bâlir une maison sans v adjoindre au moins les quaire acres.

Dans la première moitié du dix-huitième siècle, on se plaint que les habitations des ouvriers agricoles n’aient pas au moins un on deux acres Au dix-huitième siècle, au contraire, la législation devient favorable à la grande propriété, et par les enclosure acts, les grands propriétaires profilent de la puissance que leur assure leur présence au parlement pour confisquer définitivement le domaine de tous, les antiques Folkland. Cela ne se fit pas sans protestations. De nombreux écrits furent publiés à ce sujet.

« Dans un grand nombre de paroisses de Hertfordshire, écrit une plume indignée, vingt-quatre fermes renfermant chacune en moyenne de 30 à laOacres ont été réunies en trois J. » « Dans le Northainptonshire elle Lincolnshire il a été procédé en grand à la clôture des terrains communaux ; et la plupart des nouvelles seigneuries issues de celle opération ont été converties en pâturages, si bien que là où on labourait 1500 acres de terre on n’en laboure plus que 50. — Des ruines de maisons, de granges, d’étables, etc. : voilà les seules traces laissées par les anciens habitants. En maint endroit, des centaines de demeures et de familles ont été réduites à huit ou dix. Dans la plupart des paroisses où la clôture ne date que des quinze ou vingt dernières années, il n’y a qu’un petit nombre de propriétaires comparé à celui qui cultivait le sol, alors que les champs étaient ouverts. Il n’est pas rare de voir quatre ou cinq riches éleveurs de bétail usurper des domaines, récemment enclos, qui se trouvaient auparavant entre les mains de vingt ou trente fermiers et d'un grand nombre de petits propriétaires et de manants. Tous ces derniers et leurs familles sont expulsés de leurs possessions, avec nombre de familles qu’ils occupaient et entretenaient »

1. J'emprunte ces détails au chapitre xxiv de l'ouvrage de Karl Marx, Das Hôpital. C'est une peinture peut-être trop amère de la concentration de la propriété en Angleterre, mais on y trouve un grand nombre de citations très curieuses et bien peu connues. Voir aussi H. Denis, Tendances actuelles du prolétariat européen, dans lu Revue de philosophie positive, mars 187? A jauvier 1875.

?. Thomas Wright, A short adrcsi to the public on the menopoly of large farms, 1779, p. ?-1.

3. Kev. Addington, Enquiry into the reasons for or againsl enclosing open fields. London, 171?, p. 37-43, passim.

Ce n'est pas seulement les terres en friche, mais aussi celles qu'on avait cultivées, soit en commun, soit en payant une certaine redevance à la commune que les propriétaires limitrophes s’annexèrent sous prétexte d'enclosure. « Je parle ici de la clôture de terrains et de champs déjà cultivés. Les écrivains mêmes qui approuvent les clôtures conviennent que, dans ce cas, elles réduisent la culture, font hausser le prix des substances et amènent la dépopulation... Et, lors même qu'il ne s’agit que de terres incultes, l’opération telle qu’elle se pratique aujourd'hui enlève au pauvre une partie de ses moyens de subsistance et active le développement de fermes qui sont déjà trop grandes 1 ». « Quand le sol, dit le Dr Price, tombe dans les mains d’un petit nombre de grands fermiers, les petits fermiers — qu’il a. en un outre endroit, désignés comme autant de petits propriétaires et tenanciers vivant eux et leurs familles du produit de la terre qu’ils cultivent, des moulons, de la volaille, des porcs, etc., qu’ils envoient paître sur les communaux, — seront transformés en autant de gens forcés de gagner leur subsistance en travaillant pour autrui et d’aller acheter au marché ce qui leur est nécessaire. Il se fera plus de travail peut-être parce qu’il y aura plus de contrainte... Les villes et les manufactures grandiront, parce que l’on y chassera plus de gens en quête d'occupation. C’est en ce sens que la concentration des fermes opère spontanément ce qu’elle a opéré depuis nombre d'années dans ce royaume. » « En somme, et c’est ainsi que le D' Price résume l’efl'et général des enclusures, la situation des classes inférieures du peuple a empiré sous tous les rapports. Les petits propriétaires et fermiers ont été réduits à l’état de journaliers et de mercenaires, et, en même temps, il est devenu plus difficile de gagner sa vie dans cette condition. » Par le fait, l'usurpation des communaux et la révolution agricole dont elle fut suivie se firent sentir si durement chez les travailleurs des campagnes que, d’après Eden lui-méme, grand partisan des enclosures, de 1705 à 1780, leur salaire commença à tomber au-dessous du strict nécessaire et dut être complété au moyen de secours officiels. « Leur salaire ne suffisait plus, dit-il, aux premiers besoins de la vie. »

