CHAPITRE XIV
On retrouve encore aujourd'hui en Écosse, dans les Iles du nord-ouest habitées par un rameau de la race gaélique, des traces très curieuses du régime agraire archaïque dont les caractères sont ceux-ci: propriété privée pour l'habitation et l'enclos qui l’environne, propriété collective pour le reste du sol, avec partage périodique, possession temporaire des lots tirés au sort et déplacement de la culture. Un rapport récent d’une commission parlementaire anglaise nous fait connaître à ce sujet des détails précis
Un nombre plus ou moins grand de petits cultivateurs appelés croflers ou cottars occupent en commun une certaine étendue de terre, considérée comme une ferme, qui leur est louée ou directement par le propriétaire ou par un intermédiaire, le middleman ou tackmnn. La terre arable est partagée entre les croflers associés, pour une ou plusieurs années; mais elle est sujette à une nouvelle répartition au bout d’un certain temps. Le pâturage dépendant de ce territoire collectif ( scalhald ) reste indivis, et tous les membres du groupe ont le droit d’y envoyer paître leur bétail, parfois avec certaines restrictions. Ces groupes ou communautés (communities est l’expression qu’emploie la commission parlementaire) s’appellent townships. Ces townships tiennent le milieu entre la communauté familiale, zadrugrt, jougo-slave et le mtr russe. Ils ressemblent h la :adruga, parce que les familles qui constituent le groupe semblent
I. Report of lier Majesly’s Commissionnera of inquiry into the condition of the croflers and ratlars in the ttiqhlands and the Islande of Scotland. (Bine Bnok, 1884.) Cette commission était présidée par un homme très considéré, lord Napier and Etlerick.
appartenir îi une même souche. Ils ressemblent au mir, parce t|ue la terre arable n'est pas exploitée en commun, comme dans la zadruga , mais périodiquement répartie entre les « communier» », qui la font valoir chacun pour soi. On peut comparer aussi le township à Yallmend suisse. Seulement, les townships n’ont aucune existence légale et, par conséquent, aucun droit corporatif. Ils existent en fait ; mais le régime féodal importé d'Angleterre, qui a anéanti même la commune rurale, les a ignorés. Autre différence et qui explique la condition relativement plus malheureuse des eroflers: la terre ne leur appartient pas, comme dans la zadruga, le mir ou Yallmend. Elle est aux mains d’un landlord non résidant, à qui il faut payer la rente.
Sir Henry Maine, dansson livre Village Communities (p. 93-97), décrit l'organisation typique d'un township primitif telle qu’elle existe à l.auder, flans la liasse Écosse. 103 maisons ont comme dépendance 103 lots de terre appelés burgess acres, terres des bourgeois. Sur 687 hectares, propriété collective de lu communauté, le septième, soit environ 98 hectares, est, chaque année, destiné à la culture et divisé en 103 lots, assignés pour un an, par un tirage au sort, aux 105 propriétaires des burgess acres. Les six autres septièmes du communal, restant en jachère, sont livrés au pAturage ; chaque communier a le droit d’y envoyer deux vaches et quinze moutons.
M. Alexandre Cnrmichael nous fait bien connaître ce système tel qu'il est encore en vigueur dans les Hébrides.
La communauté rurale, désignée par les mots anglais township et townland, est appelée en gaélique baile. (Voir Cosmo Innés, Origines parochiales, et Martin, Western tsles, 1703.)
M. Cnrmichael est d’avis que le baile ou townland a une existence légale en raison «le la tradition historique, de l’usage actuel, du consentement public et de la reconnaissance par le propriétaire. En tous cas, le mol a été employé dans des documents judiciaires. I-a répartition périodique du sol collectif entre les familles formant la communauté est appelée run-rig, corruption des mots gaéliques roinn-ruith, qui signifient partage successif. Les Gaels appellent plus généralement ce système inor earann ou «grand partage ».
