‹ De la propriété et de ses formes primitivesChapitre 87 sur 131 · I.A PROPRIÉTÉ PRIMITIVE · texte numérisé non relu

I.A PROPRIÉTÉ PRIMITIVE

a dû se pratiquer sous un système de propriété collective.

Elianus(A’afu>\ anim., v. 9), parlant des habitants de Loere et de Regium, dit qu'ils peuvent passer librement d'une terre à l’autre pour s'y livrer soit à l’agriculture soit au régime pastoral, ce qui implique une culture intermittente comme en Germanie. Virgile, lorsqu'il fait mention de la fondation de la colonie troyenne d’Erice, dit que les demeures étaient tirées au sort, sortilur domus et l'historien hébreux Joseph (I, 5) appelle les premiers partages de terre assignations de maisons. Les annalistes étrusques rapportent que tout le territoire était réparti entre les tribus, les centuries et les curies et que toute centurie comprenait deux cents jugera. Une Iradilion qui n'a peul-élre pas une grande autorité historique, mais qui suffit pour établir l'ancienneté de la coutume, rapportait que le roi Cadmus avait assigné aux 600 compagnons d’Enée 1,200 jugera, donc deux pour chacun '.

Pantaleoni trouve une preuve de la communauté primitive dans les repas communs des membres de la curie dont parle Denys d’Ilalicarnasse (Liv. 11, 23). Et cuiix eum sarerdotibus sacrificia sibi attribuita faciebant et una epulabantur diebus feslis in curial! domo.

Pantaleoni invoqueencore un passage de Plutarque (cita Paul. Æmil.), où on voit la gens Allia vivre dans une même habitation, pour établir qu’il existait dans l’ancienne Italie des communautés familiales semblables à celles des Slaves méridionaux. L'unité économique alors n’est pas l'individu, mais la famille patriarcale. La loi des douze tables conserve encore la trace de la propriété commune delà gens, car à défaut de proximus agnatus la gens est préférée aux autres agnals : Si agnatus defuncli non sit, eadem lex duodecim tabularum geutiles ad hereditatem vocal his verbis : si agnatus nec escit genliles familiam kabento. Ulpiani Fragm. XXVI, 1*.

La contenance du domaine foncier primitif de Yhiritaje (lieredium , de Itérés, maître) ne comprenait que deux jugera (50 ares 4 centiares), l'étendue d'un simple verger, et nullement celle d’un domaine arable. Nous ne saurions déterminer d'ailleurs l’époque où s'est faite la première division des terres. On

1. Annal. Cassio Emma, t vol. in-fol., î ; et Victor, Orig. gratis Roman., lî, combiné avec un passage de Caton, L)t orig.

L’AGE D’OR

sait seulement que, dans la constitution primitive de Rome, les communautés de famille tiennent la place qui sera plus tard occupée par les assidui, ou citoyens fixés sur leurs domaines, et que la constitution de Servius a en face d'elle un partage antérieurement consommé (Mommsen, Hist.rom trad. Alexandre, 1, pp. 206, 250).

L'heredium était un peu plus grand que l'enclos privé chez les Germains, niais les deux jugera è tant insuffisants pour faire vivre une famille, celle-ci devait nécessairement recevoir une part de la propriété commune de la tribu ou de l’État. Celte propriété commune était Yager pu ldi eus primitif, successivement agrandi par les conquêtes des rois de Rome et de la République, et de bonne heure usurpé par les plus puissants. On comprend que celle usurpation ail donné lieu, entre les patriciens et les plébéiens, à une lutte séculaire qui a duré jusqu’à l'Empire. C'était, pour ces derniers, une question d’existence. Un groupe de familles formant le clan habitait un village, le vicus ou pagus. L’ensemble des clans constituait la nation, populus , l'État, civitas; l'État avait pour point central un lieu fortifié, une citadelle arx, presque toujours située sur une hauteur. Les anciennes citadelles des cités étrusques, construites en blocs cyclopéens, existent encore. Au moment où l’histoire de Rome commence, la propriété de la commune avait fait place déjà à la propriété collective de la famille, de la gens. C’est la seconde phase du développement de la propriété. Je vois encore une preuve de la collectivité primitive du sol, dans ce fait, qu'à Rome comme en Grèce, le bétail a longtemps servi de moyen d’échange. Du temps de Cicéron, les amendes s’évaluaient encore en tètes de bœufs et de brebis, suivant un usage ancien.

Ceci est encore un trait curieux des mœurs des sociétés primitives de race aryenne. Il est bien connu que, chez les peuples de l'antiquité gréco-latine, le mouton et le bœuf étaient l’instrument des échanges et la commune mesure des valeurs. Dans Homère, la valeur des objets, celle des armes notamment, est estimée en tètes de bétail. L’étymologie du mot peculium et de pecunia, qui signilie « richesse » et aussi « monnaie », et qui vient manifestement de pecus, ne laisse aucun doute sur ce point. En hébreu le mot nechassim signifiant des biens, richesse, vient e la racine nac/ias, abattre du bétail. Les premières monnaies

métalliques portaient l'empreinte d’un bœuf ou d un mouton, dont elles étaient pour ainsi dire le signe représentatif, comme le billet de banque l’est aujourd'hui du numéraire. Dans les langues du nord, nous retrouvons des étymologies et des synonymies semblables. Le mot fd, fe, en islandais et en norvégien ale sens de « richesse; » en anglais, le mot fee signifie rétribution d’un service, honoraire. Or ces mots viennent évidemment de vee, vie/i, bétail. Le bétail en effet était la richesse par excellence et le meilleur moyen d'échange. Les Germains qui s'étaient fixés près des frontières de l'empire connaissaient l’usage de la monnaie ; ceux de l'intérieur, dit Tacite, avaient recours au troc pour l’échange des marchandises. Strabon rapporte la même chose des Dalmates. « L’usage de la monnaie leur est ina connu, dit-il, ce qui leur est particulier par rapport aux autres « peuples de ces côtes; mais cela leur est commun avec beau- « coup de peuples barbares1. » Ces barbares avaient cependant un intermédiaire des échanges; seulement, comme ce n'était point une monnaie métallique, les historiens ont affirmé qu'ils ne connaissaient point la monnaie. Les tributs que les Francs vainqueurs imposaient aux Frisons et aux Saxons vaincus se composaient d’un certain nombre de bœufs. On n’a pu nier que des têtes de bétail aient servi d’intermédiaire aux échanges; on sait même que le rapport de valeur était de dix moutons pour un bœuf à Rome, de douze moutons pour un bœuf en Islande et probablement aussi en Germanie; mais le fait a toujours paru étrange. Il s’explique pourtant très facilement lorsqu'on se rappelle l’organisation agraire des communautés de village; il est vrai qu’il ne s'explique que de cette manière. La qualité essentielle d’un instrument des échanges, c’est d’etre utile fi tous, accepté par tous, et de circuler par suite de main en main sans urrét. C’est ainsi qu’on a pris, comme monnaie, des fourrures en Sibérie, de la morue au banc de Terre-Neu\e. des cubes de sel et des bandes de coton bleu en Afrique, du tabac en Amérique pendant la guerre de l'indépendance, et aujourd’hui chez nous parfois des timbres-poste. Dans les communautés primitives, chaque famille possède du bétail et en consomme; elle est donc en mesure d’en livrer et satisfaite d’en

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