‹ De la propriété et de ses formes primitivesChapitre 69 sur 131 · Depous, Voyage, etc., p · texte numérisé non relu

Depous, Voyage, etc., p

Chez, les Aztèques, comme chez tous les indigènes de l’Amérique du Nord, la famille est l'élément constitutif de la tribu, et l’ensemble des tribus forme la nation, de même que chez les Germains et chez les Celtes à l'époque des Bréhons. Voici quels étaient les droits et les devoirs des membres d’une même famille : droit d'héritage réciproque au terrain commun; droit d’être enterré dans le lieu de-sépulture de la communauté; droit de secours mutuel; droit d’élection du chef ( sachent )'; égalité de tous dans le conseil Aucune tribu ancienne n'est arrivée jusqu’ici à saisir l'idée de la propriété individuelle appliquée à. la terre. Les Iroquois construisaient d’énormes maisons abritant dix ou quinze familles vivant des produits de la chasse. Le voyageur Caleb Swan, qui alla, en 1793, au pays des Creeks, raconte que les plus petits de leurs villages contenaient de trente à quarante maisons, réunies en groupe de cinq à six habitations , et dans chacune d'elles habitait une communauté familiale, mangeant à la même table et menant une vie commune. Lewis et Clarke rapportent les mêmes détails des Indiens de la Colombie. Stéphen raconte que dans le Yucatan chaque localité est habitée par une centaine de travailleurs, exploitant leurs champs en commun et s’en partageant les produits®.

Ces habitudes socialistes apparaissent d'une manière plus frappanle encore chez les peuples les plus cultivés de la race américaine. Les Tollèques et les Aztèques dans le Mexique, les Guiches et les Mayas dans le Guatemala et le Yucatan, les Muycas ou Chibehas- sur le haut plateau de Bogota, enfin les (Juichnas depuis Quito jusqu'au Chili, tous, lorsque les Espagnols les rencontrèrent, s’étaient développés spontanément sans subir l'influence des étrangers ni même des tribus voisines.

I. n Les pouvoirs du sachent étaient en général les suivants : sans le consentement de ses subordonnés, il ne pouvait pas déclarer la guerre ; mais chacun d'eux avait un terrain particulier, délimité avec soin, qu'il livrait pour la culture ou pour la chasse, et pour lequel il recevait sa quote-part du butin ou une certaine partie des récoltes. Les ventes de. terrains n'avaient lieu que du consentement du sachent, et la plus grande part du prix lui revenait de droit. Il devait souteuir les veuves, les orphelins, les indigents et la libéralité était considérée chez lui comme la première de toutes les vertus. - Waitz, Anthropologie, III, l!t.

’i. Incidents <>f travel in Yucatan, 11, lt. Les détails que nous donnons sur esl Indiens proviennent d'uu article de Louis Morgan : <t Moutezumu’s dinner ». \orlh american Review (april 1870.)

ils ne s’établissaient pas le long des fleuves ou dans les plaines fertiles, mais choisissaient de préférence les hauts plateaux des Cordillères, les bords des lacs, et les côtes arides de l'océan PaciGque. Les Espagnols nous ont transmis des histoires merveilleuses sur leur nombre et leur richesse, et actuellement, une quantité de monuments témoignent encore de leur grandeur passée.

Chacun de ces peuples a eu son développement spécial très différent de ce qui s’est produit en Europe.

La Constitution du royaume aztèque, ayant pour chef le roi Monlézuma, était éminemment aristocratique1. Les nobles se divisaient en trois ou quatre castes. Le roi et les princes appartenant, pour la plupart, à la maison royale formaient la première de ces catégories. Ils possédaient leurs biens de droit héréditaire et pouvaient les vendre ou les louer. Ils avaient trois espèces de terre : 1° les terres du seigneur constituant leur propriété particulière; 2“ les terres dépendantes de leurs palais et 3° les champs qu’ils louaient aux communes. Les terrains du palais étaient concédés, à très bas prix, à ceux qui s’engageaient à entretenir le bâtiment et les jardins. Les communes ou cal/iutli possédaient aussi des biens comme propriété collective, ou, d'après la manière de voir probablement erronée des Espagnols, comme fief héréditaire commun, de façon qu'à l'extinction d’une famille, sa part de terre passait à une autre famille de la même commune. Ceux qui quittaient le village perdaient leurs champs, de même que ceux qui laissaient leur parcelle inculte pendant trois ans. Les terrains en friche appartenant aux communes ne pouvaient être loués qu'exceptionnellemeut à des étrangers; les habitants destitués de tout bien recevaient une parcelle héréditaire prise sur les lorrains communaux. Généralement le fils ainé héritait de tous les champs du père, mais il devait payer les taxes et entretenir tous les autres membres de la famille. Si le défunt n'avait ni fils ni neveux, son terrain revenait à la commune. Le chef du village le confiait alors à un membre éloigné de la famille du défunt ou en

1. Compare! Waitz, Anthrop >logif, IV, 75. Les détails qui rappellent le système féodal ont été certainement ajoutés par les Espagnols, qui ne «e rendaient pas exactement compte de la situation économique des peuples conquis.

conservai! le revenu. Ces chefs de village, élus parles membres de la commune, consliluaient la troisième classe des nobles. Ils devaient conserver le plan cadastral où les limites des biens étaient indiquées, tenir le registre des terrains communaux concédés aux particuliers, et faire de nouvelles allocations de terre, lorsque c’était nécessaire.

