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et de lui en laisser 66,000. \ ous estimez ainsi

les proportions que la richesse doit conserver dans notre société. Vous vous appelez d un tel nom qUe je ne veux pas dire ici, mais que j’honore ; vous êtes de tel parti que je ne veux pas désigner, mais dont je fais cas, et par ce motif vous êtes plus modéré. Je vous L

rends grâces. Mais les esprits sont bien divers , bien I

portés à la contradiction. Vous souvenez-vous de l’enchère ouverte pour les appointements des ministres .

L’un propose 60,000 francs par an. — Non, c’est trop, dit l’autre, 48,000 francs suffisent. — C’est trop encore, dit un troisième; 36,000 francs sont bien assez. — Arrivés là , une sorte de pudeur saisit les enchérisseurs, et on s’arrête. On fera de même pour déterminer la progression de l’impôt, et l’Assemblée nationale fixera ce qu’on doit garder de la fortune i

LlVAi: IV.

(jue vous laissa votre père, après avoir travaillé toute sa vie. Mais prenez garde, j’entends des cris. Le peuple souffre, il s’agite, il se presse aux portes de l’Assemblée nationale ; un général a mal compris ses ordres, la salle des séances est envahie, la république (|ui s’appelle sociale triomphe. Il faut un milliard surle-champ ; force est donc de trouver une progression plus rapide, car il faut ce milliard , il le faut pour que le peuple n’essuie pas de nouvelles déceptions. Qui est-ce qui arrêtera ces triomphateurs? Rien, car la règle n’existe plus , vous l’avez détruite quand vous êtes entré dans cet ordre de considérations , que ceci n’est pas assez pour vivre, que ceci est assez, ou que ceci est trop. 11 ne reste plus qu’un arbitraire dépendant du goût , des mœurs, des habitudes de ceux qui ont gagné la bataille, cette bataille ou l’on se bat en mettant la baïonnette dans le fourreau. Tl en résulte que je n’ai plus d’autre garantie que le nom que vous portez, que les engagements pris par vous dans un journal ou dans un discours, que votre caractère, quela justesse plus ou moins grande enfin de votre esprit. Souvenez-vous pourtant que la modération de ceux qui gouvernent ne fut jamais acceptée comme une garantie par personne, et par ceux qui se disent les défenseurs exclusifs de la liberté, moins encore que par ((ui que ce soit. — Vous êtes modérés, ont-ils coutume de répondre, et avec raison , à ceux qui leur demandent l’arbitraire, vous êtes modérés, tant mieux pour votre gloire. Mais vous l’êtes, et d’autres pourraient ne pas l’être, et ne le seraient certainement pas. Nous

DE L’IMPOT

n’acceptons donc pas votre modération pour une garantie. Nous aimons mieux une règle, quelque dure qu’elle puisse être, mais une règle qui soit stable, fixe, et qui ne nous rende dépendants des vertus de

personne.

Si je me suis fait comprendre, si on n’a pas oublié mes premiers raisonnements, si on se rappelle ce que j’ai dit , que la propriété était le fruit accumulé du travail , que si l’équité veut qu’on la respecte, l intérêt social le veut encore davantage, car sans sécurité il n’y a pas de travail , sans travail il n’y a pas de prospérité publique, il y a le moyen âge ou l’Orient , si on a ces vérités présentes à l’esprit , on doit sentir que la propriété est aussi sacrée que la liberté, et qu’il faut des règles certaines pour l’une autant que pour l’autre, qu’en un mot il faut des principes. La proportionnalité est un principe, mais la progression n’est qu’un odieux arbitraire. Les frais de la protection sociale représentent un dixième du revenu total , eh bien, soit, le dixième pour tous. .Te comprends ce principe , car on payera en raison de ce qu’on aura coûté à la société, en raison du service qu’on en aura reçu , comme dans une compagnie dont le capital est divisé par actions, s’il faut un prélèvement par action, on payera le même prélèvement par chaque action, qu’on en ait cent, qu’on en ait mille, ou cent mille. Kxiger le dixième du revenu pour l’un, le cinquième pour l’autre, le tiers pour un troisième, c’est du pur arbitraire, c’est de la spoliation , je le répète. Vous me prendrez plus ou moins suivant votre humeur, mais

LTVRK IV.

je dépends de vous, comme en Orient on dépend d’un pacha, et sur les grandes routes de la Calabre ou de la Catalogne, d’un chef de bande. Les chefs de bande ne sont pas toujours sans pitié. On en cite plusieurs en Italie et en Espagne, à qui de belles prisonnières avaient touché le cœur par leurs larmes, et qui leur rendaient leur argent , en respectant leur honneur et leur vie. .Te n’ai cependant jamais entendu dire que les grandes routes, la nuit, en certains pays, fussent la véritable image de l’état social, et j’espère que de révolutions en révolutions nous n’en arriverons pas à

ce degré d’intelligence des principes de justice et de liberté.

Ainsi l’impôt proportionnel, c’est-à-dire l’impôt proportionné à la part des frais que la société est supposée avoir faits pour vous , au service que vous en avez reçu , comme en matière d’assurances la prime est proportionnée à la somme assurée, rien de mieux ; j’aperçois là un principe. Mais faire payer plus de ces frais à l’un qu’à l’autre, par cette unique raison qu’on juge qu’il est trop riche, qu’il a trop pour vivre , ce n’est pas un principe, c’est un arbitraire révoltant, .le comprends la bienfaisance, je comprends que la société n’exige rien de l’indigent reconnu , qu’on voit mendiant sur la route , ou souffrant de la faim dans son galetas, je suis cent fois de cet avis. Mais hors de là , il faut la règle pour tous ceux que la société n’a pas déclarés exempts de l’impôt à cause de leur misère. ,Te demande bonté, bonté parfaite pour le pauvre, et seulement justice pour le riche, mais jus-

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tice enfin. C’est assurément une vertu d'aimer le pauvre, ce n’en est pas une de haïr le riche. J ai écrit cela une fois quelque part, moi qui ne suis pas riche, je l’ai écrit de conviction , car il ne faut pas qu’ après avoir vu la société opprimée jusqu en 1789 par la domination des hautes classes, nous la voyions opprimée, à partir de 1848, par la domination contraire.

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