EFFETS ÉCONOMIQUES DU MIH RUSSE
dans le partage conduit à la culture forcée, au Flurzwang, favorise la routine et maintient les anciens assolements.
La responsabilité solidaire de tous les membres de la commune pour le recrutement et le payement de l’impôt aboutit à faire payer aux gens laborieux la part des paresseux, et affaiblit ainsi le ressort de l'intérét individuel. Du moment que ce ressort est affaibli, il faut le remplacer jmr la contrainte, pour que la vie sociale ne s’arrête pas. C'est ainsi que la commune exerce sur ses membres une autorité discrétionnaire si grande que le paysan, comme on l'a dit, s’il n’est point le serf du seigneur, est toujours le serf de la commune. L’intérêt individuel n'étant pas suflisamment mis en jeu, les hommes deviennent inertes, et tout le corps social est pour ainsi dire stagnant. De là l’extrême lenteur du progrès en Russie. Pour juger la valeur relative du principe collectif et du principe « individualiste », il suffit de comparer la Russie et les Etats-Unis.
Voici ce que répondent les partisans du régime de la commune russe.
Certes, la solidarité des villageois vis-à-vis du gouvernement est chose mauvaise, mais elle n’est pas inhérente à l’organisation agraire du mic/supprimez-la, il ne sera plus nécessaire d’accorder à la commune une autorité despotique sur ses membres. Si de grands travaux d'amélioration sont nécessaires, rien n'empêche l'assemblée des pères de famille de les voler et l'autorité communale de les faire exécuter, comme cela a lieu dans les villes.
Au lieu d’attribuer à chaque famille plusieurs parcelles eparpillées, on pourrait former des parts arrondies suffisamment équivalentes. D’ailleurs la majorité des cultivateurs peut adopter pour tout le territoire un assolement rationnel, et alors l’absence de clôtures et de divisions apparentes permettrait de mettre en valeur toute la superficie au moyen de machines puissantes, comme si elle ne formait qu'une seule exploitation.
D’après M. Schedo-Ferroti, les avantages que les partisans du mir revendiquent pour ce système sont au nombre de cinq.
Premièrement, chaque travailleur valide ayant le droit de réclamer une part des terres communales, le prolétariat, avec toutes ses misères et tous ses dangers, ne peut naitre.
Secondement, les enfants ne portent point la peine de la paresse, de la malchance ou des dissipations de leurs parents.
Troisièmement, chaque famille étant propriétaire ou, si l’on veut, usufruitière d’une partie du sol, il existe un élément d’ordre, de conservation et de tradition qui préserve la société des bouleversements sociaux.
Quatrièmement, le sol restant le patrimoine inaliénable de tous les habitants, il n’y a pas lieu de craindre la lutte entre ce que l’on appelle ailleurs le travail et le capital.
Enfin le régime du «nV est très favorable k la colonisation, avantage énorme pour la Russie, qui possède encore en Europe et en Asie des territoires immenses et inhabités.
On affirme que Cavour aurait dit un jour il un diplomate russe : « Ce qui rendra votre pays maitre de l’Europe plus tard, ce ne sont pas ses armées, c’est son régime communal! » Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV se serait écrié en 1848 : « Aujourd'hui commence la période historique slave. »
MM. Schedo-Ferroli et Kawelin veulent réformer ce régime sans en abolir le principe. Chaque famille aurait la jouissance héréditaire de son lot; elle pourrait le vendre, le léguer, le louer. La commune conserverait seulement le domaine éminent, et, pour éviter l'accumulation des biens en quelques mains, un maximum serait fixé. A Rome et en Grèce, on rencontre des lois de ce genre ; mais de semblables restrictions ne s'accordent guère avec l’esprit de nos législations modernes. Le régime du mir forme un système complet et traditionnel qu'il faut respecter ou remplacer intégralement par la propriété libre. On peut dire comme d'un ordre célèbre : Sil ut est aut non sit. J’estime que le gouvernement ne doit pas détruire brusquement et par voie d'autorité une organisation séculaire, qui tient, par de si profondes racines, à toute la vie et à l'histoire de la nation russe. Laissez libre cours aux influences sociales, et les institutions qui font obstacle au progrès disparaîtront peu à peu ou tout au moins se modifieront suivant les nécessités nouvelles. Il serait regrettable de supprimer un régime qui, amélioré, peut devenir le salut de nos démocraties modernes.
Quelle opinion faut-il se faire du système russe attribuant la propriété collective du sol à la commune et la jouissance temporaire d'une part égale h chaque famille? Il est certain que tel ju'il est pratiqué en Russie, ce régime offre des obstacles insurmontables au progrès agricole. L' <■ entremélement » des par-