DES DEVOIRS DES PROPRIÉTAIRES DES USINES
Nous considérons ici l'usine comme instrument de travail, et, sous cette dénomination, nous comprenons non-seulement Tédifice, mais encore le chantier qui sert de théâtre à l'action du travail, quels qu'en soient le site et l'importance.
Ceci bien compris, voici comment nous raisonnons :
Le propriétaire de lusine ou la livre moyennant un prix de location aux fabricants , ou exploite par lui-même la branche d'industrie à laquelle elle est destinée ou appropriée.
Dans le premier cas, il n'est que propriétaire de Tusine, que le représentant du capital passif; dans le second cas, il joint à ce titre celui de patron, de travailleur même; il représente donc à la fois le capital passif et le capital actif. Sous ce second rapport, ses devoirs envers la société sont multiples; nous les apprécierons après avoir examiné ceux qu'impose le seul titre de propriétaire de l'usine.
Il faudrait qu'une usine fût posée dans de bien déplorables conditions pour que la location n'en fût pas avidement recherchée, dans un état de choses où l'industrie est appelée à prendre un essor tel que le nombre de bras pourrait devenir à peine
siilfisanl pour satisfaire à rimportanco de son activité. Toutefois, s'il en était ainsi, le cliôinage de l'usine ne constituerait pas une perte pour Tindustrie, et le propriétaire ne serait pas responsable de ce que Tédifice ne devient pas le siège d'ateliers retentissants de l'action du travail.
Mais si la situation, les conditions de l'usine assurent au travail un exercice profitable, et que la location en soit recherchée par les artisans de l'industrie, peut-on supposer que, pour le seul plaisir de consacrer sans profit des sommes plus ou moins importantes à l'entretien de Tusine, des moteurs et autres accessoires, ou d'en contempler le délabrement graduel jusqu'à la destruction qui serait la suite de l'abandon, le propriétaire s'obstine à rejeter les avantages lucratifs d'un bail à loyer? Non, on ne suppose pas le cas de folie.
Mais ce cas exceptionnel se présentât-il et n'y eût-il pas moyen d'y remédier par la création d'un établissement qui suppléerait à l'autre, attendu que celui-là se trouve dans des conditions tellement spéciales qu'on ne pourrait les trouver ailleurs, alors, et suivant l'importance sociale de l'usine, nous n'hésiterions pas à conseiller l'expropriation pour cause d'utilité publique : opposer une extrémité à une extrémité, cela semble raisonnable et juste ; on ne procède pas autrement de nos jours.
Lorsque le propriétaire de l'usine exploite par lui-même, la question des devoirs change de nature, l'intérêt de la société trouvant satisfaction eu égard à l'emploi des bâtiments d'exploitation, il n'y a plus à s'occuper de l'accomplissement des devoirs du propriétaire ; le patron seul est en évidence. On verra dans le chapitre suivant par quel moyen la société pourrait, au besoin, s'assurer le concours personnel de cet industriel au profit du travail.