La seconde classe des nobles, les tec, tecusin ou teulley étaient arbitrairement nommés par le souverain ; il leur donnait, comme rémunération de leurs services, des terrains royaux qui revenaient à la couronne après leur mort. Ceux-ci cédaient leurs biens personnels, en petites parcelles, à d’autres personneset en recevaient le payement en nature. Pourtant ils devaient, chaque année, reconnaître publiquement le droit de propriété de leur suzerain en lui apportant des cadeaux à cette occasion. Ils ne devaient payer aucun impôt, mais ils étaient astreints au service militaire, ainsi que tous leurs subordonnés qui marchaient à leur suite. La quatrième classe des nobles, les pipiltzin, ne possédaient point de terres, mais vivaient à la cour, au service personnel du souverain.

La propriété de la terre était presque exclusivement dans les mains du roi et de la haute noblesse; même les terres des communes étaient considérées comme concédées. Les temples avaient aussi des terres qui en dépendaient, en partie cultivées par les assistants des prêtres et en partie louées.

Les communes devaient faire des présents au roi et ù leurs chefs selon les anciens usages. La communauté était responsable des redevances Gxées et taxait chaque famille. Les célibataires, les veuves, les orphelins, les journaliers et les desservants du temple ne donnaient rien. Lorsque les impôts consistaient en produits de la terre, on mettait ù part des terrains dans ce but et on les cultivait en commun. La règle était d'ofTrir au roi le produit de ces terres, quelle qu’en fût la valeur. Il y avait aussi des terrains taxés pour une rente fixe. Les fainéants n’ayant pas de quoi payer les impôts étaient vendus comme esclaves. Les Mexicains tenaient l’agriculture en grand honneur. Corlez remarque combien les champs étaient soigneusement cultivés. Il était rare de trouver un coin de terre en friche. Les hommes et les femmes de toutes les classes sociales, à l’exception de la haute noblesse et des soldats, prenaient part aux plus rudes tra-

vaux, car les bêles de trait étaient en nombre insuffisant. La culture avait atteint un assez grand développement, à en juger par les travaux d’irrigation, l’utilisation des jachères et les lois pour la protection des forêts*.

Nous ignorons de quelle manière la terre était partagée entre les habitants dans chaque commune. Pourtant, il est fait mention de pauvres et de mendiants soutenus par l'Etat. Les anciens Mexicains ne prêtaient pas l’argent à intérêt. Tout se réglait encore par des prestations en nature. Des règlements spéciaux interdisaient d’exciter l’envie des classes moins aisées par un luxe trop apparent.

Quoique nous ne connaissions pas très exactement le système de propriété et les relations sociales des Aztèques, nous voyons cependant que le régime agraire des calpulli ressemblait beaucoup à celui du mit- russe, ün ne mentionne nulle part de partage périodique de tout le sol, mais il est certain que chaque famille jouissait d’un lot de terre. Peut-être que le payement des taxes fait en commun assurait à chacun sa part.

Les communes agricoles du Mexique ont conservé leur ancien caractère jusqu’à nos jours. Voici ce que dit E. Sarlorius’ au sujet des terres communes :

« La plupart des communes indigènes possèdent des terres, mais elles n’ont pas le droit de les partager définitivement entre les habitants, ce qui est très préjudiciable à la culture. Il n’v a que les maisons avec leurs jardins qui sont héréditaires, les champs appartenant à la commune sont répartis gratuitement tous les ans entre les habitants. Une partie du territoire communal est cultivée aux frais de la communauté et le produit sert à payer les dépenses publiques. »

Nous sommes peu renseignés sur la situation agricole des pays de l'Amérique centrale. Pourtant, à l’époque de la conquête espagnole, l'élément Toltèque y dominait, et il n'est pas douteux que les mêmes institutions sociales régissaient le Guatémala, le Honduras, le Nicaragua et le haut plateau de l’Anahuac. Gomara3 rapporte que dans le Nicaragua autrefois, celui qui s'ex-

I. Comparez WappSus, Millet unJ Sud Amerika (Stein-WappSu?, lia i b Uc h, I, 3, p. SS'.

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