‹ De la propriété par m. A. ThiersChapitre 31 sur 56 · I.YVRK III · texte numérisé non relu

I.YVRK III

triel ajoutent un mai politique, mal plus grave, plus durable, plus difficile à guérir.

Ainsi l'ouvrier des villes a des Jours de grande pros-: périté, des jours où il gagne quatre ou cinq fois ce que gagne le paysan en travaillant d'un soleil à un autre, et appliqué à un labeur infiniment plus rude; maïs 11 est exposé à de cruels revers. 11 est des jours pour lui où la vie semble s'arrêter tout à coup , avec les mouvements d'une société compliquée, et où il se trouve plein de besoins surexcités , avec des ressources ou diminuées ou entièrement détruites.

Enfin , si on veut s'élever an-dessus de ces classes qui travaillent de leurs mains, on rencontre dans toutes les carrières des sujets qui n'ont réussi dans aucune , qui sont spéculateurs maladroits ou malhonnêtes en industrie, avocats sans clients au barreau, médecins sans malades en médecine, écrivains sans talent dans les lettres, tous persuadés que ceux qui ont réussi au barreau, dans la médecine ou dans les lettres, ont des réputations usurpées, que ceux, qui gouvernent sont des scélérats on des sots, qu'eux seuls sont gens de génie, dignes de tout, et néanmoins privés de tout, victimes en un mot d'une société barbare, qui les opprime au nom de la naissance , de la faveur, de la propriété ; et ce qui est plus triste, on aperçoit souvent aussi parmi eux de jeunes hommes pleins d'un vrai talent, mais dépourvus de savoir, impatients de parvenir, ignorant ou ne voulant pas croire que la société est ouverte à tous , qu'un peu plus tôt, un peu plus tard , tout mérite se fait jour, qu'entre le mérite se-

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coudé par la faveur et le mérite repoussé, il n'y a pas une ou deux, années de différence dans la date des succès, car enfin le sage, le modeste, l'agreste Vauban , l'homme le moins fait pour réussir, réussit aussi Lien que le vain , l'étourdi La Feuillade, enfant gâté de la cour, et parvint même à plaire à Louis XIV beaucoup plus qu'aucun homme du temps. Ils ne veulent pas le croire, et faute d'assez de patience, de raison ou de génie, font de leurs talents une torche incendiaire. Les travailleurs de cette. dernière catégorie, avocats sans clients, médecins sans malades, écrivains sans libraires, gouvernants sans États à gouverner, m'intéressent beaucoup moins que l'ouvrier des manufactures, et surtout que le paysan; mais ce sont aussi des.ouvriers sans ouvrage , car le travail des bras n'est pas le seul qu'il faille considérer en ce monde , et le travail de l'esprit en est bien un aussi, digne de quelque sollicitude. N'allez pas croire d'ailleurs qu'ils ne constituent pas une partie du mal social. Ils en composent la partie la moins intéressante, mais la plus aiguë. Se retournant vers ceux qui souffrent, ils les excitent, et en se plaignant plus haut qu'eux , ils rendent le mal commun plus sensible et plus insupportable. ,

Quoi qu'il en soit , le mal existe , il est grand , 11 est divers, il estineontestable, et quelquefois déchirant. Des paysans ayant up sort habituellement dur, sans intermittence de mieux ou de pire , et sans la consolation d'une amélioration rapide; des ouvriers des villes, passant d'une élévation de salaire qui surexcite leurs

désirs, à uue misère subite et sans mesure; dans les classes plus élevées, des naufragés de toutes les carrières, les mis incapables et ne sachant pas s'estimer à leur valeur, les autres capables , mais ne sachant pas attendre , et les uns comme les autres rendant plus vif lè sentiment des souffrances communes, par l'injustice , l'aigreur, la violence de la plainte : tel est le mal. A ce mal, grand, certain, quels remèdes? Il y en a sans doute, mais lents, difficiles , rarement du goût du malade, et en tout cas fort différents de ceux qu'ont inventés les philosophes socialistes. On en jugera par ce qui va suivre. ~ "\

CHAPïtRÈ III.

DE L'ASSOcrATION ET UE 50 M APPLICATION AUX DIVERSES CLASSES OUVKIÈSES.

Que l'association est applicable seulement à quelques populations agglomérées, qu'elle a été imaginée pour elles . seules , et sous leur influence. ' • ~ '

Examinons le premier des trois systèmes , celui qu'on appelle l'association. . . ' ■ .

i En présence de ces ouvriers des campagnes , dont la vie est dure , mais égale , de ces ouvriers des villes , dont la vie sans être aussi dure est cruellement inégale , on offre quoi ? l'association entre ouvriers. Ils s'associeront, et alors ils ne se feront pas concurrence,

DU SOCIALISME. îaa et pourront se procurer les capitaux qui leur manquent. Ils s" associeront ! Lesquels d'abord, et combien? Est-ce que les paysans pourront s'associer? Comprenez-vous , dans l'état de division de notre sol , les paysans s'associant entre eux pour faire valoir les terres? Comment s'y prendraient-ils? C'est à peine si, dans les quatre cinquièmes du territoire , une seule famille peut vivre sur une ferme, elle plus souvent le paysan qui cultive est propriétaire lui-même. L'association ici serait donc impossible, ou sans objet. Bans les terres plus considérables, où un fermier a cinq, six ou huit valets de ferme, employés à labourer, à entretenir le bétail , à exécuter tous les genres de travaux agricoles, y aurait-il association, entre ces cinq, six ou huit travailleurs? On comprend l'association entre plusieurs centaines d'ouvriers , on conçoit que le nombre étant alors le multiplicateur des avantages qu'on peut retirer du système , s'il y en a quelques-uns à espérer, on puisse obtenir certains résultats. Mais l'association entre cinq, six ou huit associés , que donnerait-elle? Et puis il faut des capitaux considérables lorsqu'il s'agit d'une terre qui emploie sept ou huit valets de ferme ; il faut des instruments aratoires , des chevaux , des troupeaux, des engrais, un fonds de roulement enfin dans cette industrie comme dans toutes les autres, et il n'est pas rare de voir une ferme qui 1 se loue dix , douze mille francs , exiger un capital d'exploitation de soixanteàquatrc-vingt mille francs. Qui fournira le capital de toutes ces entreprises agricoles? Sera-ce l'État qui sera chargé d'en procurer à tout le

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