Voyez Dr B. Becker, Die uUmein'/e, p
dant toute l'année « feu et lumière », Feuer und Licht , qui chauffent un four et possèdent des propriétés; ils peuvent abattre six grands sapins; ils étaient au nombre de 120. La seconde classe comprend ceux qui ont eu feu et lumière, un four, mais pas de propriétés; ils ont droit à 4 sapins. Il y en avait 30 de cette catégorie. La troisième classe est celle des individus vivant seuls, et n'ayant pas de propriété : il y en avait 9; ils peuvent avoir trois sapins. Enlin dans la quatrième classe se trouvent les usagers qui ont eu feu et lumière, mais qui n’ont pas de maison à eux ; ils ne peuvent réclamer que deux sapins. 11 y en avait 33. Le nombre total des usagers était donc de 194. Parmi ceux-ci, 32 avaient obtenu en outre du bois pour des constructions nouvelles ou pour réparations; 178 grands troncs d’arbres avaient été répartis pour cet usage. On voit combien ces distributions sont larges et quelle aisance elles doivent apporter aux familles : aussi nulle part les cultivateurs ne sont aussi bien logés qu’en Suisse On comprend maintenant d’où viennent ces ravissants chalets qu'admire l'étranger, et dont on voudrait faire sa demeure ; c’est la forêt qui permet de les construire et de les entretenir.
Outre ses alpes et ses forêts, la marche d'Uri possède 400 hectares de terres labourables, qui donnent, en moyenne, environ 1 4 ares de jardin par famille : de quoi récolter des légumes, des fruits et du lin ou du chanvre pour le linge du ménage. Tout cela n'est pas encore l'aisance, mais c'est le moyen assuré d'y arriver ; c’est en tout cas un préservatif certain contre les extrémités de la misère. Ajoutez à ce que donne le fonds communal le produit de la propriété privée et du travail personnel, et tous les besoins essentiels sont largement satisfaits.
Le principe qui préside ici au partage des produits des biens communs est celui des temps les plus reculés : à chacun suivant ses besoins; seulement, comme les besoins varient, non d'après les nécessités des personnes, qui sont à peu près les mêmes, mais d'après celles de chaque propriété particulière, qui diffèrent du tout au tout, il en résulte que les riches sont avantagés et les pauvres sacrifiés. En effet, celui qui n’a pas de bétail ne lire rien de l'alpe. Pour celui qui a vingt ou trente vaches i» y envoyer, c’est un revenu considérable. L’usager qui a un grand chalet au village et un autre dans la montagne, des fenils et de
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rastes étables, a besoin de beaucoup de bois pour les entretenir et pour se chauffer. Il a droit à six gros arbres pour son feu et à autant de bois de construction que les experts l’auront jugé nécessaire. L’usager qui vit chez autrui n'a que deux sapins. L’égalité ne se retrouve que dans l'allotissement des terres cultivées. Ainsi que le dit très bien le pasteur Becker, c’est comme dans la parabole de l’Evangile : « à celui qui a, il sera donné, et il aura plus encore; mais à celui qui n’a rien, cela même qu’il a lui sera ôté. » Ce système était très juste à l'époque où il n’y avait de propriété privée que pour la demeure et l’enclos qui l'environne et où par conséquent chaque famille pouvait tirer les mêmes proüls du bien commun ; mais aujourd'hui chaque usager jouit du domaine communal à peu près en proportion de l'étendue de ses biens propres.
Le principe général étant qu’on ne peut envoyer sur le pâturage collectif que le bétail que l'on a entretenu, l’hiver, dans ses étables, il en résulte que celui qui n’a pas de prairie â lui, pour récolter du foin, ne peut nourrir du bétail l’hiver, et ainsi, au printemps, il n’en a point à faire monter sur l'alpe. Pour mettre au moins certaines bornes au privilège des plus riches en troupeaux, on a décidé que nul ne pourrait faire monter sur l’alpe plus de trente vaches ou leur équivalent; mais cela n’a pas suffi, et depuis longtemps, ici comme â Florence, à Athènes et à Rome, « les grands et les petits, » les « gras et les maigres », sont aux prises. Le débat a beaucoup de rapport avec celui qui mettait en lutte patriciens et plébéiens au sujet de la jouissance de Yager publicus. Seulement, à l’inverse de ce qui existe dans la plupart de nos grands Etats, dans Uri les « gras » sont en majorité. Sur 2,700 familles, t,665 ont du bétail; il n’y en a que 1,036 qui nVn ont pas. Les mécontents sont donc en minorité, et ni par le vole ni par l’emploi de la force, auquel ils n’ont du reste pas songé â recourir, ils n’ont pu obtenir le changement du régime primitif, qui date du temps où il n’y avait ni riches ni pauvres. Pour faire taire les réclamations les plus vive®, on a donné â chaque usager 15 ou 20 ares de jardin pour y planter des pommes de terre, et ils ont d'ailleurs du bois poulies cuire et se chauffer.
