‹ De la propriété [microform]Chapitre 36 sur 60 · CH \PITRE VII · texte numérisé non relu

CH \PITRE VII

1)E LA SUPPKESSlOiN DE LA COXCl RREiNCE.

Que la concurrence est la source de toute amélioration dans le sort des classes pauvres, eï que la concurrence écartée il ne resterait que le monopole au profil des ouvriers associés, nu détriment de cemv qui ne le seraient pas.

I^a concurrence est, dit-on, un principe abominable, avec lequel rien ne peut prospérer, pas plus l’association que tout autre système de travail , qui fait de l’industrie un combat à mort, de la découverte d’une machine nouvelle un moyen de destruction, car a peine inventée l’auteur en produisant mieux, plus vite , s’eu sert pour détruire des populations entières d’ouvriers et d’entrepreneurs. Voyez en effet depuis cinquante ans les ravages du génie des découvertes I l/auteur de la machine à filer le coton a ruiné l’Inde, ce qui nous touche peu , mais il a fait aussi mourir de faim des milliers d’ Européens. La machine à filer le lin , bienfait que Napoléon avait promis de payer un million, est enfin imaginée, transportée sur le continent, et elle a réduit à la famine une partie du peuple belge, et elle en fait autant en Flandre et en Bretagne. Les chemins de fer, ce moyeu merveilleux de corn- • inuniquer, ruinent les bateliers des canaux et des

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rivières, et atteignent déjà les matelots voués au cabotage. I.’ éclairage au gaz, ce moyeu non moins merveilleux de remplacer dans nos rues la lumière du jour pendant la nuit, a ruiné l’un des principaux produits agricoles. La vapeur, ce grand bienfait de la Providence , a conduit à la mort par la misère une masse innombrable d’ouvriers. Enün il n’y a pas un bien qui ne s’introduise dans le monde sans y commettre d’affreux ravages, parce que ce bien l’homme s’en empare, pour le changer en une arme de combat, grâce à cette abominable concurrence, qui a converti toutes les industries eu un champ clos où le plus faible doit périr. A cela il faut substituer la fraternité , c’est-à-dire l’association.

Eh bien, ici comme précédemment, je vais au même sophisme opposer la même réponse. J’avais dit a propos du théâtre de Cicéron : Aimeriez- vous mieux que le théâtre n’existât pas? .le dirai : Aimeriez-vous mieux que la découverte ne fut pas faite , car sans la rivalité on n’aurait pas songé à la faire? Vous verrez que cette réponse est encore la bonne, et que si elle se répète, c’est que le sophisme se répète aussi. 11 s’agit foujours en effet d’étouffer les facultés de l’homme pour n’en pas souffrir.

Pour moi , je ne comprends pas deux hommes à côté l’iin de l’autre, travaillant à la même chose sans que la concurrence s’établisse à l’instant , c’est-à-dire sans que l’un fasse plus ou moins bien que l’autre, et dès lors ne gagne davantage ou pas autant. Allez-vous arrêter celui qui travaille mieux ou plus vite, et lui

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dire : Mon ami , contenez- vous , de peur de surpasser votre voisin. — Ce discours serait passablement ridicule, mais il est indispensable que vous le teniez, et que vous soyez écouté , sans quoi le laborieux concurrent persistera, et commettra le crime de rivalité heureuse. Le principe consisterait donc à renfermer l’ardeur des hommes dans une certaine limite, à trouver de plus la limite, et à la rendre obligatoire. Mais comme on craint de trop produire, il faudrait non pas la fixer d’après les facultés du plus fort, mais d’après celles du plus faible, supprimer tous les excès de travail que se permet l’homme laborieux ou habile, et on dirait au genre humain : Frères, ne vous surpassez pas les uns les autres, contenez votre ardeur indiscrète et fatale. Ainsi pas trop de blé, pas trop de vin, pas trop d’étoffe, pas trop de maisons, etc... On empêcherait par ce moyen les houillères du Aord de porter préjudice aux houillères de Saint-Étienne, celles de Saint-Étienne de faire tort à celles d’ A lais; ou empêcherait les fabricants de drap d’Elbeuf et de Louviers de nuire à ceux de Lodève , les filateurs de Rouen de nuire à ceux de Mulhouse ; on empêcherait le chemin de Rouen de tourmenter la Seine, le chemin de fer du iXord de désoler le canal de Saint-Quentin. On laisserait vivre tout le monde en paix, ^liltiade n’empêcherait plus Thémistocle de dormir; le génie d’Hérodote n exciterait plus celui de Thucydide ; Alexandre ne porterait plus dans une cassette de cèdre le récit des exploits d’Achille; César enfin ne pleurerait plus en ^

voyant une statue de ce même Alexandre! Fort bien, !

