RÈGLEMENTS SUR LA COURSE
16. — Remontons de quelques années en arrière pour assister aux premières tentatives qui furent faites pour mettre un terme à l'indépendance des corsaires et à Tanarchie qui avait jusqu'alors régné dans les guerres maritimes. C'est sur les bords de la Méditerranée qu'apparaissent les premiers règlements, et cela à la fin du xiii'' siècle : à partir de cette époque, on peut dire que la course a une existence réellement distincte.
17. — En 1288, le roi d'Aragon engage les cités maritimes à recevoir serment et à prendre sûreté des corsaires qu'ils ne pilleront pas leurs compatriotes, n'attaqueront pas l'ennemi en temps de trêve ou dans un port neutre ; chaque corsaire devra amener ses prises au port d'armement (1). Au commencement du xiv** siècle, la course avait pris un grand développement en Aragon et en Catalogne; elle devint une véritable industrie qui fut exploitée par des compagnies; le roi Alphonse III fournissait des vaisseaux, des provisions, accordait des privilèges, moyennant une part dans le butin. Une compagnie constituée à l'occasion d'une guerre avec Gênes reçut du roi des vaisseaux et des privilèges, mais à la condition de respecter les trêves et de ne pas molester les marchands neutres. Ici, il faut citer le texte même du document qui nous révèle un fait aussi important : « Retinemus tamen et inhibemus expresse fimiiterque prœcipimus ne persords^ teriHs aut bonis quibuscunque aut quo7nc)ncunque qui in pace vel in treuga
nobiscum fuerint aliquod damnum off'ensa etc
quomodo libet inferantur (2). » Mais il n'y avait pas de juridiction des prises (3) ; les corsaires disposèrent souverainement de leurs captures jusqu'en 1356.