IV
Total
La grandeur moyenne d'un lot est donc d’environ un hectare. En 1871, U y avait 817 familles, de sorte que presque toutes avaientdroil à un lot de terre, tant que leur nombre ne s'accroissait pas par suite de nouveaux mariages. En vertu d’une loi forestière de 178(5 encore en vigueur, chaque famillede bourgeois obtenait près de U mètres cubes de bois à brûler. Autrefois, les bourgeois recevaient également tout le bois de construction dont ils avaient besoin. Le gouvernement s’est affranchi de cette servitude, en payant une indemnité de 500 florins aux bourgeois dans la nécessité de bâtir. C'est pourquoi on ne rencontre nulle part d’aussi belles construction® de tous genres que dans la commune de Biernheim. Un y récolte beaucoup de tabac, de pommes de terre et de céréales. La plupart des bourgeois cultivent eux-mémes leurs allmenden ; les plus âgés les louent à raison de 300 à 375 marks et vivent de ce revenu, ou les donnent â leurs enfants comme une espèce de dot. Si les parents vivent longtemps, les enfants eux-mêmes ont droit aux allmenden. Il est regrettable que les lots des différentes classes soient de dimensions si peu égales. Ainsi en passant de la seconde à la première classe, les bourgeois déjà âgés voient leur culture s’agrandir de 7 arpents, ce qui nécessite un changement complet dans le mode de culture chez les petits propriétaires. 11 s'établit cependant un certain équilibre, parce que les jeunes bourgeois jouissent souvent d'une partie des allmenden de leurs parents.
Les communes usent de leur droit d’exiger une redevance des résidents qui veulent obtenir la jouissance des allmenden, quand celles-ci ont une certaine importance; cependant cette taxe ne E. nr. I.avurvü. 14
s’élève jamais à cinq foisle produit moyen annuel. A Biernheim, la redevance est de 514 marks pour les nouveaux venus qui doivent renoncera leurs lots de bois pétulant dix ans. A Heppenheim, le nouvel arrivant paye 230 florins et 30 florins pour chacun de ses fils s'il a plus de cinquante ans. Il peut aussi en renonçant pendant quatre ans à ses jouissances, entrer en possession du droit de bourgeoisie sans bourse délier.
Le système des allmenden suppose que celles-ci sont exploitées pa’r leurs possesseurs. Si l’on permettait de les louer, cela encouragerait la paresse, l’ivrognerie, etc. Quand la commune a nfl'aire à des paresseux incorrigibles, elle leur retire leurs al I— menden, vend leurs lots de bois et les entretient dans des maisons de travail ou chez des particuliers du revenu ainsi obtenu.
A Zwingenbcrg on a établi dernièrement le règlement suivant : la commune est autorisée à louer A son profit les allmenden des bourgeois : 1° quand ils ne payent pas les redevances imposées; 2° lorsqu'il sont tombés à la charge de la commune et en tant que la collation de ces allmenden suffit il couvrir les frais qu'ils nécessitent. Dans les deux cas, toute location antérieure est non avenue.
L’étendue des allmenden diffère beaucoup dans les différentes régions de la Hesse; on les rencontre surtout dans la province de Starkenburg et IA, c'est dans la plaine du Hhin qu’elles ont le plus d’importance. Dan* la liesse rhénane, sous l’influence des lois françaises, les allmenden ont été partagées ou aliénée» fi la fin du siècle dernier ou au commencement de celui -ci. Dans la Hesse supérieure, district de Vogelsberg, on rencontre de grands pâturages communs, et par-ci par-là des lots de prairie ou de terre arable sont partagés entre les habitants. Dans le district de Welterau les jouissances communes se bornent à des jardins potagers généralement concédés aux indigents.
Dans la Franconie inférieure et moyenne, on trouve quelques localités pourvues d'allmenden, surtout dans le Sleigeiwald. A Ansbach' chaque propriétaire de maison obtenait encore, en 1818, des jouissances de pâturage et de forêt d’une valeur de 100 florins. A üeisenheim, sur le Hhin, en 1811, chaque bourgeois jouissait, sa vie durant, d’un certain terrain, lequel à
I. D'après uu écrit Der Armenvaler (Ansbach, ISiS), par Mackeldey, p. 37.
sa mort revenait à la commune, qui le donnait au plus âgé des survivants'. On trouve encore cette institution dans un grand nombre d’autres localités du Nassau, telles qu’à Eppenrod, Endlichhofen et Dickschied. A Orlen, près AViesbaden*, plus de la moitié des terres appartient à la commune. Une partie de ces terres est repartie entre les bourgeois, une autre est louée et le reste est laissé en friche comme pâturage à moutons.