I. Dr R. Price, loc.cil., vol. II, p. 155. Qu'on lise encore Forster, Addingtou, Keut et James Audersou. Voy. Karl Marx, Dos Kapilal, p. *56.

Dans les dernières années du dix-septième siècle la yeomanry, cette classe de cultivateurs indépendants, la proud peasantry était encore florissante. C’est elle qui avait fait la force de l'Angleterre pendant le moyen âge et sa supériorité sur la France. A la fin du dix-huitième siècle la yeomanry a disparu '.

L’expropriation des anciens propriétaires, devenus peu à peu simples tenanciers, s’est opérée en grand par le clearing of estâtes. Quand le lord of the manor avait intérêt à convertir les petites exploitations en grandes fermes ou en pâturages, les petits cultivateurs devenaient inutiles ; on s’en débarrassait tout simplement en abattant leurs maisons et en les forçant à l'exil. La terre classique du système c’est, on le sait, l’Irlande et surtout les Highlands d'Kcosse.

Il est aujourd'hui parfaitement démontré qu’en Écosse comme en Irlande, la terre était primitivement possédée par le clan, par le sept. Les chefs de clan avaient certains droits sur le domaine commun ; mais ils en étaient bien moins propriétaires que Louis XIV ne l’était du territoire de la France. Néanmoins, par des usurpations successives et sous l’influence du droit romain qui ne connaissait que la propriété quiritaire, ils transformèrent leur autorité de suzerain en propriété privée, sans même reconnaître aux anciens co propriétaires un droit de possession héréditaire; c'est ainsi que dans l'Inde les Zemindars et les Taloukdars ont été aussi, par le fait du gouvernement anglais, reconnus comme propriétaires absolus.

Jusqu’aux temps modernes, les chefs de clan avaient intérêt à conserver un grand nombre de vassaux, car leur pouvoir et souvent leur sécurité n’étaient garantis que par leurs armes, mais quand l’ordre fut établi et que les chefs, devenus des seigneurs résidant dans les villes, eurent besoin de grands revenus plus que de nombreux soldats, ils s’efforcèrent d'introduire la grande culture et le pâturage.

1. Voyez A teller to Sir T.-C. Bmbury on the hig/t priées of provisions by a Gu/folk gentleman. Ipswich, 1795, p. 4. Un partisan fanatique (les grandes fermes, l'auteur de l’écrit Inquiry into the connection of large forme, etc., Londou, 1773, dit lui-même, page 133 : «/ most lament the loss of our yeomanry, th it set of mon who reolty kept up the independence of this nation; and sorry I am to see their land nom in the hands of monoimliziny lords lenanted oui to small fanners uho hotd their teases on such conditions as to be Utile beller t/mn cassais ready to attend a summom on every mischievous message. » K. Marx, Dos Kapital. p. 752.

E. de Laveleye. 29

On peut suivre les premières phases de cette révolution qui commence après la dernière levée de boucliers du prétendant, dans les ouvrages de James Anderson 1 et de James Stuart... Celui-ci nous informe qu’à son époque, au dernier tiers du dixhuitième siècle, la haute Ecosse présentait encore en raccourci un tableau de l'Europe d’il y a quatre cenlsans. « La rente — (il appelle ainsi à tort le tribut payé au chef declan de ces terres) — est très petite par rapport à leur étendue, mais si on la considère relativement au nombre de bouches que nourrit la ferme on trouvera qu’une terre dans les montagnes de l'Ecosse nourrit peut-être deux fois plus de monde qu'une terre de même valeur dans une province fertile. Il en est de certaines terres comme de certains couvents de moines mendiants : « Plus il y a de bouches à nourrir, mieux ils vivent. »