Les eroflers des Hébrides extérieures appliquent encore généralement le run-rig, mais d’après trois modes différents, dont
les trois paroisses de Barra, de Soutli-Uist et North-Uist vont nous offrir les types. Dans les îles de Barra, la coutume est sur le point de disparaître. Chaque crofl ou occupation conserve en propre sa part de terre arable ; mais chaque township a son pâturage commun, administré par l’assemblée des habitants, qui nomment un berger commun pour présider à la garde du bélail mis en prairie. On pourrait appeler ce système, qui prélude au régime moderne de la propriété individuelle, le système collectif « néocène ». Dans l’ile de Soulh-Uist, nous trouvons le système intermédiaire ou « miocène ». Le district de Jocar est divisé en ‘J lownships comprenant 88 crofls. Charpie crofter a son exploitation particulière et une part de la terre arable de son township. En outre, une grande plaine appelée machair est la propriété collective de tous les lownships. Pour répartir la jouissance temporaire de ce domaine commun, les 88 crofts sont groupés en quatre sections de 22 crofts chacune. Les sections sont présidées par le maor ou chef de district, nommé par le propriétaire et par les constables des lownships. Charpie township a le sien, élu par les habitants réunis en assemblée générale, mot ou moot. Le territoire collectif est divisé en quatre parties tirées au sort entre les quatre sections; puis chaque partie est divisée en 22 parts, ridges en anglais, imireau en gaélique, qui sont aussi tirées au sort entre les 22 crofter s de chaque section. Ceux-ci peuvent mettre leur lot en culture pendant trois ans; puis la partie cultivée est abandonnée à la végétation naturelle, et une nouvelle portion du domaine collectif est partagée et mise en culture. C’est exactement le système décrit par César et Tacite : Agri pro numéro cultorum ab universis in vices occupanlur. Arva per annos mutant et superest ager. (Germa nia, XXVI.) Se cl pricati ac séparait agri apuii eos nihil est, tiegue longius ann» manere uno in loco incolcndi cousu lieet. (De Uello gall., IV, 1.) Sur la partie du domaine collectif du district qui n’est pas en culture et aussi sur les lots cultivés, après la récolte faite, le bélail do toutes les communautés agraires pâture, sous la garde d’un ou de deux bergers.
Dans les iles de North-Uist, la terre est soumise au système du run rig intermédiaire, » miocène », comme dans Soulh-Uist ; mais dans trois grandes fermes, tenues collectivement en communauté, on rencontre encore le run-rig primitif, « éocène »
Ce n'est pas sans regret, dit M. Carmichael, qu’on voit disparaître, dans ces Iles du soleil couchant, le régime agraire des anciens Ages, qui, pendant des siècles, a donné le pain quotidien à tant de millions d’hommes. On songe au chant mélancolique qui, mêlé aux plaintes de l'océan, redit les tristesses de la race gaélique :
Cha till, cha till, cha til! mi tuille!
(Je ne reviendrai, reviendrai, reviendrai jamais plus.)
Ces trois communautés agraires s'appellent Hosta, Caolas, Paipil et Heisgir. Celle-ci servira de type. Elle occupe une Ile basse et sablonneuse, longue de trois milles et large ou plus d'un mille et demi. Tout le territoire de l’ile est exploité en commun parles familles, qui n’occupent aucune portion d’une façon permanente. Celles-ci se réunissent, une fois l’an, pour décider quelle partie du territoire sera mise en culture et pour en faire le partage. Les lots sont mesurés par le constable , au moyen de la verge officielle, et ensuite tirés au sort par le berger ; il pose les numéros à terre dans l’ordre qui détermine la place que chaque associé occupera sur le terrain. Ces répartitions se font toujours de la façon la plus fraternelle ou, comme le dit le proverbe gaélique : Gui g lut h mor, gun droch fhacal (sans élever la voix et sans une mauvaise parole), lin lot est misa part pour le berger sur la lisière du terrain inoccupé, alin de l'engager à préserver les cultures contre les incursions du bétail, dont il serait ainsi le premier à souffrir. Ce lot s’appelle imir a huacaille(\a portion du berger). Dans les villages anglais, au moyen Age, comme aujourd’hui encore dans les villages hindous, on trouve des c'.amps attribués, comme rémunération, aux hommes de métier qui confectionnaient les outils et les instruments aratoires ou les objets que le cultivateur ne savait pas faire lui-méme. Dans l’Évangile, « le champ du potier » est acheté avec 1 argent de Judas. Les soldats et les officiers de l’armée in-delln, en Suède, obtiennent aussi pour leur entretien la jouissance d’une petite ferme. Dans Heisgir, un lot est toujours réservé pour les pauvres, imirean nnm bnc. Tel est le système du roinn-ruith ou run-rig dans sa forme primitive.
Quand les communautés mettent en culture les terres humides, elles sont divisées eu longues bandes, larges de cinq
pieds environ et séparées par des rigoles cpii drainent le sol. Souvent, en Angleterre, on voit encore la trace de ces bandes de terrain ou baulks. Les varechs que l'océan rejette et qu’on utilise comme engrais sont pris à volonté par chacun, quand ils arrivent en abondance; mais quand ils sont rares, ils sont partagés en peighinneom ou pennies et tirés au sort, comme les lots de terre, afin que chacun ait sa part et que la propriété d'une chose indispensable ne soit ni accaparée ni enlevée par le plus fort ou le plus leste. Le sentiment de la justice distributive règle la répartition des sources de la subsistance et du bien-être, jusque dans les moindres détails.