Dans l'ancien électorat de Hesse, en beaucoup de localités, les jouissances consistent non seulement en lots de bois, mais aussi en parts de terre concédées à vie aux bourgeois, et l’ensemble de ces jouissances est appelé « une part communale ». Dans le cercle de Schmalkaldcn, on partage aussi des terres entre les bourgeois, surtout des lots de prairie appelés Loswiescn. Dans les communes aujourd'hui prussienne-, il y en a aussi qui sont pourvues d'allmenden, telles que Kusen, Jloh, Seligenlhal, llerges, etc.
Le système des allmenden est donc très répandu dans toute l'Allemagne, mais il n’a atteint son entier développement que dans le sud-ouest, où le gouvernement u laissé agir l'esprit communal, sans en entraver l’action et l’autonomie. L'importance des allmenden est très grande, au point de vue social, et sous le rapport de l'agriculture, de l’économie politique et du gouvernement. La possession d’un domaine permet de créer des établissements publics qu'on ne peut espérer là où les revenus des communes proviennent uniquement de l’impôt : elles peuvent facilement ouvrir des routes, construire des écoles, des ponts et des puits, en dépensant un revenu considérable obtenu par les redevances des terres qu’elles concèdent à leurs administrés, tandis que les particuliers ne pourraient entreprendre des
l. Annales ( Jahrtücher ) de la Société d'agriculture du Nassau, XIII, !43.
î. Voici un dicton connu dans ccs contrées: « Si nn habitant d'Orten se marie dans son village, c’est un homme riche; s'il s'établit an dehors, c’est un pauvre hère «(parce qu’il ne peut pas jouir de scs droits sans résidor à Orlen). En I H7 7 , il y avait soixante-cinq bourgeois jouissant îles 701 arpcols dont so composait le domaine communal. Dans la commune de Eschbach i4 y avait encore récemment, 5n lots de prairie appelés Italien (V. Maurer. Markenverfnsittng p. M) appartenant à la commune et qui étaient distribués en jouissance temporaire aux jeunes bourgeois. Lors de l’arrivée a i droit de joui-saiice d’un bourgeois, je plus âgé devait lui céder sa part. Le bourgmestre lut même jouissait de ce droit. Maintenant, ces terrains sont loués au prolit de la caisse communale.
travaux aussi importants. Les décisions de la commune sont toujours acceptées, parce qu’elles émanent de tous les bourgeois réunis. De plus, les terres appartenant aux communes permettent l'introduction de cultures nouvelles et perfectionnées qui souvent ne sont que diflicilement adoptées là où personne ne les essaye, parce que leurs résultats sont incertains.
Il est inutile de démontrer combien il est préférable de soutenir les familles pauvres, en leur procurant le moyen de s’entretenir par leur travail personnel, plutôt que par l'aumône. Lorsque la commune exploite elle-même certaines terres, elle procure de l'ouvrage aux journaliers inoccupés. Les bourgeois incapables de travailler sont entretenus par des familles n’ayant pas droit aux allmcnden et elles jouissent ainsi indirectement des prérogatives des bourgeois. Enfin les allmcnden unissent l'intérêt général à celui des particuliers et donnent ainsi lieu à une activité politique salutaire, parce que les bourgeois savent que leur bien-être dépend de la bonne administration de la commune.
Les allmenden assurent aux faibles un moyen d’existence, en les mettant à l'abri des hausses de prix résultant de la concurrence. Elles diminuent ainsi la distance entre riches et pauvres; elles ne favorisent le luxe chez personne; elles ne sont pas non plus pour les pauvres une aumône qui encourage la paresse; au contraire, elles les forcent ù travailler; elles mettent les vieillards à l’abri du besoin. Qu'on nous permette de développer ce dernier point.
