LIVRE
à se garder que du laisser-aller du gouvernement , et ici il faudra se garder du laisser-aller universel I Quiconque voudra dece nouvel argent pour consommer ou pour produire, en obtiendra. C'est, me dira-t-on , une calomnie qu'il vous plait d'imaginer contre le système! Soit, je ne demande pas mieux que d'être rassuré. Mais alors vous mettrez- vous à la suite de celui qui aura reçu du papier de la banque d'échange, pour savoir quel usage il en fera? Si vous ne prenez pas ce soin, j'ai raison de m'alarmer. Si au contraire vous surveillez celui qui a obtenu de votre papier, pour savoir quel emploi il en veut faire, c'est une étrange police à imposer à votre banque. Mais non, repliquera-t-on, c'est encore une vaine supposition qu'il vous plaît d'imaginer. On ne délivrera de ce papier qu'à celui qui le méritera, et qui aura justifié delà confiance qu'il réclame. L'appréciation de sa solvabilité sera donc placée avant la remise du papier. Soit encore. Je crois que cela vaut mieux ainsi. Mais alors on accordera ou l'on n'accordera pas , et voilà un refus! Votre papier fera le difficile à son tour, se donnera à l'un, se refusera à l'autre I II tranchera du roi , de ce roi que vous appelez l'or, et qu'on a, dites-vous, oublié de détrôner le 24 février, en même temps que la branche cadette des Bourbons 1 A insi pas de milieu : pu une appréciation avant, et c'est la possibilité du refus, ou une surveillance après, et c'est une étrange police mise à la suite des clients de .la banque, avec une possibilité de refus encore, car si la conduite de ces clients n'est pas satisfaisante , on ne devra plus
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leur accorder de papier ; et si enfin , comme je suis porté à le craindre , ce n'était ni l'un ni l'autre, ce serait alors du papier à tout venant, à quiconque en voudrait, ce serait l'émission infinie, auprès de laquelle l'émission des assignats n'aurait été qu'une étroite parcimonie. Dans ce système, j'avoue qu'on aurait assuré la consommation illimitée, et ouvert à tous les produits du travail humain un débouché impossible à combler. Il n'y a qu'une chose qu'on aurait oublié d'assurer, ce serait le travail lui-même , car si on pouvait avoir du nouveau numéraire en papier sans offrir d'avance un produit réalisé en échange, jecraindrais fort que la consommation ne précédât toujours la production, ce qui voudrait dire que bientôt elle ne trouverait plus rien à consommer.
Les anciennes banques, en se modelant sur l'éternelle nature des choses, s'y sont prises autrement, et elles ont, il faut en convenir, rendu de grands services, en écoutant cette disposition au refus qui est irir hérente à l'or. Elles n'ont pas commencé par dire aux hommes qu'As n'avaient qu'à se présenter pour qu'on leur ouvrît un crédit, ce qu'un banquier peut faire a l'égard des individus qu'il connaît , ce qu'un établissement collectif ne peut pas se permettre avec sûreté, mais elles ont consenti à escompter les effets que les commerçants ou les manufacturiers souscrivent les uns au profit des autres pour la facilité des affaires, effets qui doivent être acquittés en valeurs effectives et à des termes fixes. Elles les prennent, les examinent par l'intermédiaire de comités d'escompte char-
gés de connaître les commerçants ou industriels de la contrée, et en avancent la valeur moyennant un Intérêt, quand le souscripteur est jugé solvable et qu'il ne prodigue pas sa signature. De la sorte, elles n'ouvrent pas des crédits préalables et généraux; elles en ouvrent un pour chaque engagement pris, ce qui suppose une affaire conclue entre celui qui a souscrit et celui au profit duquel on a souscrit cet engagement ; elles secondent ainsi la production en fournissant a celui qui a reçu la promesse d'un produit futur, la valeur même de ce produit. Mais elles ne font rien de trop, rien à la légère, se bornent à seconder chaque affaire conclue moyennant l'avance qu'elles accordent, et, cette avance, elles la font en un papier qui inspire confiance, savez-vous pourquoi? Parce qu'il peut à l'instant même où on le désire se convertir en or, c'est-à-dire en une monnaie qui porte sa valeur avec elle. S'il en était autrement, le papier des banques ne vaudrait plus rien.
Ainsi l'expérience enseigne qu'on peut devancer par l'escompte le moment où un produit sera réalisé, mais avec la certitude que ce produit n'est pas une chimère, avec des précautions Infinies pour s'en assurer, et des refus, des refus fréquents comme conséquence. Enfin l'expérience apprend de plus que les avances accordées par les banques, et représentant le produit non encore réalisé, ne, peuvent se faire en papier, qu'à la condition que ce papier puisse se convertir en or au premier désir, c'est-à-dire qu'il ait toutes les qualités et tous les défauts de ce métal ,
DU SOCIALISME. 275 défaut de se refuser notamment, car un billet de banque de mille francs se refuse tout autant que mille francs en or.