Lorsque l’on commença, dans le dernier tiers du dix-huitième siècle, à chasser les Gaëls, on leur interdit en même temps l’émigration à l’étranger, alîn de les forcer ainsi d’affluer à Glasgow et dans d'autres villes manufacturières. Dans ses observations sur La richesse des nations, d'Adam Smith, publiées en 1814, David Buchanan nous donne une idée des progrès faits par le Clearing of estâtes « Dans les highlands, dit-il, le propriétaire foncier, sans égards pour les tenanciers héréditaires — (il applique à tort ce mot aux gens du clan qui en possédaient conjointement le sol) — , offre la terre au plus fort enchérisseur, lequel, s'il veut améliorer la culture, n’a rien de plus pressé que d'introduire un système nouveau. Le sol, parsemé antérieurement de petits paysans, était très peuplé par rapport à sa fertilité naturelle. Le nouveau système de culture perfectionnée et de renies grossissantes fait obtenir le plus grand produit net, avec le moins de frais possible, et dans ce but on se débarrasse des cultivateurs devenus désormais inutiles. Rejetés ainsi du sol natal, ceux-ci vont chercher leur subsistance dans les villes manufacturières, etc. »

George Ensor dit dans un livre publié en 1818 : « Les grands d’Ecosse ont exproprié les familles comme ils feraient sarcler les mauvaises herbes; ils ont traité les villages et leurs habitants comme les Indiens ivres de vengeance traiteraient les

1. .lames Anderson, Observations on tbe menas of excitmg a tpiril of national industry. Edioburgh, 1171.

LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE EN ANGLETERRE ET EN CHINE. 45i|

bêles féroces el leurs tanières. Un homme esl vendu pour une toison de brebis, un gigot de mouton et pour moins encore... Lors de l’invasion de la Chine septentrionale, le grand conseil des Mongols discuta s'il ne fallait pas extirper du pays tous les habitants et le convertir en un vaste pâturage. Nombre de landlords écossais ont mis ce dessein à exécution dans leur pays contre leurs propres compatriotes '. »

M. de Sismondi a rendu célèbre sur le continent le fameux Clearing exécuté, del8l4 àl820,par la duchesse de Sutherland. Près de 3,000 familles furent expulsées et les 800,000 acres de terre, qui étaient jadis la propriété du clan, transformés en domaine seigneurial. L’homme avait été chassé pour faire place au mouton. Les moutons aujourd’hui sont remplacés par des daims et les pâturages convertis en deer fores!*, qui sont des solitudes sans arbres. On peut lire les détails de cette transformation nouvelle dans le livre de M. Robert Somers /.etiers from lhe flighlands, Londres, 1848, paru d’abord dans le Times sous forme de lettres.

L 'Economist du 2 juin 1860 disait à ce sujet : « Les instincts féodaux se donnent aujourd’hui libre carrière comme au temps où le Conquérant détruisait trente-six villages pour créer la i\ew Forest. Deux millions d’acres comprenant les terres les plus fertiles sont changés en désert. Le fourrage naturel de Glen Tilt passait pour le plus succulent de Perth ; la deer forest de Ben Aulden était la meilleure prairie naturelle de Badonock; la forêt de Bleak-mount était le meilleur pâlurage d'Ecosse pour les moulons à laine noire. Le sol ainsi sacrifié pour le plaisir de la chasse s’étend sur une surface plus grande que lecomté de Perth. Le sol de la forêt nouvelle de Ben Aulden nourrissait 13,000 moutons, et ce n’est là. que la trentième partie du territoire sacriüé et rendu aussi improductif que si on l'avait englouti au fond de la mer. »

Aujourd’hui la destruction de la petite propriété continue, non plus par voie d’usurpation, mais par voie d’achat*. Quand une terre est à vendre, elle est toujours achetée par un riche capitaliste parce que les frais d’examen légal sont trop consi-

1. George Ensor, An inquiry inlo the population of nations. Lomlon, 1815, p. 215-21(1. Voy. Karl Marx, Das Kapital , p. 759.

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