CHAPITRE XI
LA M A H K E EN NÉERLANDE
Dans la région sablonneuse de la Néerlandc, la Marke germanique subsiste encore, surtout dans la Drenthe, domaine de chasse des empereurs d’Allemagne, donné par Othon le Grand à l’évèque d’Utrecht, en 943. Entourée de toutes parts de marais et de tourbières, cette province formait comme une lie de sables et de bruyères, où s'étaient conservées intactes les coutumes des aïeux. On y retrouve, même de nos jours, l’antique organisation de la marche saxonne, la saxena marka, dont on reconnaît également les traces dans le district du Westerwolde en Groningue, dans l'Over-Yssel, dans le pays de Zutphen, dans la Veluwc et jusque dans le Gooiland, aux portes d’Amsterdam, c’est-à-dire dans toutes les parties de la région sablonneuse du diluvium que les Saxons occupèrent vers le iv* siècle
La marke était tout le territoire appartenant à la tribu ou à un groupe de familles dans la tribu. Elle comprenait le bois, la plaine et les champs (het houd, het weld en de essch). Le nom de marke (marche) s’appliquait aussi aux vastes terrains vagues qui entouraient les terres cultivées, et qui formaient une lisière inhabitée destinée à servir de frontière s. L’origine de la marke se perd dans l’obscurité des temps antéhistoriques. Quand nous pouvons la saisir dans les provinces saxonnes des Pays- Bas, la propriété individuelle a déjà empiété sur la commu-
]. Voyez mon Économie rurale de la Nier lande, t! est singulier que le» auteurs allemands se soient si peu occupé» des Markes néerlandaises, qui offrent cependant une source précieuse d'informations sur l'ancien régime agraire des Germains.
2. Civilatibus maxima laus est, quam lalissimas circum se, vastatis (Imbus, solitudines habere... Hoc se fore tutinres arhitrantur, repentinœ incursionis timoré snhlato (César, de ftello na/tieo, vi, 23).
E. de Laveleye- ii>
nauté primitive, et depuis lors jusqu’il nos jours, l'organisation n’a plus guère changé. Une part dans la marke s'appelait whare' , et ceux qui possédaient des wharen portaient le nom d ’erfgenamen , héritiers, c'est-à-dire participants à l’héritage social. Les possesseurs d’une whare, les gewaarde-mnrkgenoten, avaient le droit d’envoyer paître leurs troupeaux sur la bruyère de la marke et d’y couper des mottes pour la litière de leur bétail et pour leur chauffage.
Un lot dans la marke, part de la propriété collective, n'élait pas transmissible autrefois par vente ou donation ; mais, de nos jours, les tribunaux ont décidé qu’elle peut s’aliéner comme tout droit immobilier, et quand, pour sortir d'indivision, on vient à vendre les marches, le produit est partagé entre les copropriétaires d’après le nombre de wharen ou paris qu’ils y possèdent. Gel antique régime, qui avait embrassé jadis tout le territoire, comprenait encore en 1828, dans la Drenthe seule, lit! marke n ou 129,398 hectares, c'est-à-dire environ la moitié de la province. Un 1800, il ne restait plus que 43 marken comprenant 32,093 hectares; mais, même après le partage, presque tout le territoire des anciennes marken reste soumis au pâturage commun, et iü p. 100 de la superficie totale est demeurée inculte. II est intéressant de retrouver encore intacte une antique institution rurale bien antérieure à la commune’, à la paroisse même, et qui, remontant au temps où les Germains adoraient Thor et Wuodan, a résisté également au régime féodal et à la centralisation moderne, et continue à durer, malgré les textes du Code civil, de même qu’on voit en Italie saillir, sous les monuments modernes, les puissantes et indestructibles assises des substruclions cyclopéennes.
Jadis les cohéritiers de la marke se réunissaient une fois l’an, à la Saint-Pierre, en assemblée générale, holting. Ils y paraissaient en armes, comme les Suisses à la landsgemeinde, et nul, sous peine d'amende, ne pouvait se dispenser d’y assister. On y réglait tous les détails de la jouissance de la propriété commune, on arrêtait les travaux à faire, on prononçait les peines
I. Voyez aussi Maurer, Gcschichte der Mai kenverfassung, p. 50.
î. Dans des communes de création relativement récente, il y avait plusieurs marken. La commune de Westerbork eu contenait neuf, celle de Rulde ueuf, celle do Beilen douze, et ces douze marken avaient une contenance de plus de 10,000 hectares.