Il a souvent été constaté, par tous ceux qui connaissent la vie privée des paysans, que sur dix pères de famille, il y en a neuf dont les enfants les payent d'ingratitude. Lorsque les vieillards ne peuvent plus travailler, et qu’ils ont donné leurs champs et leurs fermes à leurs fils ou à leurs gendres, ils sont réduits souvent à vivre de privations. On leur laisse voir à tout propos qu’ils sont à charge, surtout lorsqu’ils se sont dessaisis de tout leur bien. Là où les allmcnden existent, on ne connaît pas celle situation pénible des vieillards. Les enfants rivalisent de soins à l’égard de leurs parents âgés; chacun d’eux veille à leur bien-être avec amour, jusqu'à leur mort, et s’efforce de leur rendre agréables les dernières années de leur vie, car plus celle-ci se prolonge, plus longtemps peuvent-ils jouir de leurs
allnienden. On appelle le docteur au moindre dérangement des vieux parents; tandis qu'un paysan ne se résout à celle mesure qu'à la dernière extrémité lorsque lui, sa femme ou ses enfants deviennent malades1. Ici encore l'allmend devient, comme le disent les paysan-, Yaliment qui soutient ceux qui sont sans fortune, ainsi que ceux qui n'ont plus la force de travailler.
Les règlements qui assurent aux bourgeois âgés les plus grands lots des terres de l'allincnd sont très utiles sous ce rapport. L'accroissement graduel de l’étendue des parts d'allmend en raison de l'âge présente encore d’autres avantages. Les bourgeois pauvres, qui commencent par cultiver un lot de petite dimension, ne se trouvent pas brusquement obligés d’exploiter un grand terrain pour lequel ils ne possèdent encore ni les in-truments aratoires, ni le fumier, ni les chevaux nécessaires. Voici ce qui se passe le plus souvent : les premières années après son mariage, le bourgeois ne reçoit qu’un lot de bois suffisant à peine a ses besoins; pendant l’été il est employé par les grands cultivateurs; l'hiver il trouve de l’ouvrage dans les forêts communales, dans l’entretien des roules, etc. Il loue quelquefois un petit lopin de terre pour y cultiver ses pommes de terre et ses légumes, ou il le possède en propre, soit comme dot de sa femme, soit qu’il fait hérité de ses parents. Bientôt arrive le moment où il reçoit un lot de l’allmend, puis une prairie. Au lieu d'une chèvre, il peut maintenant entretenir une vache; ses enfants, en grandissant, l’aident dans son travail. 11 plante parfois un champ de tabac qui nécessite de grands soins, mais qui rapporte beaucoup. Les bourgeois et les journaliers des communes de l’Allemagne méridionale peuvent ainsi se créer un petit revenu et, entourés de leurs enfants, ils voient venir sans crainte la vieillesse; tandis que les ouvriers de fabrique Agés ne sont qu’à moitié nourris par les caisses de retraite des établissements dans lesquels ils ont travaillé et n’ont d’autres ressources que l'hospice de vieillards, quand il y en a.
L'émigration croissante et si regrettable des paysans vers les districts où se trouvent des fabriques multiplie les existences précaires et prive la terre des travailleurs dont elle a
I. L’auteur a entendu dire par les médecins eux-mèmes, que uulle part tes vieux parents ne sont aussi bien soignés que dans les localités pourvues d'alloienden.
U PROPRIÉTÉ PRIMITIVE
besoin. Cetle tendance se manifeste dans les contrées où l'ouvrier n'a d'autres ressources que ses bras, et où tout le sol étant possédé par les riches, il lui est impossible de se procurer quelque propriété personnelle, bien plus que dans les contrées pourvues d’allmenden. On a reproché au système de l'allmend qu’il forçait une quantité d’individus de métiers différents à s’occuper d'agriculture, et tendait ainsi à diminuer la production du sol et de l’industrie, ce qui portait atteinte au principe de la division du travail. Celte accusation serait fondée si les allmendcn étaient assez importantes pour transformer en cultivateurs ceux qui en jouissent. Mais cela n’est pas le cas en général, et ceux qui connaissent la situation sociale des districts où la propriété est très morcelée, devront admettre qu'il serait très avantageux pour la bonne moitié des journaliers de posséder un petit lot de terre à exploiter et qu'il faudrait créer des allmenden là où il n’en n’existe pas encore.
Lorsque toutes les terres d’une localité sont propriété particulière, il est difficile aux ouvriers de se procurer, sauf à haut prix, le lopin nécessaire à la culture de leurs pommes de terre et de leurs légumes, et pourtant ils forment une classe nombreuse et très importante au point de vue social1.
On a même prétendu que les lots d’allmend étaient mal cultivés, et que le système de transfert des lots d’un propriétaire à l’autre encourageait la culture épuisante (fiaubcultiir).
