L'ANCIEN RÉGIME AGRAIRE EN ALLEMAGNE
plateau inculte, montagneux, situé R une altitude variant entre 200 et 670 mètres au-dessus du niveau de la mer; il est coupé par des vallées étroites. Il a une surface de 64,658 hectares dont 8,189 hectares de hautes futaies, et 38,500 hectares de bois épais recouvrant les parties élevées, et qu’on appelle Haubergen, soit 72 p. 100 de bois. 34,160 hectares de « Haubergen » appartiennent R 180 sociétés héréditaires. La population totale est de 64,000 âmes et il n’y a que 8, 389 hectares de champs cultivés, soit 0,13 hectare par habitant. Il y a donc trop peu de terres arables, et, malgré la situation florissante de l'industrie et la grande importation de céréales, la situation agraire serait très précaire, si les « Haubergen » ne servaient aussi R la culture, outre leur produit en écorces R tan, en bois R briller et en charbon de bois.
De môme que dans l'arrondissement de Trêves, ces forets, formées de chênes R tan, sont divisées en un certain nombre de lots de grandeur inégale correspondant au nombre d'années nécessaires R la croissance des arbres, soit seize R vingt ans. On exploite chaque année un lot. lin mars ou avril on coupe les arbres dont l'écorce ne peut servir R tanner, en mai ou juin on pèle les chênes et plus tard on les abat. On retourne ensuite la surface du sol qui sèche au soleil et on dispose les mottes en petits las, qu’on brille, en les allumant avec des ramilles, puis on répand partout la cendre, 11 est d’usage d’y semer du seigle d’automne, après avoir labouré le sol avec une charrue spéciale, sans roue, nommée « llainbaeh ». Le labour se fait R frais communs, tandis que chacun ensemence la parcelle qui lui revient. Le blé est récolté au mois d'août suivant. Parfois, on sème les chênes en même temps que le seigle, parfois on les plante. Après six ans, les terrains servent de pâturage communal jusqu'à l’époque de la coupe suivante; il est défendu d'y envoyer les moutons et les chèvres. Les nombreux genêts qui y croissent servent de litière. Il y a donc environ un dix-huitième de ces terres, soit 2,000 hectares, cultivé annuellement.
D’après le réglement de 1834, les « Haubergen » sont la o propriété indivise et indivisible de leurs possesseurs. » Ceuxci jouissent de tous les droits d’une personne civile. Tous les ans, chaque co-usager reçoit dans la coupe une part de terrain correspondant R ses droits, qui ne prennent corps qu’au moment de E. ue Lavkleye. Ü
H4 LA PROPRIÉTÉ PRIMITIVE
la jouissance ; il recueille les écorces, abat le taillis et cultive la terre de la manière décrite plus haut. Après la récolte, toutes les parcelles ne forment plus qu’un tout indivisible, propriété inaliénable de tous. Chaque co-usager est inscrit sur le cadastre comme propriétaire de la parcelle qui lui revient. Il peut Hypothéquer ou la vendre à son gré.
La ressemblance des « Haubergen » et des « Gehoferschaflen » est évidente. On y retrouve le même mode de partage, de tirage au sort et d’exploitation, le môme changement des champs arables et la même migration de la culture qui occupe, mais successivement, toute la surface des propriétés collectives. Les quotesparts de tous les co-usagers dans les parties mises en valeur représentent indubitablement la part des familles des communautés de la marke, et à l'origine elles ont dû être toutes égales. Tout en conservant aux Jahnen, c'est-à-dire aux lots des familles primitives, leur dimension première, on les a subdivisés en un nombre de quotes-parts de plus en plus grand, parce que les ayants droit devenaient de plus en plus nombreux.
Actuellement, les associations ne concordent plus avec la commune politique, les associés n’habitant plus tous le même village. Toutefois, les bourgeois de la commune sont ordinairement co-usagers dans les «Haubergen. « Les administrateurs de ces sociétés agraires sont aussi estimés que les fonctionnaires communaux. L’Etat traite ces collectivités comme les communes politiques; il contrôle leur constitution et leur administration et exige les mômes conditions de nomination pour leurs employés que pour ceux de la commune. 11 faut le consentement des fonctionnaires de l’État pour permettre à. ces communautés de vendre ou d'acheter des terres, et il est défendu de les partager eu lots trop petits pour les bien cultiver.
Comme le remarque Achcnbaeh, le Siegerland a été, de tout temps, le centre de la vie collective et de l’activité en commun. De vastes ensembles «le champs cultivés ont été maintenus en propriété commune jusque très avant dans le dix-huitième siècle, et maintenant encore les belles prairies de ces contrées sont possédées par des collectivités. Les exploitations des mines et des forges se faisaient aussi en commun.
Il nous paraît de toute évidence que le régime des «llaubergen» remonte à la plus haute antiquité, mais on a prétendu trou-