LA MARKE EN NÉERLANDE
pécuniaires pour violation des règlements, et on nommait ceux qui étaient chargés du pouvoir exécutif, le markenrigter et ses assesseurs. Le markenrigter, c’est-à-dire le chef de la marke, s'appelait aussi markgraaf, comte de la marke, littéralement marquis, qui, comme le comte de la digue, le dgkgraaf , veillait à la défense des intérêts communs. Il est facile de reconnaître dans ces associations naturelles, fondées sur la possession en commun de la terre, tous les éléments du régime représentatif et ces habitudes innées de self-government qui transportées au delà des mers par les descendants de cette même race saxonne, partie jadis de la région sablonneuse de la Néerlande, ont donné naissance aux communes, aux comtés, aux États de l’Amérique du nord et de l’Autralie.
Les traits essentiels de l’organisation de la marke subsistent encore de nos jours; elle forme une petite administration qui remplace, à bien des égards, la commune, qui veille à l’écoulement des eaux, à l’entretien des voies de communication, à la mise en valeur des terrains indivis, et qui élit ceux qu’elle charge d'exécuter ses décisions. Seulement ce ne sont plus des guerriers armés qui se réunissent au holting, après avoir sacrilié à Wuoden, mais de paisibles propriétaires, de paciliques cullivaleurs qui s’assemblent après avoir fait, à frais communs, un bon dîner. Le tertre où se réunissait le holting, le Malenpol, est encore visible dans le Heldermalenveld et au Spoolderberg près de Zwolle.
Lorsqu’on parcourt les vastes plaines de la Drenthe ou de l’Over-Yssel, on voit s’élever de temps en temps, au-dessus du niveau de la bruyère, un grand champ arrondi, d’ordinaire couvert d'une belle récolte de seigle. C’est la partie de la marche consacrée à la culture, Yessch, dont le nom provient d’une ancienne racine qui a donné esca au latin et essen manger à l’allemand, et qui désigne ici la terre d'où les populations tirent leur nourriture. LVîjcA était autrefois le fonds commun où chaque cohéritier de la marke recevait annuellement sa part à cultiver, ainsi que l’indiquent si nettement Tacite et César '. Pendant le
I. Neque quisquam agri niodum certain aut fines hatient prnprios; sed magistrales ac principes in annos singulos geutibus cognationibusqut bominmn, qui uua coierunt, quantum et quotoco visum est, agri attribuuut atque anuo post afin transire cogunt (C.csar, de Betlo gatlico, lib. vi, 2").
moyen Age, ces parts sont entrées peu à peu dans le domaine privé; mais la propriété individuelle est encore loin d'étre dégagée des entraves de la communauté primitive, car tous les anciens usages de la culture en commun continuent à subsister. ij'essc/i est divisé en une multitude de parcelles; seulement, comme il n’y a point de chemin qui traverse ce vaste champ cultivé, ces parcelles sont sans issue aussi longtemps que la récolte est sur pied, et rien ne les limite, sauf quatre gros blocs de granit erratique fixés en terre aux quatre coins. 11 résulte de cette disposition qu'elles doivent toutes être emblavées des mêmes grains, labourées, semées, moissonnées en même temps; car si un propriétaire voulait mettre, par exception, une céréale de printemps quand ses voisins ont adopté une céréale d’hiver, il ne pourrait faire les labours et les charriages de l'engrais sans occasionner de notables dommages qu’il devrait payer, et qui lui attireraient l'inimitié de tous.
La rotation triennale est encore généralement suivie; le champ est divisé en trois parties : le winler-esscfi, où l’on met le seigle d'hiver, le zomer-essch, où l'on sème du seigle d'été, et le braek-esseh , qui restait en jachère autrefois, mais où l’on cultive maintenant du sarrasin. Le corps collectif des exploitants s'appelle de boer, c’est-à-dire le paysan. Ils se réunissent en assemblée plénière ( hngrspraak ), en plein air sous de grands chênes séculaires, ou bien dans une espèce d'amphithéâtre en gazon, nu centre duquel subsiste encore parfois l'antique pierre des sacrifices. Le cultivateur qui entretient le taureau communal conserve aussi le cor ou plutôt la corne qui appelle les habitants à l’assemblée, et qui donne le signal des divers travaux à exécuter dans les champs.