Cette accusation est aussi peu fondée que la précédente 5. En
1. Comparez les Annales du Wurtemberg (Wurtemb. jahrbilcher) 1800, t. 11, p. 18 et suiv.
2. L’auteur a obtenu sur place de3 renseignements précieux concernant la culture des allmenden. Les opinions différent d’après la position sociale des personnes qui les émettent. Le plus souvent, ou était étonné de voir que l’on pût s'attendre à trouver une différence sous ce rapport entre les allmenden et les biens persouuels. Il faut rendre textuellement la réponse d'un maire badois. « Celui qui ne met rien (pas de fumier) sur sa terre ne doit rien eu espérer; du reste, même les propriétaires particuliers ne peuvent emporter leurs biens dans l’autre vie. •• M. Metzel, conseiller à Gerusbeim, a donné en 18j7 une description de la niarlce de Gerusbeim dans la Itevue des Sociétés agricoles du grand-duché de liesse [/.eitsrhei l far die l.undvereine des G. II. Hesse] qui est très complète et qu'on peut recommander à tous ceux qui étudient la situation agraire et sociale des grandes communes pourvues d'ullmcnden. Voici ce qu’il dit : » Comme il n’y a ici que peu de propriétaires fonciers, co sont tes allmenden qui fournissent leur subsistance aux habitants, surtout à la classe rnoius aisée. Ces alhnendeu sont admirablement cultivées et fumées; et il existe uu réglement sur la culture
général, les ailmenden de l'Allemagne méridionale ne diffèrent aucunement des propriétés privées, surtout là oit elles sont données à vie et où les règlements locaux spécifient les fumures, la culture et les indemnités à donner à ceux qui doivent restituer leurs lots. Là où les tirages au sort périodiques à courte échéance sont encore en vigueur, la culture des ailmenden laisse certainement beaucoup à désirer; mais cet état de choses est aboli presque partout. Quand il s’agit de grandes améliorations, les ailmenden ont encore le pas sur les propriétés particulières. La commune peut intervenir ici avec des capitaux importants, comme nous l'avons dit plus haut; les frais sont couverts facilement par une petite élévation des redevances sur les ailmenden, et cette surtaxe est payée d'autant plus volontiers que l'accroissement du produit est plus notable; ces améliorations servent d’exemple aux propriétaires privés. La location au plus offrant, soit pour un long terme, soit à vie, qui a lieu dans la plupart des communes du Wurtemberg n'était pas aussi favorable au bien-être général, que la concession à vie des allmenden à tous les bourgeois indistinctement.
On signale encore d'autres inconvénients au système de l'allmend : Tes mariages précoces, la tendance des bourgeois à rester attachés à la glèbe, leur répugnance à entrer dans un métier qui leur rapporterait plus. Nous ignorons jusqu'à quel point ces accusations sont fondées. Mais si l’on veut abolir les allnienden à cause des mariages précoces, on pourrait aussi demander à détruire toutes les fabriques, sous prétexte que les femmes et les enfants y font un travail au-dessus de leur force et de leur âge. lit quelle est l'institution humaine qui soit parfaite?
La statistique ne signale aucune augmentation exceptionnelle de la population dans les districts à ailmenden. Quant à ceux qui se sentent le goût et les forces nécessaires pour obtenir une place dans l'industrie ou dans une fonction libérale, ce ne sera certes pas la jouissance au plus d’une couple d’hectares qui les retiendra dans leur village ou dans leur ville natale. Et si les plus faibles se sentent peu attirés à quitter leur pays pour chercher ailleurs une existence incertaine, n'est-il pas heureux qu'ils
qui tait partie «les règlements locaux ». Voir aussi Kuaus, Tub. Zcilsehr. I, p. 4*5 et suiv. où il aitmirc aussi l'excellente culture des ailmenden daus toute la Hesse.
soient satisfaits de la vie simple que la culture du sol leur assure? Tous ceux qui s’occupent de questions sociales doivent constater avec satisfaction l'effet d'une institution qui éloigne des grandes villes la masse des prolétaires.
Jusqu’ici les allmenden ont été tolérées souvent de mauvaise grâce, mais elles ont pourtant été la source de bienfaits sans nombre, peut-être parce qu’elles combattaient le principe de la liberté absolue de l’homme et de la sainte propriété privée. Nos manuels d’économie politique leur réservent à peine une mention comme à une espèce « de curiosité surannée ». Kspérons qu’à l’avenir la science sociale, s'appuyant sur des bases historiques, et soucieuse du bien-être futur des populations, leur accordera une place d’honneur.