DIT COMMUNISME PAR RAPPORT A LA LIBERTÉ HUMAINE
Que le communisme est la négation absolue de. la liberté humaine, ■
Le communisme tue le travail, car en éloignantle but, il détruit l'ardeur à l'atteindre; il fait plus, il supprime la liberté.
Qu'est-ce donc que cette société chimérique, dans laquelle, de peur que l'homme ne se trompe, ne s'égare, ne réussisse pas ou ne réussisse trop', ne reste pauvre ou ne devienne riche , on l'oblige à travailler
pour la communauté, on le fait nourrir, vêtir, entretenir par elle, dans laquelle on lui assigne sa vocation, on le déclare, par ordre , agriculteur, forgeron, tisserand, lettré, mathématicien, poète, guerrier, dans laquelle il est, par ordre, tantôt appelé aux jouissances délicates, tantôt relégué dans les jouissances vulgaires , à moins que , pour prévenir la difficulté de ces classifications, on ne le retienne dans la grossière égalité du pâtre î qu'est-ce que celte société 1 Ah I je vais vous le dire : c'est une ruche ou une fourmilière.
Il y a en effet dans la nature des animaux qui vivent en communauté et qui présentent toutes les apparences de la société humaine. Voyez les abeilles , par exemple; elles travaillent avec une activité continuelle, voltigent sur les arbustes du voisinage, ne se trompent jamais dans leur choix , et reviennent avec leur petite provision de sucs recueillis dans le calice des fleurs. Rentrées dans la ruche , elles y travailleat en architectes infaillibles, ne commettent jamais d'erreur dans la dimension de leur cellule, avec la cire font le mur , dans ce mur déposent le miel , élèvent la nouvelle famille qu'elles lancent ensuite dans l'air, ou dans le monde, comme nous dirions, humainement parlant, pour aller y fonder une nouvelle colonie, e' est-à-dire une nouvelle niche.
Parmi ces mouches industrieuses , il n'y a jamais ni diligent ni paresseux , ni riche ni pauvre, ni vertueux ni coupable. Tout est bien , tout est ce qu'il
DU COMMUNISME
doit être : savez-vous pourquoi? Parce que tout est gouverné par un guide infaillible, l'instinct. Votre communauté, savez-vous ce qu'elle serait? Une ruche d'abeilles. L'homme , tel que vous voudriez le faire , savez-vous ce qu'il serait? Un animal , descendu au rang de l'animal esclave de l'instinct.
En un mot, la liberté manquerait, et la liberté consiste à pouvoir se tromper, à pouvoir souffrir. Erreur et vérité, souffrance et jouissance, telle est l'âme humaine!
L'abeille ne se trompe pas; elle va d'un arbuste à un autre arbuste, s'agite dans l'air et la lumière, jouit sans doute, mais sans les vives émotions propres à notre nature; et, rentrée dans sa ruche, tournant sur elle-même, faisant compas de ses petites pattes, cette machine infaillible ne se trompe pas plus que celle de Vaucanson, parce que son Vaucanson c'est Dieu luimême. L'homme est tout autre : sa ruche, c'est Athènes, Rome, Florence , Venise , Londres, Paris. Les mouvements qu'il est obligé de se donner sont bien différents \ Il n'a pas à courir d'un arbuste à un autre arbuste, presque sans aucune chance de méprise. Il lui faut juger les rapports les plus vastes et les plus compliqués; il lui faut créer par les arts les plus raffinés les aliments dont il se nourrit; il lui faut amener de toutes les parties du monde les produits les plus divers, ne pas s'abuser sur leur valeur, les faire arriver à propos et à des conditions avantageuses. Pour aller les chercher, il faut qu'il ait appris à étudier la marche des astres, des vents, des saisons;
qu'il les défende eu route avec le génie des Ruyter, des Jean Bart, des Nelson. Dans toutes ces opérations, il peut deviner juste ou non. S'il ne pouvait pas se tromper, s'il voyait la vérité, nécessairement, infailliblement, d'un seul regard de son esprit, il ne serait pas libre. 11 serait ou cette abeille, qui, limitée à de petits actes qu'elle accomplit sans erreur, est, une machine vivante, gouvernée par ces ressorts infaillibles de la»nature animée qu'on appelle instincts, il serait cette mouche laborieuse, ou Dieu, Dieu lui-même, tel que nous nous efforçons de le concevoir, lequel , en présence de la vérité éternelle , la voit sans intermédiaire et sans interruption, car il est cette vérité même. Ou machine, ou Dieu, tel serait l'être qui ne se tromperait pas. L'homme peut donc saisir le vrai ou ne le pas saisir, et c'est là ce qui constitue sa liberté : il y arrive par l'attention soutenue , par le travail enfin.
C'est là son esprit, mais ce n'est pas encore son ame tout entière. Il lui faut pins que cette perception des objets qui consiste à les discerner bien ou mal, promptement ou lentement, sûrement ou inexactement; il lui faut des impulsions. Si la vue des choses le laissait indifférent, Userait curieux peut-être, mais inactif. Pour qu'il agisse, il lui faut des motifs d'agir. Pour qu'il s'approche ou s'éloigne des choses , il faut qu'elles l'affectent fortement; il faut qu'elles lui causent ou beaucoup de bien ou beaucoup de mal : c'est là son attraction à lui. La lune , en étant attirée autour de la terre, la terre autour du soleil, ont leurs motifs
DU COMMUNISME. 155 dénués de' sentiment. L'homme , attiré vers tel ou te! objet, porté à tel acte ou à tel autre, a son attraction: c'est le plaisir ou la douleur. S'il ne les éprouvait pas, il serait cette lune, cette terre, qui, bien que plus grosses que lui un nombre infini de fois, n'ont pas la dignité morale qu'il reçoit de cette qualité d'être sentant et pensant. Pour se mouvoir donc, il faut qu'il soit attiré ou éloigné, qu'il jouisse ou souffre, suivant qu'il a réussi ou échoué dans ses actes. Il peut se tromper, il peut souffrir : voilà la double liberté de son âme- Toujours discerner le vrai, toujours éprouver une même sensation, fut-elle douce, ce serait ne pas discerner, ne pas sentir; ce serait, en descendant bien bas, devenir abeille, polype, végétal, pierre, et, en allant plus bas encore, aboutir au néant; ou bien, en remontant cette échelle des êtres , en la remontant Jusqu'à l'infini , arriver à Dieu , tel que nous essayons de le comprendre. Ainsi , pouvoir se tromper, pouvoir souffrir, mais pouvoir le contraire aussi, voilà la liberté , voilà ce qui place l'homme au-dessus de l'animai gouverné par les instincts, mais au-dessous de cet tiré que nous nous efforçons de concevoir, en lui retranchant toutes les imperfections de notre nature bornée , et que nous appelons Dieu.
Ame sublime de l'homme, âme obtuse ou clairvoyante , sentant profondément la peine ou le plaisir, flambeau que Dieu plaça en nous pour nous inciter et nous conduire, âme libre, faut-îl donc vous éteindre comme une flamme importune qui nous fatigue, et nous dévore ! Quoi ! vous voulez donc souffler sur