Ainsi ou la banque d'échange dont il s'agit est un bureau ouvert, dans lequel ou donnera du nouveau papier à tout venant, c'est-à-dire une extravagance, ou c'est une banque qui, au lieu d'escompter, ouvre des crédits comme ferait un banquier, ce qui constitue une pratique fort inférieure à celle que l'expérience a fait adopter, les banquiers seuls ouvrant des crédits généraux, et les banques n'escomptant que des effets souscrits , et ne prêtant ainsi leur argent que sur une affaire conclue. Dans ce cas même, on n'a pas remédié au prétendu mal dont on se plaint , car les crédits devant être limites, le refus est certain au terme du crédit. Ou folle, ou rien de non venu qu'une pratique inférieure à celle qui existe, telle serait la nouvelle banque d'échange.
H y a toutefois une hypothèse dont l'auteur ne parle pas, car le projet est exposé sans indication des moyens d'exécution, manière de procéder toujours plus commode, et cette hypothèse consisterait en ce que tout travailleur pût obtenir crédit à la banque d'échange, en y déposant des marchandises , c'est-àdire des produits réalisés. Mais alors elle serait une banque de prêts sur dépôts de marchandises, une espèce de montKle-piété du commerce. On a Imaginé de ces établissements pour les temps de détresse, mais d'une manière temporaire, sans quoi il faudrait qu'un établissement de ce genre se fit l'acheteur et le ven-
dcui' universel, et centralisât dans ses mains le commerce tout entier, qui ne peut être bien fait que par les individus. Jl n'y aurait là rien de nouveau, rien qui ne soit connu , qui ne soit contesté, et admis tout au plus pour les jours de crise. Dans ce cas enfin on n'aurait accordé le nouveau papier que sur un produit réalisé. Mais devantle produit réalisé l'or ne se refuse pas , à moins que ce ne soit dans certains moments d'avilissement général, et encore il se donne alors au prix réduit que les circonstances indiquent. Ce n'est donc pas une grande faveur à accorder que de donner du numéraire après le travail accompli. Dans les banques ordinaires on le donne avant , par l'escompte. Si au contraire on devait obtenir le papier dont il s'agit avant le produit, resterait toujours la question de savoir quelles précautions on prendrait pour s'assurer de la confiance que mériterait la promesse.du producteur. Ainsi, ou le produit avant la remise du papier, ce qui n'est pas une grande faveur, ou le produit après, ce qui entraine des précautions pour s'assurer le produit plus tard, ce qui suppose des refus, toujours des refus avec des embarras de détails, embarras consistant à faire d'une banque un dépôt général de marchandises. Je le répète donc, ou le nouveau papier ne vaudrait rien, ou il égalerait l'or en mauvaise volonté. -■
Il est bon de faire remarquer en finissant avec quel superbe mépris se traitent entre eux les réformateurs contemporains. L'auteur de la banque d'éeltange est indigné contre les assignats. Il méprise le crédit fon-
DU SOCIALISME. 2T7 cier, qui consiste en un système de banques prêtant du papier pour la moitié ou le quart constatés des immeubles. Il remarque en effet que les immeubles ne se vendant pas à volonté, quand il faudra dans certains moments rentrer dans la valeur du papier prêté, on sera fort embarrassé, car on ne peut pas vendre toute une contrée à la fois. C'est vrai ! Mais enfin on aura, un gage. On sera très-embarrassé sans doute, on aura de la terre quand il faudrait dé l'argent, ce qui constituerait une fort désagréable situation, et ce qui me fait repousser, quant à moi, ce qu'on appelle le crédit foncier ; mais vaudrait-il mieux se trouver devant un papier qui n'aurait aucun gage î — Il en aurait, me dira encore l'auteur, dans la production tout entière. Mais je lui répondrai une fois de plus, que ce serait après de nombreuses précautions pour se saisir de cette production, après avoir refusé, refusé aussi souvent que l'or, et à l'aide d'une organisation très-inférieure à celle des banques actuelles.
Ainsi voilà encore l'un des moyens imaginés par les nouveaux réformateurs réduit, il me semble, à sa juste valeur. Un bon marché, qui n'aurait aucun effet s'il était général, car tout le monde donnerait moins et recevrait moins aussi, etqulj s'il n'était pas général, serait une spoliation; de plus un nouveau numéraire en papier, ou se refusant comme l'ancien, ou se donnant à tout venant , idée folle comme celle de remettre de l'argent à quiconque en demanderait : tel est , au vrai , le système de ta réciprocité. ■
Je soupçonna pourtant une chose, c'est que l'on