Lorsque tous les intéressés sont réunis, on délibère et on fixe l’époque des labours, des semailles et des moissons. C’est aussi l'assemblée qui choisit les quatre volmagten chargés du pouvoir exécutif, avec celte réserve toute démocratique cependant que les kotlers, c'est-à-dire les simples ouvrier* habitant une cabane, les eoltiers anglais, en nomment deux, et que les boeren, les cultivateurs ayant des chevaux, nomment les deux autres. Quand vient le jour fixé pour la moisson, la corne sonne dès l'aube, et chacun se met au travail; mais le soir, après le signal de la retraite, il est défendu, sous peine d'amende, de
LA MARKE EN NÉERLANDE
continuer & couper le grain. Les gerbes faites, chacun est tenu île les disposer par huit, en kokken, afin de les faire sécher et de les préserver le plus possible de la pluie. Le jour de la rentrée de la moisson est aussi arrêté, après délibération en commua : de joyeux repas et de copieuses libations célèbrent celle heureuse journée, qui assure aux cultivateurs la récompense de leurs rudes travaux.
La terre alors est livrée tout entière à la vaine pâture : on y mène d’abord les vaches, puis les moutons, après quoi on retourne légèrement la superficie du sol, qui se couvre aussitôt d'oseille sauvage ( rumex acetusella), que les Hollandais appellent avec raison schapsurkel (oseille de mouton), car cette plante est une excellente nourriture pour l’espèce ovine, qui s’en montre très avide. Quand on voit pour la première fois les es$ chen de la Urentlie tout rougis de la masse innombrable de ces fleurs microscopiques, on ne sait à quoi attribuer cette teinte singulière, car on ne s’attend pas à voir cultiver â dessein une mauvaise herbe, considérée partout ailleurs comme un 11 ni, La nuit, les moutons sont parqués sur les champs, et l'on croit, en Hollande, pouvoir démontrer que c'est ici qu'est née cette pratique dont l’agriculture anglaise a su tirer un si grand parti. Chaque cultivateur doit fournir des clôtures à proportion des moutons qu'il possède. Le droit de vaine pâture sur les chaumes s'appelle le klauwengang; il est généralement en usage. Pour préserver l’esscA de l'atteinte du bétail pendant que la moisson est encore sur pied, on l'entoure d’une sorte de mur en mottes de bruyères précédé d’u i fosse, le essch-wal. Chacun est forcé de travailler à l'entretien de ce rempart le jour fixé par l’assemblée, et quiconque est en retard de plus d'une demi-heure, après que la corne a appelé les travailleurs à l'ouvrage, doit payer quatre sous d'amende
A quelque distance de l'ejscA, on rencontre le village. Les maisons, bien construites et admirablement entretenues, sont rangée^ autour d'une vaste place, le brink, et elles élèvent leurs pignons blanchis, sous l’ombre de vieux chênes, dont les dômes
I. Sur tout ce qui concerne le» esschen et principalement la mark e, on trouve uu grand nombre de publication». Parmi le» écrit» que j’ai pu consulter, ceux qui ui'out été le plus utiles sont : Disputatio de esds drcnthinii, nuctore J Tondions, et llet mule r*gt en buishnudebjke bestur der mark} Woolde in Twenlhe dour B. W. A. Stoet tôt Uldlauis.
majestueux font rêver aux grandes forêts de Teutsch, où les Germains aimaient à Gxer leurs demeures.