Comme en principe on reconnaît à chaque usager un droit de jouissance égale, qu'il peut réclamer du moment qu'il réunit les
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conditions exigées, on devrait, pour se rapprocher de l'égalité, augmenter l’étendue de l’ Allmend cultivée, de façon qu’elle représentât un revenu égal à celui que donne l'alpe. C’est à peu près ce que l’on a fait dans le canton de Claris, qui nous oll're le type du second système de jouissance.
Parmi les cantons primitifs, Claris est celui qui s'est le plus éloigné des anciens modes de partage. Le produit de la plus grande partie des biens communaux, au lieu d’ètre réparti directement entre les habitants, sert à couvrir les dépenses d'intérêt communal. Ici il n'y a plus trace de l'ancienne marke comprenant tout le pays. Ce qui reste du domaine collectif est devenu propriété des communes qui ont pris leur plein développement. Ces communes ne possèdent plus beaucoup d’alpes; jadis, â la suite d’une grande calamité qui a ruiné le pays, on les a presque toutes vendues. Aujourd’hui les alpes communales sont louées aux enchères pour un certain nombre d'années, et, ce qui est tout h fait contraire aux principes anciens, les étrangers peuvent s’en rendre adjudicataires aussi bien que les bourgeois. Le produit de la location alimente la caisse communale. Jadis les locataires devaient livrer, chaque année, une certaine quantité de beurre, Anken, qui était distribué entre les usagers; les (lancés recevaient aussi de la commune un chamois pour le repas de noces. Maintenant le chamois est rare, et le beurre s’exporte au loin, au lieu d’ètre distribué entre les habitants. Quelques communes vendent aussi aux enchères la coupe de leurs forêts. D’autres la répartissent entre les usagers, moyennant une certaine rétribution. Les feuilles sèches pour litières sont également réparties; on tire au sort les lots où chacun va, au jour fixé, en ramasser le plus qu'il peut. Comme les forêts où il est permis de les prendre sont d’ordinaire situées sur les pentes les plus abruptes, il arrive parfois quedes malheureux se tuent en tombant de ces hauteurs vertigineuses.
Ce qui est digne d'attention dans Claris, c’est le soin que les communes ont pris de conserver une étendue suffisante de terres cultivées pour les distribuer entre les usagers. Si le nombre des habitants augmente ou si quelques parcelles ont été vendue» à des fabriques ou à des particuliers, comme terrains ù bâtir, la commune achète de la terre, atin que la part de
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Chaque famille reste la même. Une veuve, des enfants sans parents demeurant ensemble, même un fils ou une fille majeure, pourvu qu'ils aient eu « feu et lumière » dans la commune durant l'année, peuvent réclamer une part. Ces paris varient de 1Ü à 30 ares suivant l’étendue du fonds communal. Chacun garde la sienne pendant dix, vingt ou trente ans; au bout de cette période, les lots sont reformés, rernesurés et tirés au sort. Chacun fait de son lot ce qu'il veut; il y cultive ce qui lui convient. Il peut même le louer ou le laisser à la commune, qui lui en paie la rente. Ces parcelles, situées à proximité des habitations, sont admirablement traitées. Ce sont de véritables jardins; ils se louent couramment sur le pied de 3 francs l'are. Sur les pâturages communs, chaque usager peut envoyer le bétail qu’il a entretenu l’hiver; mais il paie une certaine rétribution par tète, sauf pour les chèvres, qui sont les vaches des pauvres et l’animal de prédilection du canton, auquel il fournit son fameux fromage, le schabzieger.
Il existe également ici beaucoup de corporations privées qui ont des terres. Dix, vingt, trente cultivateurs ont formé des associations qui possèdent des pâturages et des terres labourables '. Le produit de la propriété indivise se répartit entre les associés en proportion du nombre de parts que chacun d'eux possède. Dans le village de Schwaendi, la commune ne peut distribuer à chaque fumille que quelques ares de terre cultivable; mais grâce à ces corporations-propriétaires, chaque usager exploite en moyenne 12 ares de terre, et plusieurs en ont le double. Nous avons donc ici un type parfait de sociétés coopératives de production appliquées â l'agriculture, qui durent depuis des siècles, et qui contribuent â un haut degré au bien-être de ceux qui en font partie. Ce même esprit d’association a porté les habitants de Schwaendi à établir une société coopérative de consommation, et il en existe maintenant dans la plupart des communes industrielles.
