‹ De la propriété et de ses formes primitivesChapitre 58 sur 131 · I. Voir Palfrcy, llistory <■/ New Enyland, I, 3i · texte numérisé non relu

I. Voir Palfrcy, llistory <■/ New Enyland, I, 3i

il n'y avait pas moins de dix champs, appartenant coll- et srement à un groupe de copropriétaires qui clôturaient leur champ en commun sous la surveillance d’un « gardien des clôtures » nommé dans l'assemblée communale. Chaque champ avait son comité administratif. La plupart de ces propriétés collectives lurent définitivement partagées durant le xvn* et le xvm* siècle, mais deux de celles-ci, les North-Fields et les South-Fieldsy restèrent en indivision jusqu’à la fin du dernier siècle. Les co-usagers se réunissaient chaque année et décidaient à la majorité « quel serait le grain qui serait semé et comment serait réglé le pâturage ». Chacun avait sa pari, mais tous devaient y mettre le même grain, alin qu’on put exécuter en même temps les semailles et les moissons, sans avoir à réserver de chemin ou de droit de passage. Le champ cultivé était entouré d'une clôture qui était enlevée à partir du 11 octobre, et après cette date, tout le territoire, même la partie arable, était livré au pâturage. En Angleterre, on appelait laminas Innds les terres soumises à ce régime de la vaine pâture d'automne et laminas day le jour où les clôtures étaient abattues, ce qui donnait lieu à de grandes réjouissances et à une fête.

Au meeting des « communiers », il était procédé à la nomination du hagtvard (de hagy haie; toard, gardien), qui est aussi parfois nommé le « gardien <Hir les murs » du pâturage. Il avait pour mission d’entretenir la clôture et les deux barrières à chaque bout du champ (gales al Oolh end ef the field) et d'imposer une amende pour toute tète de bétail qui causait du dégât. Quand la population de Salem s’accrut, les communiers des Soulh- Fields et des North-Fields continuèrent à former une petite association agraire, au sein de la grande commune.

M. E. Belot, correspondant de l’Institut de France, a décrit récemment, de la façon la plus complète et la plus instructive, les destinées d'un township, semblable à celui des croflers écossais, qui avait conservé le type de l'antique communauté agraire des Germains et qui, en même temps, était arrivé à un degré de prospérité inouï. (.Xantucket. Paris, 1881.)

En 1071, vingt-sept puritains, d’une secte particulièrement austère, achetèrent, du duc d’York, la petite lie «le Nantuckcl. Ils y bâtirent vingt-sept cabanes, et le village prit le nom de Sherburn. Bien de plus désolé que cet Ilot, perdu dans les bru-

mes de l’océan. 11 contenait environ 23,000 acres (9,300 hectares) d'un sable stérile. Les arbres n’y poussaient pas ; la végétation n'était composée que de carex et de quelques herbes dures et maigres. Le territoire fut divisé en trois parties. Sur la première, on prit, pour chacun des émigrés, le homestead ou home lot, la dépendance de la maison, le *Kpxoc des Grecs, le herctuin ou hortus des Latins, le verger qui entourait la maison du Germain et aujourd'hui Cuba du paysan dans le mir russe, c’est-à-dire, comme dit M. Fustel de Coulanges, « aux âges primitifs de la race aryenne, l’enclos assez étendu dans lequel la famille a sa maison, ses troupeaux et le petit champ qu’elle cultive ». (Cité antique, t. I!, p. G.) Tous les home lots réunis ne comprenaient que 100 acres (43 hectares), soit un peu plus de trois acres par maison. Ils furent convertis en jardins légumiers et en vergers, pour y faire paître les vaches. Une autre partie du territoire, la plus abritée et la moins rebelle, fut destinée à la culture. On y établit exactement le régime agraire décrit par Tacite et en vigueur encore maintenant dans certains townships des llighlands, ainsi que nous l’avons décrit plus haut. La région destinée à la culture était divisée en sept sections, dont une seule était alternativement labourée et ensemencée, les six autres restant livrées à la vaine pâture. La section à cultiver était partagée en vingt-sept lots tirés au sort, chaque année, entre les proprietaires des vingt-sept maisons. Ces parts s’appelaient lots de Tetoukemah, du nom de la plaine centrale de l’ile. L’ensemble du terrain labourable était la plantation commune. La section cultivée était entourée d’une clôture érigée, chaque année, à frais communs, pour la préserver des atteintes du bétail paissant en liberté. Tous les lots étaient nécessairement emblavés de même, conformément à l’usage ancien, appelé en allemand Flurzwang, « culture obligée », car aucune limite visible n’était tracée et nul chemin ne permettait d’arriver aux lots enclavés. C’est toujours l’application du mot de Tacite, si juste en sa concision : Area per a nnos mutant et superest ager.

