‹ De la propriété privée ennemie sous pavillon ennemiChapitre 33 sur 100 · CORSAIRES SUDISTES · texte numérisé non relu

CORSAIRES SUDISTES

Ils n'ont rien de glorieux : leur œuvre fut uniquement une œuvre de dévastation, et la rapidité d'allures de ces corsaires leur permit de se dérober aux poursuites des vaisseaux de la marine fédérale ; c'est le hasard qui mit en présence leKearsage et VAlabama dans le port de Cherbourg, non loin duquel celui-ci, après sa sortie, fut rejoint, malgré .l'observation de la règle des vingt-quatre heures. « Nous avons sous les yeux, dit M. Laugel, un petit volume intitulé : La croisière de VAlahama^ renfermant le journal d'un des officiers qui ont été à son bord et qui l'ont quitté. On se sent pris de tristesse en lisant ces pages où reviennent avec une désespérante monotonie les visites, les captures, les incendies. Rien ne rappelle dans ces notes sinistres les souvenirs demi-poétiques que la plupart des imaginations attachent encore au nom de corsaire. Point de combat

aventureux contre un ennemi supérieur en nombre!

Pendant deux années, on a vu le capitaine àQ VAlabama se faire lui-même juge, prononcer sans appel, confisquer ou relâcher à son gré, interpréter les questions souvent les plus complexes et les plus ardues ; il n'a connu d'autre code international que son caprice, et ses jugements n'ont été lus qu'aux rouges lueurs que les marins apercevaient parfois sur l'Océan (1). »

120. — C'est une règle constante du droit international, aussi ancienne qu'universellement admise, que toute prise doit être jugée par un tribunal spécialement institué par le belligérant à cet eflfet, et que le capteur ne peut détruire sa prise que dans le cas d'absolue nécessité. Les corsaires sudistes méconnurent cette règle : ce fut moins la faute du gouvernement confédéré que celle des circonstances ; le

suit ce chapitre, p. 362-379, donne l'histoire de tous les corsaires construits dans les ports anglais : VAlabama est le {^us célèbre, mais il est en nombreuse compagnie. -- L'activité du capitaine BuUock, l'agent confédéré, dont le quartier général était à Liverpool, rayonnait jusqu'en France : il y commanda, à Nantes et à Bordeaux, six vaisseaux pouvant porter de dix à douze canons, et soi-disant destinés à un ser. vice dans les mers de la Chine ; l'autorisation de les construire fut re. Urée par le gouvernement français, sur les avis de M. Dayton. Archiv dxpUm., 1864^ II, p. 428430.

(i) Laugel, Les corsaires confédérés, Rev. des Deux-Mondes, !•' juiL let 1864, p. 240 sq. — M. Vidari, op. cit., p. 252, note 1, cite ce passage.

blocus des ports du Sud empêcha Tobservation de la mesure tutélaire de la déclaration de bonne prise, que, d'ailleurs, rappelaient les lettres de marque délivrées par M. Jeflérson Davis, le Président des États confédérés. Il est très-fàcheux qu'on ait vu renaître, même à titre d'exception et d'accident, et par suite de circonstances qui sans doute ne se présenteront plus, le temps où il n'y avait pour tout tribunal de prises que le pont du navire amiral.

121. — Grâce à la vitesse que leur prêtait la vapeur, grâce aussi à l'exemption de toute procédure, qui simplilSaît singulièrement les choses et enlevait aux navires pris la chance de la recousse, les corsaires sudistes infligèrent de graves pertes au commerce de l'Union. Ce commerce ftit frappé de terreur, et, avec lui, le commerce des peuples neutres eux-mêmes, car, en l'absence de tout contrôle et de tout jugement, il n'y avait ni pa\rillon quelconque ni cargaison quelconque, qui fût à l'abri du danger. Mais quel a été, en somme, le résultat de ce trouble immense jeté dans le commerce universel? On connaît le chiffre de la condamnation prononcée contre la Grande-Bretagne par le tribunal arbitral de Genève, pour pertes directes (1) causées au commerce de l'Union par VAlabama, la FlcnncUiy le Shenandoah : ce chiffre est de 15.500.000 dollars (2). Le nombre des navires capturés ou détruits par les corsaires ou autres bâtiments de guerre du Sud, représente un tonnage de 101.163 tonnes, sur un tonnage d'environ 5.000.000 tonnes existant au commencement de la guerre (3) : ce nom-

Ci) On sait ce qu'entendaient les Américains par pertes indirectes : dépenses oecasionnées au gouvernement fédéral par la prolongation de la lutte, frais faits pour poursuivre les corsaires sudistes, élévation démesurée du prix des assurances, pertes éprouvées par suite du transfert sous paviUon anglais de navires marchands américains.

(2) Il est piquant que ce chiffre soit précisément celui qu'avait indiqué Cobden : dans son éloquent discours, à propos du débat relatif à la Crear^ gia, prononcé à la Chambre des Communes le 13 mai 1864, Tillustre économiste 8*exprimait ainsi : « You hâve carrying on war from thèse shores with the United States, and hâve been inflictmg an amount of damage on that country quater than would be produced hj many ordinary wars. It is estimated that the loss sustained by the capture aod burcing of Amerijcain vessels has been about 45.000 doll. or nearly 3XM0.O0O L sterhng. » Times du 14 mai i864, p, 9, col. 6.

(3) Rapport do M. Mac Culloch, secrétaire de la trésorerie, au Congrès

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