‹ De la propriété [microform]Chapitre 27 sur 60 · CHAPITRE PREAllER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREAllER

DU SOCIALISME

Que les adversaires de la propriété , n osant pas toujours la nier absolument , ont abouti, pour en corri- (jer les effets , à divers systèmes , qui sont Tassocia-

TION, la RÉCIPROCITÉ, Ic DROIT AU TRAVAIL.

J.es adversaires de la propriété dans ce temps-ei ne l’ont pas tous attaquée directement. Plusieurs d’enti e eux, n’osant pas la nier d’une manière absolue, se sont bornés à chercher et à proposer les moyens de corriger ce qu’ils appellent ses fâcheux effets, comme si une institution sainte et sacrée, qui n’est autre chose que le développement libre , illimité des facultés humaines, produisant ce qu’elles peuvent produire, tantôt la richesse, tantôt la médiocrité, tantôt l’indigence, exactement semblable sous ce rapport à la végétation des forêts , dans lesquelles à jcôté d’un arbre faible, ou jeune, ou placé sur un mauvais sol , s’en trouve un autre , moyen , beau ou superbe ,

comme si une institution pareille, qui n’est que la nature elle-même obéie et respectée, avait besoin d’excuses et de correctifs. Aussi ces correcteurs de la 4’rovidence sont-ils arrivés à des découvertes dignes du but qu’ils se proposaient.

La première chose et la plus sensée qu’ils aient laite, a été de s’attaquer entre eux fort vivement, de déverser le mépris sur le système les uns des autres, ne se ruer, sous le titre déguisé de socialistes , sur les

communistes eux-mêmes , adversaires plus consé- ([uents de la propriété, et pas plus déraisonnables, à mon avis, que ceux qui s’appellent socialistes. Car après tout, la propriété contestée, ils vont aux conséquences nécessaires, et placent l’homme dans l’état où il doit être quand on a nié le tien et le mien, dans la communauté complète de toutes les jouissances physiques et morales. Quoi qu’il en soit, les socialistes traitant les communistes fort rudement , et , je le répète, de manière à inspirer peu de considération pour leur propre logique , ont chacun de leur coté imaginé des moyens de corriger les effets de la propriété, plus ridicules peut-être en voulant être moins

repoussants. Ces moyens sont V association , la réciprocité, le droit au travail. Assurément le communisme estjUne grande et capitale folie, car il consiste à traiter l’homme comme un animal, à le nourrir, à le faire vivre, comme dans un chenil un grand seigneur fait vivre ses chiens, qu’il aime d’ailleurs et ne veut pas rendre malheureux , mais qu’il fait manger, soi’tir, coiirii-, rentrer, pulluler au signal de son

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sifflet, qui est sifflet par un bout et fouet par l’autre. Mais enfin une fois qu’on a nié à l’homme son existence distincte , en lui contestant le fruit personnel de son travail , que reste-t-il à faire , sinon de le fondre dans le tout, dans la communauté? Lui laisser un chez-soi pour qu’il y amasse, et commette le crime d’économie ; lui laisser une famille pour qu’il ait le supplice de l’aimer sans pouvoir rien pour elle, serait la plus grande des inconséquences. Le système est absurde, je le sais, mais au moins il a le spécieux qui consiste dans la conséquence. On crée un monstre , mais les membres de ce monstre s’ajustent les ims aux autres. Que dire au contraire de ceux qui en ne voulant pas de ce qu’ils appellent les monstruosités du communisme , en laissant exister la ^ ieille société , essaient d’en changer telles ou telles parties, de leur en substituer d’autres qui ne vont pas avec les anciennes, et composent ainsi le plus incohérent assemblage qui se puisse imaginer?

On va voir au simple exposé des systèmes , si ce jugement est trop sévère.

Les socialistes admettent la propriété , disent-ils , mais suivant eux le capital est un tyran, il ne veut pas se donner au travailleur, ou bien se donne à des conditions cruelles, et telles que le travailleur ne peut pas vivre. Il y a de plus entre les hommes une concurrence effroyable. La société est un coupe-gorge , dans lequel on cherche à se détruire les uns les autres, à force de vouloir rivaliser. Une machine nouvelle destinée à faciliter le travail , à le rendre plus fécond ,

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moins coûteux, devient une arme dont ou se sert pour détruire ses rivaux industriels. On se fait ainsi une concurrence de bon marché, qui rend la condition des travailleurs insupportable. Il faut, disent’ certains socialistes, associer les travailleurs entre eux : associés ils auront le moyen d’obtenir le capital qui se refuse à eux, de lui tenir tète, de ne pas se laisser opprimer par ses exigences. En outre ils se concerteront, et mettront un terme à cette guerre cruelle de' la concurrence, en ne produisant que suivant des quantités et des prix convenus. Deux choses alors cesseront en même temps : la tyrannie du capital , et la guerre fratricide de la concurrence. Tel est le système de l’association.