Dans l’ile de Tyrée, appartenant depuis longtemps il la famille d’Argyll, la terre arable était partagée d'après le système du run-rig , appelé en Irlande rundale. Le territoire commun destiné être mis en culture était divisé en un grand nombre de parcelles tirées au sort, chaque année ou tous les deux ans, entre les cultivateurs de chaque communauté agraire ou tuwnship. Ce régime était très répandu dans tout le nord de l'Ecosse, dit le duc d'Argyll, k qui nous empruntons ces détails. Les propriétaires y ont mis fin malgré les résistances des tenanciers, habitués à ce mode collectif de jouissance '. Dans l'ile de Tyrée comme dans les autres districts des Ilighlands, les communautés agraires ( townships ) possédaient un territoire commun, où chaque famille avait le droit d’envoyer son bétail, conformément à certaines régies traditionnelles et parfois quelque peu différentes.
Voici quelques extraits d’ouvrages du siècle dernier qui prouvent que l'exploitation par des communautés agraires, avec partage périodique du sol, était encore très répandue à cette époque : <• La terre occupée par les membres du clan est divisée en townships ou fermes, et chacune de celles-ci comprend des portions de terre arable, de prairie, de pâturage vert et de lande ( muirland ). Les tenanciers forment une sorte de communauté de village [village community). Les maisons sont les unes à côté des autres, et la terre est tenue en run-rig , e’est-k-dire partagée au sort entre tous, chaque année. Le pâturage est utilisé en commun, chacun y envoyant son bétail, vaches, mou-
1. Voir Cro/îj and farms in the Hébrides, bg lhe duke of Argy/t, p. 7 et 8.
tons et chevaux, en proportion de l’étendue de terre arabl qu'il occupe. » (Spene, Celtic Scotland, v. III, p. 309-371.)
« Une ferme ( tenant farm) est une petite république de cultivateur», dont les maisons sont groupées, sans grand souci de la convenance ou de la propreté, et dont les terres destinées à la culture sont partagées, chaque année, par tirage au sort, tandis que le bétail de tous pâture en commun. » (Old Stalist. Account , v. X, p. 360.) « Dans la paroisse de Glenshie), il y a dix-sept fermes, dont chacune forme un village. Les tenanciers font paître leurs troupeaux en commun, chacun ayant du bétail en proportion de la rente qu'il paye, et ils occupent la terre arable de la même façon. •> (Ibid., v. VII, p. 125.)Geci est le régime collectif le plus ancien.
« Les lacksmen (ceux qui ont loué loulc la ferme collective) vivent comme les gentlemen. Les sous-tenanciers vivent aussi décemment dans leurs huttes, formant une sorte de communauté au sein dé laquelle leurs droits et privilèges sont maintenus et respectés. Le domaine du chef ou père commun est ainsi partagé suivant le rang ou la condition ', dans cette république en miniature. Ce mode de culture est tout à fait en rapport avec le système patriarcal, et il est le mieux adapté aux mœurs d'un peuple tout spécial comme les Gaels, qui habitent les Hébrides et les districts des Grampinns. » (A. Campbell, The Grampians desolate. 180t. Notes, p. 169-180.)
Ile de Cannay : « Dans chaque ferme ou township, la terre arable est divisée en quatre parties, qui sont tirées nu sort A la Noël. La récolte, quand elle est faite et séchée, est parlagée entre les tenanciers en proportion de la rente payée par chacun d'eux. Tout le pâturage est commun de mai jusqu’en septembre. » (Pennanl, Tour in Scotland , v. II, p. 313.)