Il est remarquable de voir ici l'organisation agraire des temps les plus reculés se combiner avec les conditions de l'industrie
I. Dans le canton d'Appenzcll. des paysans ont aussi récemment fondé .leux sociétés pour acheter deux pâturages, la Wiederalp et le l'ahlen. Ils les exploitent en commun, et les actions de ces sociétés se maintiennent au-dessus du pair. Voyez Journal de statistique suisse, 1 806, p. 53.
moderne, et le droit de jouissance sur la marche commune améliorer le sort de l’ouvrier des grandes manufactures. Glaris n’est pas, comme Uri et Unlerwalden, un canton uniquement pastoral; c’est un des districts de l’Europe où l’industrie occupe relativement le plus de bras. Sur 30,n00 habitants, 10,000 en vivent directement, et presque tous les autres indirectement. Or, grâce aux communaux, les travailleurs usagers obtiennent ici, de plein droit et sans rétribution, ce que les sociétés pour la construction de maisons ouvrières â Mulhouse procurent à leurs locataires pour de l'argent : la jouissance d’un jardin potager. Il y a en outre cette différence qu’à Mulhouse c’est un jardinet de quelques mètres carrés, et à Glaris un champ pour la culture des pommes de terre, des légumes et des fruits. Presque toutes les familles usagères peuvent entretenir une vache, tout au moins des chèvres; elles ont leur maison et ne fiaient que peu ou points d'impôts. Les dépenses du service public sont couvertes par le revenu de propriétés affectées à cet usage. L’école, l’église, le bureau de bienfaisance, ont des alpes, des bois, des terres, dont le produit suffit à leur entretien.
Quelle différence entre le sort d’un ouvrier de Manchester, vivant dans un air assombri par la fumée du charbon, n'avant pour se loger qu’une chambre sale dans une ruelle infecte et pour distraction presque unique que le gin palace , le palais de l'alcool; et d’autre part, le sort d’un usager suisse, respirant un air pur dans cette admirable vallée de la Linth, au pied des neiges immaculées du Glarnisch, soumis aux influences salutaires d’une magnillque nature, bien logé, faisant valoir son champ, dont il jouit en vertu de son droit inaliénable et naturel de propriété, récoltant une partie de sa nourriture, attaché au sol qu’il possède, à la commune dont il règle l'administration, au canton dont il vole directement les lois dans l'assemblée do fa Law/esijeweinile, se sentant uni à ses co-usagers par les liens d’une possession collective et à ses concitoyens par l’exercice en commun des mêmes droits!
La triste condition de l'ouvrier anglais engendre dans son âme la haine de l’ordre social, de son maître et du capital, et par suite l'esprit de révolte. L’ouvrier suisse, jouissant de tous les droits naturels à l'homme, ne peut s'insurger contre un ré-
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giine qui lui assure les plus réels avantages, et que ses votes contribuent à maintenir. Ici, la belle devise de la [{.évolution française, liberté, égalité, fraternité, n’est pas une vaine formule inscrite sur les murs des monuments publics La liberté est complète et elle existe depuis les temps les plus reculés; l'égalité est un fait que toutes les lois consacrent; la fraternité n'est pas un pur sentiment : elle s’est incarnée en des institutions qui font des habitants d'une commune les membres d'une même famille prenant part, à titre égal, au patrimoine héréditaire.
L'n troisième type de jouissance usagère se rencontre dans le Valais. Là se retrouvent encore, dans toute leur simplicité louchante, les relations fraternelles de l'époque patriarcale. Presque toutes les communes ont des biens assez étendus, consistant en forêts, en al.ies, en vignes et terres à blé. Comme dans Uri, la jouissance des alpes est pour ainsi dire une dépendance des propriétés privées, en ce sens que le nombre des têtes de bétail que chacun peut envoyer sur le pâturage commun dépend de ce qu'il peut en entretenir l'hiver; mais le bois est divisé en portions qui sont tirées au sort entre les usagers. Des réglements très minutieux règlent maintenant l’exploitation des forets, et Y Union forestière suisse y a fait prévaloir ses idées. 11 était temps, car le Valais a dévasté ses forêts de la façon la plus désastreuse. Presque toutes les gorges qui débouchent dans la vallée du Rhône sont affreusement déboisées, et en conséquence dénudées et ravagées par les eaux de pluie et les torrents.
Les vignobles communaux sont exploités en commun. Chaque usager y consacre le même nombre de jours de travail jusqu'à ce que le vin soit mis en cave. Dans différentes localités, il existe aussi des terres à blé qui sont mises en valeur de la même façon. Une partie des revenus des capitaux communaux est consacrée à acheter du fromage. Ce vin et ce pain, fraternellement récoltés par les soins de tous, forment la base des banquets auxquels assistent tous les usagers, Gemeindelrinkel. Ce sont exactement les repas communs de Sparte et de la Crète ou les agapes des premiers chrétiens, avec le fruit de la vigne et du froment. Ces repas, où règne une cordialité qu’anime le vin généreux du Valais, entretiennent une véritable intimité fraternelle parmi les habitants. Souvent les femmes y assistent et ino-