mais en guérissant les insomnies du genre humain , ne craindriez -vous pas de l’avoir jeté dans le sommeil de la mort ?

L’homme marche-t-il autrement que par l’émulation ? Qu’est-ce que l’amour de la gloire, sinon le désir d’effacer ses rivaux. Il ne faut pas les tuer, pas même les dénigrer, mais il est permis de vouloir les dépasser. Baccio Bandinelli, dévoré d’une basse jalousie à l’aspect du carton de la guerre de Pise, réputé la plus sublime des œuvres de Michel -Ange, s’introduisit dans le palais où ce carton était exposé et le déchira. Andrea del Castagno , pour enlever le mérite de la peinture à l’huile à Dominique de Venise, l’assassina. Cette manière de rivaliser n’est pas licite. TI ne faut pas non plus briser secrètement la machine de son rival ; il ne faut pas placer une pierre sous la locomotive du chemin de fer de Rouen, pour l’empêcher d’arriver ; il ne faut pas incendier les magasins de ce même chemin , détruire ses ponts, comme l’ont fait , il n’y a pas longtemps encore, beaucoup d’ennemis de la concurrence ; mais il est pardonnable de vouloir transporter plus vite, à meilleur marché, savez-vous pourquoi? Parce que la tonne de marchandises ( souffrez que je descende d’Alexandre et de Michel-Ange à ce vulgaire détail ) , la tonne de marchandises qui coûtait 20 fr. de transport sur la route de Rouen n’en coûte plus que 10, et que toutes les matières premières ou fabriquées , n’étant plus chargées des mêmes frais , seront à meilleur marché. C’est grâce à la concurrence qu’on a substitué au cheval portant sur son dos, le

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cheval traînant une voiture à roues ; à la voiture roulant sur la terre et ralentie par le frottement , le bateau glissant sur la surface liquide d’un canal ; et enfin au bateau glissant sur l’eau, une suite de wagons roulant sur deux arêtes de fer, qu’ils touchent à peine, et traînés par une puissance illimitée, celle de la vapeur. Sans le désir de se surpasser les uns les autres, h's hommes n’auraient pas ainsi réduit de dix , et même de cent fois, la dépense primitive des transports , ce qui a permis de brûler du charbon à quelques centaines de lieues de la mine d’où on l’extrait , de rapprocher le minerai du combustible qui le convertit en fer, et de transporter ce fer au pied du bâtiment où ou l’emploie, tellement débarrassé de frais, que de 60 fr. il est descendu à 20 fr. la tonne. Par exemple avaiton besoin de fabriques de coton, quand les Indiens le filaient et le tissaient avec une telle délicatesse qu’on l’aurait cru travaillé par la main des fées? Avait-on besoin de fabriques de tissus de laine , quand les pâtres de Cachemire élevaient des troupeaux dont la toison égalait la finesse de la soie, et quand les femmes de ces belles vallées tissaient des châles que le luxe de l’Orient vendait au luxe de l’Occident depuis les croisades! Eh bien, des mécaniciens voulant gagner sur le prix de fabrication, se sont ingéniés pour remplacer la main de l’homme. Ils ont mis le coton brut en atomes, puis profitant de ce que ces atomes s’attiraient les uns les autres, ils les ont étendus autour d’un cylindre, en ont formé une nappe de coton, légère comme une nappe d’eau s’échappant d’une cas-