La commission parlementaire parle du township dans les termes suivants : « Le highhmd township, dont on s’est tant occupé récemment, n'a jamais eu une existence légale dans la loi écossaise. 11 a été simplement, en ce qui concerne In loi, une ferme ou une partie d'une ferme occupée en commun ou séparément par plusieurs tenanciers. Autrefois, il comprenait pres-
I. Ccci est eucorc uu trait noté par Tacite : Agri j.ro numéro cultorum a b univtrtis invices occupantur, quos mox inter se juxta dignutionem partiuntkr (Ci crm. XXVI).
que toujours des terres arables et des pâtures exploitées en commun. La terre arable était reparlagée, de temps à autre, entre les occupants, conformément à la coutume locale, et le pâturage était livré à l’usage commun de leur bétail, sans limitation ou suivant des règles fixes. L'appropriation privée de la terre arable n’était effective que depuis les semailles jusqu'à la récolte. Les traces fugitives de l'occupation individuelle faisaient place ensuite au pâturage des animaux, qui erraient partout sur les pâtures et sur les terres arables. Vers la fin du siècle dernier ou au commencement de celui-ci, les terres labourables du township, sauf en des cas exceptionnels, ont été définitivement allolies et attacbées à une exploitation particulière. Des cas de ce changement remontent plus haut, et, d’autre part, en quelques rares localités, ce partage définitif n’a pas encore été effectué. Les pâtures, quand elles n’ont pas été englobées dans une ferme à moulons voisine, sont encore occupées en commun, comme autrefois. Quoiqu’il ne forme point, comme la commune du continent, une corporation légale et qu’il n'en ait pas les attributions, le township des Highlands conserve cependant une existence réelle dans les sentiments et dans les traditions de ceux qui en font partie, ainsi que dans l’administration des domaines du grand propriétaire. Le township est représenté par un constable que les cultivateurs élisent, parfois aussi par un second constable, que nomme le propriétaire. La rente est quelquefois payée en bloc par le représentant du township, et chaque tenancier y contribue pour sa part.
« La possession et l’administration des droits de pâturage commun constituent le caractère essentiel et prédominant d'un township des Highlands. De cette façon, une forme de régime agraire qui, sous le rapport légal, n’existe que comme une fiction populaire, respectée par le propriétaire, possède cependant une réalité reconnue par la coutume, qui ne pourrait être unéantie sans exciter beaucoup d’opposition et d'irritation. »
La commission parlementaire ajoute que, dans son opinion, cette organisation du township, quoique rudimentaire, renferme des éléments spéciaux, grâce auxquels on peut, dans les Highlands, éviter certains inconvénients et obtenir certains avantages mieux qu’en u citant en jeu seulement les intérêts
individuels. Les crofters , on ne peut le nier, regrettent le régime agraire primitif, qui a disparu, ainsi que le constate le duc d’Argyll, principalement par l'action des propriétaires ou de leurs agents. Un acte de Ititlô, concernant le partage des communautés agraires, a été considéré par les cours de justice comme applicable à toute l’Ecosse et a facilité letrr destruction. Les petits cultivateurs, disposant d'une plus grande étendue de terre, pouvaient y appliquer tine rotation mieux en rapport avec la rigueur du climat. Sur le pâturage collectif, toujours très grand relativement au nombre des familles du township, ils pouvaient entretenir beaucoup plus de bétail qu'aujourd’hui. Ils disposaient plus librement des produits naturels de la rivière, de la lande ou de la mer. Ils n'étaient pas assiégés par la crainte d'une augmentation incessante du fermage et ils avaient le sentiment très net d’un certain droit héréditaire d'occupation qui leur assurait ce que la loi vient d'accorder aux tenanciers irlandais: la « sécurité de lenure » ( security of tenure).
La commission parlementaire proposait de donner une existence légale aux lownships, afin de leur permettre de conserver leur pâturage commun, de le délimiter, de l'améliorer, de construire des ponts et des routes à frais communs et d’agir en tout comme le font les communes du continent II serait ainsi mis un terme à l'action des propriétaires de ces lownships, qui enlèvent constamment, depuis un siècle et demi, des portions de ces pâturages pour les incorporer dans les grandes fermes à moulons voisines.
Les habitants du township auraient le droit, sans rien payer, de couper de la tourbe, de recueillir des varechs pour fumer la terre et des roseaux ou des herbes pour faire et entretenir les toits des maisons. Un township dont l’étendue, en terre arable et en pâturage, serait considérée comme trop restreinte pourrait réclamer du propriétaire la concession d'une extension de territoire. Ce serait au sherilf â décider si la demande doit être accordée et, dans ce cas, à Üxpr le fermage à payer au proprietaire. Aucun township ne pourrait être supprimé qu'en vertu d'une résolution volée par les deux tiers de ses membres. Une loi récente a consacré la plupart de ces dispositions.
