L'ANCIEN KEG1ME A U HA I II K EN ALLEMAGNE
Nous citerons encore comme exemple de la forme primitive de la propriété en Allemagne un écrit de E.-M. Arndt, où il s'efforce de réfuter l’opinion des anciens auteurs qui disaient (pie la culture des germains était « stupide, grossière et impraticable'. » « Mon père, dit-il, acheta en IHO.'i une partie de l’ancien domaine de Trantow sur la Peene. Quatre fermiers de Trantow et huit ou dix de Zarrenlin en dépendaient. La rotation triennale de la culture des prairies et des pâturages ainsi que l’exploitation commune de la tourbe par le seigneur et les paysans étaient restées en vigueur depuis des temps immémoriaux, dans le district de la Peene. Les fermes, comme cela se fait en Saxe, étaient entourées d’un jardin et de quelques champs que les fermiers cultivaient ù leur guise, tandis que les champs principaux étaient exploités en commun par les paysans, le seigneur et le pasteur réunis. La cure fut dotée d’un bien particulier par mon père. Au moment où les terres en jachère étaient mises en culture, on tirait au sort entre les paysans des lots variant d’après le rendement de la terre. Ils avaient le droit de les exploiter à leur gré, jusqu’au moment où il fallait les remettre en jachère. »
Nous voyons donc ici aussi la propriété privée restreinte à la possession des habitations et des jardins. Tous les ans, on partageait un tiers du terrain en jachère, de sorte que la période d’exploitation était de trois ans pour chaque parcelle. Le seigneur était mis sur le même rang que le pasteur et les paysans.
11 est très probable que des institutions semblables existaient également dans le sud de la Prusse. L. Krug5 rapporte que dans la principauté de Lowicz on faisait, tous les ans, un nouveau partage des terres au commencement de ce siècle, d’après le nombre des têtes de bétail. II estime que « ce système n’est pas plus défavorable pour la culture ici, que dans d’autres districts où les champs sont exploités en commun. » L’exemple rapporté par E. M. Arndt prouve que la propriété collective
Deulsches Genossenschaftrechl , I, § 53, 55. A consulter également les descriptions des markeg dans les anciennes livraisons des Heuues agricoles, notamment sur le partage des terres dans le canton de Viehland, Annalen der Siedersachsiychen Landwirthschaft , III, 365.
1. Schmidt, Zeitschrift fur Geschichtwissen&hafl , 1845, III, 252 et suiv.
2. Geschichte der staatsu}irtli*chaftlichen Geselzgebung im Preussischcn \ Slaate (Berlin, 1808), 1, 188, cité par Meitzcn, I, 351.
primitive avec partage annuel est possible même avec le système de culture triennale, et point seulement avec la mise en culture intermittente de terres vagues. Il s'en suit aussi que, si même on admettait, avec quelques auteurs, que l'assolement triennal était pratiqué du temps de Tacite, ce qui n'est nullement prouvé, il ne faudrait pas y voir un obstacle au partage annuel suivi de mise en culture d'une paitie du territoire commun.