‹ De la propriété et de ses formes primitivesChapitre 59 sur 131 · ET EN ITALIE · texte numérisé non relu

ET EN ITALIE

Dans les régions Montagneuses de l'Espagne et de l'Italie, parmi des populations de race et de religion entièrement différentes, placées dans des conditions économiques tout autres, nous trouvons exactement le môme régime agraire que dans le township écossais. Un rencontre certaines plantes alpines rares, à la fuis sous le cercle polaire et sur les montagnes de la Suisse, et elles n'existent pas dans la région intermédiaire. Comment expliquer leur migration? Ont-elles passé de la Suisse en Scandinavie ou réciproquement? Nullement, disent les botanistes, jadis, à l’époque glaciaire, elles étaient disséminées dans l'Europe entière. Peu à peu, le climat leur étant devenu défavorable, elles ont disparu des plaines, pour ne survivre que sur les hauteurs ou bien sous ces latitudes boréales, qui leur offrent encore le milieu qu’elles réclament. 11 en est de môme pour le régime de la collectivité archaïque. Il a existé jadis partout, mais les transformations de la civilisation et de l'agriculture l’ont éliminé successivement, sauf dans certaines contrées isolées, où les influences qui lui étaient mortelles n'ont point pénétré.

D’après M. Oliveira Martins, qui, dans son excellent livre Quadro das inslituiçoes primitiva's, a tracé un tableau si bien fait des transformations de la propriété, le régime de la collectivité primitive a disparu de bonne heure en Portugal : nu sud du Tage, sous l'action des latifundia féodaux; au nord, au contraire, pour faire place au bail héréditaire ou aforamento, qui assurait à chaque famille la jouissance permanente d’une petite exploitation. Cependant, il nous a signalé l’existence d'une commune où 1a forme la plus ancienne de la collectivité foncière a

survécu, malgré les influences destructives de l’époque romaine et de la féodalité. Celte commune ou paroisse ( frequesia ) s’appelle San-Miguel de Enlre-Rios; elle est située sur les bords du Lima, dans la région montagneuse qui forme la pointe nord du pays, vers la frontière de l’Espagne. Le territoire de la commune est divisé en plusieurs hameaux (logares), ayant chacun un juge et un trésorier et se gouvernant par l’assemblée générale de tous les habitants. Anciennement, l’insigne indiquant les fondions du juge était une grande coquille univalve (ca/ra/nVa), au moyen de laquelle il convoquait les habitants à l’assemblée. Tout ce qui intéresse la communauté est réglé par le suffrage de tous, et les femmes ont le droit de voter comme les hommes. Les troupeaux paissent sur les prés communaux, gardés par des bergers, qui ne sont autres que les habitants se remplaçant, à tour de rôle, tous les trois jours. Les terres cultivées 6ont partagées en lots (sortes), tirés au sort entre toutes les familles, chaque année. Les travaux des semailles et de la moisson se font en commun ; mais chacun ne reçoit que le produit de son lot. Un trésor commun est formé au moyen de la vente du charbon de bois fait dans la forêt communale. Ce trésor, soigneusement fermé, ne peut s’ouvrir que devant l’assemblée générale, et en cas de nécessité, soit pour indemniser un habitant d’un incendie, de la perte de ses animaux domestiques, soit pour faire face à un impAt extraordinaire ou à quelque travail d'utilité générale. La peine dont sont frappés ceux qui violent les usages et les règlements est celle qu’à Rome on appelait interdictio oqux et ignis et qu’on retrouve aussi chez les Germains, c’est-à-dire qu’on leur refuse le feu, l'accès à la fontaine et qu’on ne leur parle plus. C'est la mort civile, et le coupable n’a plus qu'à émigrer.

M. Oliveira Martinscite encore, pour le Portugal, deux autres exemples de partage périodique annuel ; mais ils remontent au moyen âge. (Voy. Quadro das inslituiçoes pnmitivas, p. 98-100.) L’un est la division des terrains marécageux de Ulmar, en 1291, parmi les habitants de Leiria; l'autre est celui-ci. Quand D. Alfonso Henriques se fut emparé de Lisbonne, il ordonna que le conseil de la ville répartit annuellement le vaste terrain appelé Vallada entre les habitants pauvres, afin de leur permettre de se procurer quelque subsistance par leur travail. Chaque année,

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