A l'objection qu’il est contraire aux principes économiques de tenter, par une loi violant la liberté du contrat, de prolon-
ger l’exislence d'une institution archaïque, destinée forcement à disparaître sous l'effet naturel de la concurrence, la commission répond que ses propositions sont justifiées par les conditions spéciales du sol, du climat et de l'agriculture des llighlands. Les cultivateurs ne peuvent subsister sur le produit des céréales, dont la récolte est trop incertaine. Ce sont leurs troupeaux de vaches et de moutons, qui seuls leur permettent de vivre sur ces côtes et sur ces îles sans cesse battues par les vents de l’Atlantique ou privées du soleil par les pluies et les brouillards. 11 leur faut donc des pâturages; mais la surface du sol est trop découpée, trop rugueuse, et la végétation trop tardive et trop pauvre pour attribuer à chaque exploitation un pâturage séparé, qui serait souvent situé très loin, sur une montagne. Il faut ainsi choisir, non entre le pâturage occupé individuellement ou collectivement, mais entre ce dernier régime ou la suppression du pâturage accordé aux cro fiers , qui aurait pour résultat leur ruine complète et leur émigration. Dans une étude sur les propriéléscollectives dans les Marches, en Italie, M. Ghino Valenli ( Inchiesta agraria. Prov. Ancona, etc.) fait valoir exactement le même argument ; il prouve que le> pâtures communales situées sur les montagnes ne se prêteraient à la propriété individuelle, que sous la forme du latifundium et de l'exploitation par lin grand propriétaire unique, chose fâcheuse.
En Suisse également,' les pâturages situés sur les montagnes sont restés propriété collective, allmend, en raison de leur situation, et jamais on n’a songé à en réclamer le partage. Le bien-être tics habitants et tout le régime agraire dépendent de la conservation du droit d’envoyer pendant l’eté le bétail paitre sur les hauteurs. Seulement, il y a, entre la situation des membres du township écossais et de Y allmend suisse , celte différence essentielle que les premiers ne sont que des tenanciers, tandis que les seconds sont propriétaires et de leur maison avec les champs qui en dépendent, et de leur part de la propriété collective. Il en résulte que le produit net est soustrait aux llighlands sous forme de rente; tandis qu’en Suisse, il est consommé sur place par les habitants ou employé à des travaux d’utilité générale dont tous profitent. Si, depuis des siècles, le revenu du sol, au lieu d'èlre dépensé par les landlords à Londres, dans les châteaux anglais ou en voyages, avait été consacré à
t.A PROPRIÉTÉ PRIMITIVE EN ÉCOSSE ET AUX ÉTATS-UNIS. 267
faire des roules, des écoles, des havres, des maisons dans les Highlands, la condition actuelle de leurs habitants serait certainement aussi heureuse que celle des paysans suisses.
Un exemple curieux rapporté plus loin nous permet de voir ce que peut devenir un township, quand il est la propriété libre de ceux qui lè composent. Dans toute l'Angleterre existait primitivement le toivnship avec son pâturage communal et ses terres collectives, périodiquement partagées. La propriété commune était régie par l'assemblée générale des habitants, le (unscip-mol des Anglo-Saxons , d'où est sorti le town meeting ou assemblée primaire des citoyens de la commune. Dans les districts où l'influence de la conquête danoise se lit sentir, le toirnship fut appelé bg, et les réglements édictés par la commune, bglaws , synonyme de town laws, lois communales. Ify-laws est un terme encore en usage aujourd'hui.
Les émigrés qui vinrent s’établir dans la Nouvelle-Angleterre y apportèrent les usages de la mère partie. Ils s'y groupèrent en lownships , et c’est là, jusqu’à nos jours, le nom de la commune aux Etats-Unis. Au début, chaque famille obtenait un lot de terre, soit en propriété permanente et héréditaire, soit pour un temps seulement; mais partout un pâturage commun était réservé, et, chaque année, on y faisait des lots qui étaient tirés au sort entre les habitants pour y faire du foin1. Dans d'autres districts, des terres arables étaient réparties de la même façon. Dans une élude curieuse : Common fields in Sahtn , M. Herhcrt-B. Adams, de l'université Johns Hopkins, de Baltimore, s'exprime ainsi : « La reproduction de l’ancien système anglais des champs communs ( common fieltls) et de la propriété collective des terres arables et des pâturages est un chapitre intéressant de l’histoire agraire des anciens townsbips ou villages de la Nouvelle -Angleterre. Presque tous avaient [dus ou moins adopté ce régime. » M. Adams a découvert la preuve de son existence dans presque toutes les plantations de la colonie de Plymouth, et l'on en reucontre jusqu'à ce jour des exemples remarquables, spécialement au Cap-Cod. Ce régime est resté pendant longtemps en vigueur à Salem, la plus ancienne des cités de la colonie de la baie de Massachusetts. En 1640,