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••ade , ont l eeueilli cette cascade , l’ont concentrée en un filet de coton , ont tordu ce filet , et en ont fait nu fil qui égale aujourd’hui le cheveu le plus fin. Ce fil retourne dans l’Inde étonnée , et quoique chargé des frais d’un double voyage, après avoir assuré la fortune du mécanicien, du tilateur, du négociant anglais , écrase de son bas prix le coton indien lui-même. Et maintenant ces charmantes toiles peintes qu’on appelait autrefois les indiennes se fabriquent en Europe, et vont se vendre dans l’Inde. Malheureux Indiens, victimes de la concurrence, vous êtes sans doute bien à plaindre , mais les trois quarts du monde peuvent se vêtir d’étoffes de coton avec la plus modique dépense I l.e peuple de nos villes, qui ne pouvait en avoir que si la femme riche en donnait à la femme pauvre, en porte a présent tous les jours.

Des filateurs de laine, un surtout qui s’appelait lernaux, et qui est mort à la peine, peu populaire apres d’immenses services, tandis que d’autres pour n’avoir rien l’ait sont restés l’idole du peuple abusé, des filateurs voulant rivaliser avec le Thibet, envoient un savant chercher des chèvres, les amènent en Tranee, en filent le poil, et fabriquent des châles que le préjugé de nos femmes, fondé ou non (je n’entre pas dans cette grave querelle), place encore au-dessous du chàle de cachemire, mais chemin faisant, perfecrionnent le chàle de mérinos, au point que la femme du peuple peut s’en vêtir les jours de fête. 11 a bien été causé quelque mal dans l’Inde, même en Europe, par cette concurrence, mais enfin le vêtement du

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peuple n’en est pas moins devenu meilleur et moins eoiiteux.

Vos distractions sont bien grandes en vérité, ù profonds inventeurs de l’association! Quoi! vous vous souvenez que le peuple est producteur, et qu’il se condamne par la concurrence à travailler à trop bas prix? Vous dites vrai, mais avez-vous oublié qu’il est consommateur aussi , et autant consommateur que producteur, car il ne produit pas une chose qu’il ne finisse par consommer lui-même? Eh bien! supposez qu’on le payât moins (ce qui n’est pas exact pour le salaire de l’ouvrier, comme vous le verrez bientôt;, n’y aurait-il pas compensation lorsque lui-même arrive à payer toutes choses à meilleur marché? Ouvrez donc les yeux : n’apercevez-vous pas que c’est le |)euple qui vend au peuple, et qu’il y a dès lors compensation? Et si le principe de la concurrence a été cause que chacun , animé du désir de mieux faire que sou rival, a travaillé à tout améliorer, le peuple n’y a-t-il pas gagné d’avoir du grain, du vêtement, du logement, de toutes choses enfin en meilleure qualité, et en plus grande abondance? On se récrie contre les disciples de Malthus qui arrêtent l’homme prêt à se rapprocher de sa femme, en lui disant : Prenez garde, il y aurait un être de plus à nourrir sur la terre!... On se récrie contre ces philosophes de l’abstention , on les appelle barbares, on les dénonce au peuple, et on a raison. Arrêter la fécondité du genre humain est un crime contre la nature. Oui , mais n’y a-t-il pas d’autres disciples de Malthus plus condamnables en-

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core, et ne seraient-ce pas ceux qui arrêteraient l’homme passionné pour le travail , et occupé à nourrir, à vêtir, à loger l’enfant que Malthus défend de mettre au monde? Celui qui veut ralentir la production , qui ne veut pas qu’on produise de (juoi nourrir l’enfant à naître, n’est-il pas seul responsable de la défense de Malthus, car Malthus aurait levé son interdit, s’il avait vu sur la terre de quoi fournir à la subsistance de tous les nouveau-nés ?

C’est donc une grave erreur que de s’en prendre à la concurrence, et de n’avoir pas aperçu que si le peuple était producteur, il était consommateur aussi , et que , rece^ ant moins d’un côté , payant moins de l’autre, restait alors, au profit de tous, la différence d’un système qui retient l’activité humaine, à un système qui la lance à l’infini dans la carrière, en lui disant de ne s’arrêter jamais.

