‹ De la propriété et de ses formes primitivesChapitre 3 sur 131 · ÉVOLUTION LENTE ET PARTOUT IDENTIQUE DE LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION LENTE ET PARTOUT IDENTIQUE DE LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE

Naguère encore on croyait que les dolmens et les pierres druidiques élaient propres aux tribus celtiques. Depuis qu’on a trouvé ces monuments des Ages les plus reculés en Néerlande, en Allemagne, en Asie, en Amérique et jusque dans les archipels asiatiques, en même temps que les armes et les oulils de silex qui caractérisent l'époque de la pierre, on en a conclu que l'humanité a traversé primitivement partout un état de civilisation ou, si l’on veut, de sauvagerie, dont l’existence des indigènes de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie nous offre encore aujourd'hui l'image Odèle. Dans un ouvrage du plus grand intérêt, M. L. Künigswarter a montré que certaines coutumes qu’on avait cru particulières aux Germains, la composition pour crimes, les ordalies et le duel judiciaire, se retrouvaient, en réalité, chez tous les peuples, au même degré de civilisation1.

I. Voyez Études historiques sur le développement de la société humaine: • .Nous avons souvent été frappé de ce fait que constamment on présente telle coutume, telle institution comme propre à telle race ou à tel peuple, tandis que cette coutume ou cette institution se retrouve chez un grand nombre d'autres nations et forme une de ces coutumes générales, phases

E. de La VELE VE. 1

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On avait cru aussi que les communautés de village, telles qu'elles existent en Russie, étaient exclusivement propres aux Slaves, et l'on disait qu'ils avaient des instincts communistes. Les slavophiles vantent même cette institution comme particulière à leur race, dont elle doit, prétendent-ils, assurer la suprématie, en la préservant des convulsions sociales où se dissoudront tous les États de l’Occident. Aujourd’hui on peut démontrer, — et nous essayerons de le faire, — que ces communautés ont existé chez les peuples les plus divers, chez les Germains et dans l’antique Italie, au Pérou et en Chine, au Mexique et dans l’Inde, chez les Scandinaves et chez les Arabes, exactement avec les mêmes caractères. Retrouvant ainsi celle institution sous tous les climats et chez toutes les races, on doit y voir une phase nécessaire du développement des sociétés et une sorte de loi universelle présidant h l’évolution des formes de la propriété foncière'. Les hommes primitifs se sont servis partout des mêmes instruments grossiers que leur fournissait le silex, et ils ont réglé la possession de la terre de la même façon, sous l’empire de conditions semblables.

Sir Henry Maine, qui a résidé dans l’Inde, où il remplissait de hautes fonctions judiciaires, a été frappé de retrouver, au pied des monts Himalaya et aux bords du Gange, des institutions semblables à celles de l’antique Germanie, et il a fait connal-

nécessaires par lesquelles l'espèce humaine poursuit sou travail de développement et de civilisation. »

I. Deux publications ont appelé l'attention sur cette matière encore peu connue et où il reste beaucoup de découvertes à faire, malgré les admirables travaux de von Maurkr. L’une, Ueher die mittelallerliche Feldgemnnscha/t in England , est due à M. Nasse, professeur a l'université de Bonn, qui a mis en lumière, avec uue connaissance vraiment extraordinaire des sources, un Tait que bien peu d’Anglais soupçonnaient, à savoir que les communautés de village ont été primitivement le régime géuéral de In propriété en Angleterre, et que des traces nombreuses de cet ordre de choses se sont perpétuées jusqu'après le moyen âge.

L'auteur de la seconde publication, Village rommunilies, est sir lltsNnv Maire, si connu par sou livre Ancien Lnui, essai magistral sur l'histoire philosophique du Droit et sur ses rapports avec les civilisations primitives. Dans sou dernier ouvrage : l.cclures on the enrlg t.istory of Institutions, sir II. Maine admet que la démonstration que j’ai tentée est complète : •• La possession collective du sol, dit-il, par des groupes d'hommes qu'unissent des liens de famille, peut être considèiée maintenant comme un phénomène primitif caractérisant toutes les sociétés humaines qui oui quelques rapports avec les uùtrcs. »

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