11 existe encore, en Néerlande, quelques forêts possédées en commun, qui sont les débris d’anciennes marches forestières. Les principales forêts communes de la Veluwe sont : Le Hoogsoerenschbosch, l’Uddelerheegde (492 hect.), l’Elspelerbosch (300 hect.), le Gorlelschebosch (800 hect.), le Pulterbosch (360 hect.) ; le Spielderbosch (385 hect.), le Speulderbosch (923 hect.); le Meervelderbosch (700 hect.); le Vierhouterbosch (334) hect.) est maintenant propriété particulière. Ces forêts son! peuplées de futaie sur taillis. Les essences de la futaie sont le hêtre, les deux espèces de chênes du pays ( quercvs robur et petiolatus ) et le pin sylvestre. Mais on ne laisse pas atteindre à ces arbres un bien grand développement, car on les coupe à l'Age de cinquante ou cinquante-cinq ans. Les jeunes arbres se ressèment et l’on respecte tous ceux qui n’ont pas atteint la grosseur voulue. Pour le repeuplement on se confie à la nature : on plante rarement de nouveaux sujets. Le taillis est coupé tous les onze ans. Il a de la valeur, parce qu’il contient beaucoup de chênes, dont l'écorce se vend à bon prix. Les habitants de la commune ont le droit de ramasser dans les forêts le bois mort, les feuilles et les aiguilles des conifères.
Le produit de ces forêts n’est pas très élevé. Le Pullerbosch de 1833 à 1863 a produit brut 4 4,283 florins, ce qui fait en moyenne 4,823 florins par an ou à peu près 1 1 florins par hectare.
Une part dans le Spielderbosch, soit un trentième, a rapporté, année moyenne, depuis dix ans, en bois 87 fl. 20 et en argent 16 11. 33 c., au total 123 fl. 33 c., ce qui fait moins de 7 florins par hectare. Une de ces parts se vendait, il y a quelques années, 2,000 florins, mais maintenant à cause de la cherté du bois on en demande bien davantage*. En 1864, une part
1. Cette valeur était relativement déjà grande au moyen âge. Il est probable qu'à celte époque ces forêts contenaient de vieux chênes. — Voici un extrait du registre du Putterbosch, qui montre qu'une part dans celte forêt valait, en 1597, 100 florins, et une part dans le Spielderbosch 400 florins. — « O ‘ den 3 february 1579 is t»j de maalen l'an l'ultra en Spielderbosch eendraglelyk beslolen en overgegeven van nu voortaan onderhoUlcn le si illeti uiorden, dat die gemeene maalen van Pullerbosch ieder hoeve halls die aen geen maelman tvesende verkoft Word toi profyt der bosch aan sig te mogen hoblen vocr een honderl gulden ad winlig stuyver hel sluk , ende die maalen van Spieblcrbosch voor vier honderl gulden. »
LA MARKE EN NÊERI.ANDE
dans le Speulderbosch a rapporté 155 florins, et une part de l'Elspeterbosch 90 florins. La première de ces parts est estimée 3,600 florins, la seconde 2,200 florins.
Le taillis de chêne à écorcer ( akkermaalshout ), âgé de dix ans, se vend environ 200 florins l’hectare, ce qui donne un produit annuel de 20 florins. Dans la Drenlhc et dans l’Overyssel, ce genre de taillis se vend 500 florins l’hectare après dix ans, ce qui fait un revenu annuel de plus de 100 francs, mais dans ces régions leR débouchés sont plus grands que dans laVeluwe.
Les bois communs de la Vcluwe sont divisés en parts qui sont plus ou moins nombreuses et portent différents noms.
La propriété du Gorlelschehosch est partagée en 60 parts appelées malen. D’après Haasloop Werner, on abat tous les ans environ 6,000 arbres qui sont répartis entre les co-propriétaires.
Le Pulterbosch est divisé en 53 parts ( andeelen ), dont 6 appartiennent h la forêt elle-même considérée comme personne civile.
Le Spielderbosch compte il parts nommées hoeven, dont li apparlienennl au bois; le Speulderbosch, 120 parts (dee- /ingen\ dont 58 1/2 appartiennent à la forêt; l'KIspelerbosch 51 parts, appartenant à 25 co-propriétaires, et l’Uddelerheegde
I 20 parts, possédées par 29 personnes. Les parts qui appartiennent A la forêt sont vendues et le produit, déduction faite des frais de replanlalion, surveillance, etc., est réparti entre les co-propriétaires.
Les co-propriétaires ( maalmannen ) avant de prendre part à l'assemblée générale ( maalspraak ) devaient prononcer un serment, dont l'antique formule est encore conservée dans les registre du Gorlelschehosch, prés Epe '. A Pulten on possède un ancien registre du Pullerboch qui commence avec l’année 1 118.