Toutefois je suis dans l’erreur moi-même en m’exprimant comme je viens de le faire, et en admettant , par exemple, que le travailleur paye moins et reçoixe moins, par suite de la concurrence. Les choses se passent mieux encore que je ne l’ai dit , grâce à la nature, toujours meilleure qu’on ne l’imagine. Entre qui s’établit la concurrence? Est-ce entre ouvriers et ouvriers? Point du tout, c’est entre fabricants et fabricants. Si c’était entre ouvriers et ouvriers, la conséquence deviendrait en effet redoutable pour ces derniers, car ils en arriveraient à ne pouvoir plus vivre, par suite d’un abaissement continu dans leurs salaires. Il peut bien en être ainsi dans certains mo-

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raents de chômage, où l’ouvrage manquant , ils sont obligés de louer leurs bras à tout prix, mais ce n’est pas la marche constante des choses. Depuis trentetrois années, c’est-à-dire depuis la paix , cette marche est digne d’être observée, non pas qu’elle ait été réglée par d’autres lois que les lois éternelles de l’univers, mais ces lois, secondées par les circonstances, ont agi avec une puissance plus grande. Les circonstances qui ont si singulièrement accru leur action sont les suivantes : la paix succédant aux plus longues , aux plus affreuses guerres dont l’histoire fasse mention; le besoin de se reposer après ces guerres et d’acquérir du bien-être ; l’application sans cesse diversifiée des moteurs mécaniques aux travaux industriels. Sous l’influence de ces causes, trois phénomènes se sont manifestés : un bas prix croissant dans la production au profit des consommateurs, une augmentation de salaire pour les ouvriers, et pour les fabricants une diminution de bénéfice. Ces trois faits se sont accomplis dans des proportions différentes , mais ils se sont accomplis d’une manière constante et invariable, .le ne voudrais pas surcharger de détails un livre consacré à poser des principes , pourtant je présenterai deux ou trois exemples appuyés sur des calculs.

Trois grandes industries sont devenues, dans le demi-siècle écoulé, l’objet de l’activité humaine : le coton comme matière la plus usuelle du vêtement, le fer comme matière principale dans la construction des machines, dans la bâtisse, dans la navigation, la houille enfin comme principe de la force motrice. Lev

quantités produites dans ces trois industries se sont quadruplées, quintuplées en trente années, et les prix d’achat réduits de moitié, des trois quarts. Je citerai particulièrement la production du coton comme la plus caractéristique de toutes.

En 1814, la France employait 12 millions de kilogrammes de coton brut, qu’elle transformait en fils, tissus , linge , bas , xétements de femmes , d’enfants et d hommes, etc. bille payait 7 francs le kilogramme la matière première, et 33 francs les façons diverses qu’elle lui faisait subir. Kn 18 4'>, elle a employé G.; millions de kilogrammes de coton brut, c’est-à-dire une quantité cinq fois plus considérable, ce qui suppose une plus grande proportion encore de produits ouvrés, parce que les progrès de la filature et du tissage ont procuré plus de produit avec la même quantité de matière. Elle a payé 2 francs au lieu de 7 la matière première , et 8 au lieu de 33 la mise en œuvre, four avoir 1 2 millions de kilogi'ammes de coton ouvré sous toutes les formes, elle a dépensé en 1814, 480 millions, et pour en avoir G5 millions en 1845, elle a dépensé G50 millions, cest-à-dire que, movennant un quart de plus dans la dépense, elle a obtenu cinq lois plus de marchandise. Le progrès a donc été immense , comme on le voit. Il a été le même à peu près pour le fer ou la houille.

Est-ce l’ouvi ier qui a supporté les conséquences de cette singulière réduction dans les frais de production? Heureusement non. 11 a profité de la baisse survenue dans le prix d’achat de tous les objets, et n’a pas

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.supporté la baisse correspondante dans leur prix de fabrication. Les machines y ont pourvu par leur secours, les fabricants par leur baliileté et leurs sacrifices.

