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un pain noir, quelquefois de la pomme de terre ou de la châtaigne, des légumes avec un peu de lard, et de la viande pas souvent. Il a des sabots pour chaussure, un gros tissu de laine, point foulé, pour vêtement, et il est rare que son sort se ressente des prospérités de l'industrie et du commerce. Sa vie est constamment dure, mais en retour il n'est pas exposé comme l'ouvrier des villes aux chômages accidentels venant des excès de production, te peu qu'il a, il l'a toujours. Son sort s'améliore toutefois, mais lentement. Ce sort, en effet, depuis deux siècles, et surtout depuis cinquante ans, est infiniment changé. Le paysan est mieux logé, mieux vêtu, mieux nourri. Sous Louis XIV, à la Un de la guerre de la succession, beaucoup de champs ruinés par l'impôt étaient abandonnés; des populations entières fuyaient , et allaient mourir de faim d'une province dans une antre. Nous n'avons pas vu de pareils exemples , une seule fois , même à la fin des longues guerres de l'empire. Si on remonte plus haut encore dans notre histoire , on volt des disettes emporter des générations entières, les moyens de pourvoir aux mauvaises récoltes par la variété des cultnres n'ayant pas encore été imaginés; on voit lés maladies contagieuses emporter d'un seul coup jusqu'à un cinquième, ou un quart de la population entière, comme il arrive aujourd'hui encore en Orient. La malpropreté, la misère étaient alors les agents actifs du fléau. Il reste beaucoup de mal , et beaucoup trop, mais il y en a moins, Nous sommes témoins depuis trente ou quarante ans d'un changement notable, dans
DU SOWALfiSME. tBT l'aspect des champs où la jachère De se montre presque plus, dans l'aspect des villages où la pierre remplace la terre battue, et la tuile le chaume. Enfin le salaire, expression de tous ces changements, a augmenté d'un quart, d'un tiers dans les province» agricoles où les progrès ont été plus marqués, et d'une certaine quotité: dans toutes. En un mot, le sort du paysan est rude, constamment rude, s'améliore lentement, s'améliore toutefois, mais n'est pas exposé, aux affreuses crises qu'on appelle chômages, et qui affligent , désolent souvent les populalions vouées à l'industrie. ' V \ .' J * '
L'ouvrier des villes est dans une situation différente, meilleure et pire tout à la fois. Les mouvements de l'industrie ont été prodigieux depuis cinquante ans. Les moyens mécaniques ont remplacé partout la main de l'homme. On a substitué la filature mécanique à la filature à la main, pour le coton, pour la laine, et récemment pour le lin lui-même, malgré l'indocilité de cette dernière matière. Le métier à tisser s'est perfectionné aussi , et on est arrivé à fabriquer mécaniquement les tissages ornés des dessins les plus variés. Dans la peinture des tissus opérée par l'impression , on a substitué le rouleau qui tourne sans cesse , à (a planche qui ne s'appliquait sur la toile que par coups successifs. Dans la métallurgie on a substitué au marteau manié par la main de l'homme, la pression dù laminoir. Enfin toutes ces machines nouvelles on les a mises en mouvement, au moyen d'un moteur nouveau, infini dans sa puissance, infatigable dans son
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action, la vapeur. Ce moteur appliqué à la locomotion a permis de traverser les mers en marchant même contre le vent, et de parcourir la terre avec une ra- , pidité décuple. Le résultat de ces perfectionnements a été d'amener à la fois un grand renchérissement dans la main-d'œuvre , et un grand abaissement dans les produits. Les ouvriers dans l'industrie ont eu nn rôle beaucoup plus élevé que celui qu'ils avaient jadis. La fonction de la force est restée aux machines, tandis que celle de l'intelligence leur a été réservée. Aussi tous les salaires depuis 1814 sont-ils augmentés d'un quart, d'un tiers, de moitié. Partout où s'est introduit le travail à la tache ils sont plus que doublés. Kn même temps le bas prix des produits a rendu la vie de l'ouvrier plus facile. Il s'habille de manière ù ne pouvoir, certains jours, être distingué de son maître, et à uu prix moindre que lorsqu'il portait un mauvais vêtement. La nourriture, il est vrai , est un peu plus chère, d'abord parce qu'elle est devenue meilleure, et ensuite parce que le prix de la viande est légèrement augmenté. La dépense du logement , d'ailleurs très-assaini , a augmenté plus sensiblement. Kn somme la condition de l'ouvrier danales villes s'est beaucoup améliorée depuis 1789, et surtout depuis 1814. Malheureusement ses besoins ont grandi plus rapidement encore que ses ressources. Les cités, dans lesquelles il vit, ont mis à sa disposition et sous ses yeux des jouissances auxquelles il n'avait jamais participé auparavant s et si ses moyens sont accrus , ses désirs le sont bien davantage. Ces jouissances nou-
DU S01IU.IM1E. 1S9 velles, je ne les lui conteste pas, Dieu m'en préserve! je suis charmé qu'il y participe, mais je crains que le séjour des villes produisant chez lui une excitation générale dans tous les sens , n'ait amené des désirs qui se sont plus rapidement développés que les moyens d'y satisfaire. Cependant , malgré cet éternel penchant de l'homme à jouir encore plus qu'il ne travaille -, à vouloir plus qu'il ne peut, malgré ce penchant, les choses ne se passent point mal quand il n'y a pas erise. Mais cette grande fougue de production amène bientôt de déplorables résultats. On produit avec tant d'ardeur, qu'il y a souvent du trop plein, qu'alors la vente s'arrête, le travail aussi; et comme l'imagination de l'homme, se mêlant à tout ce qu'il éprouve , exagère ses sensations de mal ou de bien, l'exagération du découragement succède à l'exagération de la confiance, l'exagération de l'inertie à celle de l'esprit d'entreprise. Alors les capitaux se retirent et se refusent, les faillites se précipitent, les manufactures se ferment, les travaux s'interrompent, les ouvriers, naguère pourvus de travail plus qu'ils n'en pouvaient exécuter, demeurent sans ouvrage, et désolent les grandes cités de leur inaction et de leurs souffrances. Ont-ils été sages , prévoyants , jusqu'à placer quelques économies dans les caisses d'épargne, ils viennent, en retirant leurs dépôts, joindre leurs besoins aux besoins de tout genre qui accablent les financés de l'État. Ont-ils été imprévoyants, ils tendent la main, obtiennent à peine le nécessaire par l' aumône, quelquefois se révoltent , et à un mal purement indus-