‹ De la prospérité publique, ou, Décentralisation du capital, et influence de cette opération sur l'ordre socialChapitre 10 sur 62 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CE qu'il faut entendre par le mot crédit.

Si le travail produisait immédiatement des fruits ou un résultat commercial, il serait facile de régler le compte du capital passif et du capital actif; en d'autres termes , d'attribuer à chacun la part qui lui reviendrait sur les produits ou les bénéfices; ces comptes pourraient être immédiatement quittancés;

il n'y aurait pas lieu h un crédit au profit de l'un des deux. Mais, en général, et dans l'industrie agricole surtout, les produits ne sont livrables qu'après un assez long espace de temps, et, dans Tintervalle, le travailleur a à pourvoir à des besoins qui demandent satisfaction immédiate.

Il est donc indispensable, nous l'avons déjà dit, que le travailleur reçoive, par anticipation, la part des produits dont il ne disposerait qu'après complète maturité, et par suite les comptes sont balancés par un crédit au profit du bailleur de fonds.

Le compte de celui qui fournit ce capital est donc crédité du montant de la part qu'aurait à prendre le travailleur sur la valeur des produits, au moment du partage, et de droit, le créditeur est substitué à celui-ci.

Or, dans ce crédit, qui représente la part du travail, on ne peut s'empéclier de reconnaître le véritable caractère du capital industriel.

On peut dire , en général , que le crédit n'est autre chose que le solde en faveur de celui qui fournit ce capital industriel, d'un compte ouvert, au profit du travailleur, constatant le mon^ tant des avances a lui faites remboursables sur la valeur des produits. Le travail compense donc le crédit.

Maintenant que le propriétaire du sol , de l'usine , que le patron possède lui-même ce capital ou qu'il en paye le louage, la nature du crédit ne change en rien; le nom du bailleur de fonds n'est même pas de plein droit substitué, dans le cas d'emprunt, à celui du preneur au moment du partage des résultats du travail, seulement il y a lieu entre eux à règlement de comptes. Or, de nos jours, ce règlement est onéreux pour le preneur, car le bailleur est toujours exigeant; il prend toujours à concurrence du montant du prêt plus que la part relative du preneur dans le partage, et voilà justement ce qui est déplorable, car la plupart du temps le preneur ne paye cet excédant qu'au moyen d'une retenue sur le crédit du travailleur qui en souffre, qui consomme moins, et qui produit d'autant moins qu'il est moins intéressé.

Tout se fait donc aujourcrhui au profit du bailleur du capital industriel propriétaire, banquier ou |)atron , et la prospérité publique ne prolite que très-accessoirenieut de cet ordre de choses.

Gomment remédier au mal ?

Le remède ne peut se trouver que dans une combinaison qui soit comme la personnification d'un créditeur, d'un bailleur de fonds intéressé comme le propriétaire, comme le patron, comme le travailleur aux opérations de l'industrie, quelle qu'en soit la spécialité, tellement riche qu'il puisse fournir un capital assez important pour alimenter toute spécialité de travail et en attendre le résultat.

Nous allons faire connaître dans le chapitre suivant par quelles déductions nous sommes parvenus à cette combinaison.

Page 1