Pour les ouvriers lileurs et tisseurs, la journée est montée de 2 francs à 3 francs quant aux premiers, de t franc 50 centimes à 2 francs quant aux seconds, en moyenne, bien entendu. Le même progrès s’est opéré dans la journée des femmes et des enfants. Pour les ouvriers employés au travail du fer, la journée est montée pour un forgeron de 3 à 5 francs , même à g et 8 en travaillant à la tâche; pour les tourneurs en fer, de 3 francs 50 centimes à 4 francs 50 centimes , et même à 5 et G francs en travaillant à la tâche ; pour les ajusteurs , de 3 francs à 5 et G francs , même à 8 francs à la tâche; pour les mouleurs enfin, les plus favorisés par les circonstances, de 3 et 4 francs à 8, îi, 10, et même 12 francs par jour, à la tâche. 11 faut leconnaitre que le perfectionnement des machines a surtout contribué à cette augmentation singulière. Quant aux ouvriers des mines , le prix de la journée a passé pour eux de 1 franc 50 centimes à 2 francs 50 centimes, et 3 francs.

Quelle a été dans ces mêmes trente années la marche des prix, relativement aux objets de consommation? Quant aux vêtements dont le coton fournit la matière , la réduction a été des trois quarts en général : ([liant à ceux qui se composent de laine, la réduction a été de moitié environ. Le pain n’a pas varié sensiblement. La viande a un peu augmenté, néanmoins l’ouvrier des villes a pu en manger jus(|u’à deux fois

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la semaine, au lieu d’une fois par mois. La dépense du logement s’est accrue d’un quart en moyenne, mais le logement, sans être ce qu’il faudrait souhaiter ((u’il fût, est fort amélioré. En somme, les salaires ont augmenté , et la plupart des objets de consommation ont diminué. L’ouvrier des campagnes a moins participé à cette amélioration de sort , mais aux environs de Paris la journée a monté de 30 sous à 40 , et (pielquefois 45.

Comment tous ces changements se sont-ils accomplis? Par la concurrence ardente que se sont faite entre eux les entrepreneurs armés de procédés nouveaux. ()uand on a fabriqué cinq fois plus d’objets en coton, on n’a pas employé cinq fois plus d’ouvriers. L’augmentation des bras a été pres([ue insensible; les machines ont exécuté l’ouvrage inférieur, ont joué en un mot le rôle d’hommes de peine , et l’ouvrier a été généralement employé à un ouvrage plus relevé. C’est ainsi qu’un même nombre de l)ras a produit beaucoup plus de travail. Dès lors un nombre d’ouvriers très- = peu accru s’est partagé une somme de salaires très-

' supérieure, tandis que par suite du même progrès,

' ils pouvaient avoir à meilleur marché tous les produits

({u’ils avaient créés plus facilement et mieux.

Et dans ces mêmes circonstances qu’advenait-il du fabricant? Obligé d’attirer à lui l’acheteur par le bon marché et la qualité réunis, il tachait de produire mieux, de produire plus, il y réussissait, et cherchait ses bénéfices , non pas en gagnant beaucoup sur peu de produits , mais en gagnant peu sur beaucoup. La

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concurrence continuant, il a été obligé de se contenter de bénéiices infiniment moindres , et même dans les dernières années , il y a certaines industries , celle du coton par exemple, où les profits ont été presque nuis. Et tandis que l’entrepreneur consentait à réduire ses bénéfices , il ne pouvait pas réduire le salaire de ses ouvriers, qui n’augmentaient pas en nombre d’une manière proportionnée à la masse du travail , et dont il fallait quelquefois se disputer les bras. L’entrepreneur, placé entre le consommateur qu’il était obligé de pourvoir à plus bas prix, et l’ouvrier que l’activité imprimée à la production mettait en mesure d’élever ses prétentions , a cédé à tous deux , et tandis que le consommateur avait de toute chose en plus grande quantité et meilleure qualité, fouvrier obtenait une augmentation de salaire. L’entrepreneur, tout à la fois auteur et victime de la concurrence , réduit à satisfaire deux exigences contraires , en souffrait seul , et il est notoire , pour quiconque connaît la véritable marche de l’industrie, que les fabricants, si on embrasse tout entière la période des trente-trois ans de paix, ont beaucoup moins gagné dans les dernières années que dans les précédentes. Le filateur de coton, notamment, depuis dix ans a plus perdu que gagné. Le maître de forges s’est relevé un moment par l’extravagante précipitation apportée à l’exécution des chemins de fer; le fabricant de machines également.

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