II y est fait mention de livres plus anciens qui se seront perdus; il n’en est pas moins démontré ainsi que cette forêt avait
I. Voici le texte de ce serment qui rappelle, tant par la langue que par son esprit, le» anciennes tradilious de la Germanie : Den eedt der malen. — Ick love en tekere dut ick den bus mit al sijn nnkleoen en reqten en gereg tigheden sa I liol I tnile tmuwe weten, syn reqten to scutten und bestal voer le kèeren. ende niet en sa I nog om vrienden nog om mngen versurgen nog argtist nog om 1-edt dal onse but mag schadelick wesen. — So waerlick bel j/e my Oodl!
des coutumes écrites dès le milieu du moyen âge. M. fi. A. de Mecsler a publié dans un travail intitulé : Aanteekeningen omirent een pnar oude Veluwscfie bosschen (Arnhein, 1850), l'acte par lequel Folkerus faisait don, en l’an 855, à l'abbaye de Werden, conformément aux lois saliques et frisonnes, du bois ( saltus ) de Uunnilo, de la forêt (silva) de Hornlo, de 25 parts (scharen) dans le Putterboseh, de 60 parts dans le bois d'Ermelo et des forêts de Burlo, Dalbonlo, VVardlo, Orclo, Legurlo, Oltarloun et Langlo.
Le comité administratif du Putterbosch est composé de deux holtrigters et d'un gecommitteerde. Ce comité, nommé par les co-propriétaires ( maalmannen ), administre la forêt et préside à l'opération du partage des produits. Dans la partie de la forêt deslinée à être coupée, on fait aulant de parts égales qu’il y a de co-propriétaires, puis on les distribue par un tirage au sort.
La nature de la propriété de ces bois communs a beaucoup occupé les juristes hollandais. Est -ce simplement une propriété commune indivise, une communio bonorum? Dans ce cas les copropriétaires peuvent demander un partage pour sortir d'indivision. Mais il semble qu’il s’agisse plutôt ici de cette espèce de personnes civiles, eorpora tel collegia licita , qui doivent être régies par leurs propres institutions et règlements. La cour suprême incline vers cette dernière opinion. C'est ainsi qu elle a prononcé que la grande pâture nommée de Hoenweerd, près de Hattem, n'était pas un bien indivis dont on pouvait réclamer le partage, mais une universitas indivisible. En efTet, si on remonte h l'esprit des anciennes institutions germaniques, on doit reconnaître quelles admettaient l'existence de ces propriétés communes indivisibles, puisque la propriété individuelle de la terre est d’origine relativement récente.
Aux environs des antiques forêts communes on trouve beauboup de lumuli recouvrant des urnes grossières en argile durcie au soleil, qui contiennent des cendres et des ossements carbonisés. Dans la Drenthe, il existe encore d'étranges monuments formés d'immenses blocs de granit erratiques superposés. Ils sont appelés Hunebedden , « lits des lluns » : ce sont les tombeaux de cette race préhistorique inconnue qui a élevé partout les dolmens et les menhirs.
LA MARKE EN NÉERLANDE
En Néerlande on trouve souvent la preuve que les villes se sont développées sur la marke ; car plusieurs d'entre elles possèdent encore un communal comine la ville de Thon, en Suisse, dont le champ d’exercice s’appelle YAltmend. La ville de Zutphen possède une magnifique prairie, appelée Marsch en Helbergen , d’une étendue de 150 hectares, sur laquelle 058 bêtes h cornes étaient mises au paturâge. La ville deGenemuiden a perdu la plus grande partie de sa marke, engloutie par le Zuiderzée. Elle a encore un pré de Greente, sur lequel ses habitants exercent un droit de pâturage pour leur bétail. Elburg possède un pré, hel Goor, divisé en 012 parts ( andeelen ) et équivalant à 308 Kaegras ou •< nourriture de vache, » le kuhessen de la Suisse. Sur place il serait facile de recueillir beaucoup d’autres exemples.
Ainsi d’autres villes comme Hattem, Deventer, Sleenwvck possèdent encore un lambeau de l’ancien allmend, c'est â-dirc un grand pâturage, le greente, où quelques habitants descendant des anciennes familles, propriétaires collectifs, peuvent envoyer un certain nombre de vaches, en vertu d’un droit héréditaire, comme dans le bourg de Lauder en Écosse.