ÎNon, dit un autre; abolir la concurrence est une chimère , car la concurrence c’est la vie même. Les hommes ne peuvent travailler sans se faire concurrence , car il est impossible qu’ils ne cherchent pas à faire chacun de leur mieux, et dès lors qu’ils ne rivalisent, même sans le vouloir, les uns avec les autres. Le capital ne se donnerait pas plus à des ouvriers associés qu’à des ouvriers isolés. Le mal est ailleurs , et le remède aussi. Les capitaux se résument dans le numéraire , dans l’or. C’est l’or qui se refuse à qui en a besoin pour vivre et pour travailler. C’est donc l’or qui est le coupable. Punissez-le en le supprimanti Créez un moyen direct d’échange à l’aide d’une banque dont le papier accordé à tout homme qui voudra produire , ne lui manquera pas comme l’or, et il en résultera à l’instant même un phénomène prodigieux

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de production et de consommation , car il est bien certain que tout homme veut consommer, consommer sans mesure. 11 y aura dès lors dans les appétits humains certitude d’une consommation infinie, et certitude aussi d’un débouché infini pour le travail. On aura donné aux /acuités humaines un essor immense, en mettant en rapport direct la faculté de produire et la faculté de consommer, en supprimant le seul obstacle qui s’interposât entre elles , c’est-à-dire 1 or. Si de plus on réduit tous les salaires, tous les re\enus de capitaux, on ajoutera encore à la facilité de vivre, par la diminution de toutes les valeurs. Le bonheur sera trouvé, si le bonheur est de ce monde, et s il consiste en effet à beaucoup travailler, à beaucoup consommer , à beaucoup vivre ! Il sera trouvé sans contredit. Ce second système est celui de la réciprocité.

Autre chimère , dit un troisième ! Association , suppression de la concurrence , abolition du numéraire , tout cela se vaut. On ne peut pas plus supprimer la concurrence que la monnaie , intermédiaire obligé des échanges. Il v a un seul moven de faire cesser les souffrances sociales , un seul , qui est direct , certain, point ruineux , point attentatoire à la propriété , telle 1 que les hommes l’entendent, c’est le droit au travail. N’est-il pas vrai que dans l’état actuel de la société, les capitaux appartenant aux capitalistes , qui , à leur volonté , les prêtent ou ne les prêtent pas, la terre aux propriétaires de biens-fonds, qui, à leur volonté encore , les afferment ou ne les afferment pas, il résulte

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de cette concentration en certaines mains de toutes choses , refusées souvent par ceux qui les détiennent à ceux qui en ont besoin, que beaucoup de bras restent sans emploi ? Le remède n’est-il pas dès lors indiqué ? C’est que la société garantisse le tra^ ail à ceux qui en manquent, et se charge de leur en procurer. A cette condition, que la propriété soi* une institution légitime ou non, ses effets les plus fâcheux seront corrigés, puisque le cas arrivant où les possesseurs de capitaux mobiliers ou immobiliers refuseraient l’argent à ceux-ci , la terre à ceux-là, il y aurait un capitaliste ou un propriétaire tout trouvé, qui serait l’Etat , et qui assurerait de l’emploi à qui en manque- . rait. 11 est certain, en effet, que moyennant un capitaliste universel qui aurait toujours de l’argent, des commandes, des fermes à offrir, la question serait résolue. Le bonheur social serait encore une fois assuré! Ce troisième système est celui du droit au travail.

Tels sont les trois systèmes qui après le communisme, se présentent aujourd’hui aux espérances de l’humanité. Ils composent dans son entier cette science plus modérée en apparence , qui , sous le titre de socialisme, affecte de ménager la propriété, .le vais dans les chapitres suivants examiner les trois systèmes qu’elle a proposés, et prouver, je l’espère, que Y association , la réciprocité, le droit au travail, valent le communisme. sous le rapport du principe, et ne le valent pas sous le rapport de la conséquence.

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