Les lots de Tetoukemah n’augmenlércnt pas en nombre, car ils formaient la dépendance des vingt-sept demeures primitives; mais ils furent parfois morcelés entre héritiers ou acquéreurs. Ces copropriétaires cultivaient en -commun et se partageaient

les fruits en proportion de la part de chacun. Tout le reste du territoire de l'He et les six sections de la plantation non ensemencées formaient une prairie commune, soumise non pasà une jouissance individuelle transitoire, comme les lots de Tetoukemah, mais à la jouissance indivise du bétail de tous les ayants droit. Ceux-ci choisissaient des pâtres qui soignaient le troupeau de tous, comme s’il appartenait à la commune; mais, le soir, les animaux rentraient d'eux-mémcs, chacun dans l'étable de son maître.

M. Belot croit que ce régime agraire a été adopté à Nanluckel, non « comme une fantaisie archaïque », mais en raison des conditions du climat et du sol de l'Ile. Mais rien ne s'opposait, en réalité, R l'établissement de la propriété individuelle, s’ils y avaient pensé, ha vérité est que les émigrés originaires d'Ecosse ont tout simplement mis en vigueur, dans leur nouvelle patrie, le système agraire des townships écossais, qui leur était familier et qui devait, par conséquent, leur paraître le meilleur.

ha prospérité du township de Nanlucket ne larda pas à prendre un essor merveilleux. Ces sévères puritains étaient à la fois très entreprenants, très laborieux , très persévérants et très économes. Ils élevèrent sur leurs pâturages communs beaucoup de moutons, dont la laine, tissée sur place, suffit pour leur fournir les vêtements sévères dont ils continuèrent à se contenter, même quand ils se furent enrichis, hes terres, annuellement partagées, étaient parfaitement cultivées, mais ce qui leur apporta le bien-être d’abord, et la richesse ensuite, ce fut la grande pèche, à laquelle ils se livrèrent avec un succès inouï, renouvelant ainsi les merveilles accomplies par d’autres marins de même race et de même religion, les Hollandais, dont les barils de harengs encaqués se convertirent en « tonnes d’or », suivant l’expression consacrée dans leur pays. Comme le dit très bien M. Belot, « c’est ainsi que les habitants d'un îlot de sable stérile et imperceptible sur la plupart des caries ont promené autour du monde le pavillon américain et imprimé à la navigation et au commerce des Etats-Unis une impulsion plus vigoureuse, que ne l’auraient pu faire des millions d’hommes doués de moins d'énergie, de courage et d'esprit d'entreprise, hes destinées et la grandeur d'un pays tiennent bien plus h la vertu de l’homme qu'à la richesse du sol, à l’étendue du terri-

toirc ou aux faveurs du climat. » En 1770, Sherburn, l’unique ville de l’ile, envoya en mer 205 navires montés par 2,159 matelots et pécheurs. Nanlucket échangeait scs poissons salés contre les denrées coloniales des Antilles, et son huile et ses fanons de baleine contre les guinées anglaises, au moyen desquelles elle payait les objets de consommation qu’elle achetait sur la terre ferme. Parmi ees puritains, qui ne se permettaient aucun superflu, les fortunes de 100,001) à 200,000 francs n étaient pas rares, et tel armateur qui possédait dix ou douze navires avait débuté par être un simple pécheur. Dans le Pilote, Cooper a tracé le portrait de ces marins héroïques qui ont accompli maint exploit pendant la guerre de l'indépendance. D'après la revue américaine the Notion (10 janvier 1878), le système des répartitions périodiques continua jusqu’en 1821.

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